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Les sentiers de l'émeutepar M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 17 avril 2008 Gdyel livrée à l'émeute et à la destruction des édifices publics dans une violence qui semble aussi soudaine que destructrice. Pourquoi les jeunes de Gdyel ont-ils pété les plombs subitement ? La question est dans les esprits. L'émeute de Gdyel, contrairement à celle de Tiaret où elle a succédé à l'enterrement de harraga, paraît presque comme une détonation-surprise dans un jour calme. Pas de harraga enterrés ce jour-là, pas de logements distribués, pas de coupure d'électricité au milieu d'un match phare... Rien de tout cela. De quoi donner du grain à ceux qui aiment galvauder les thèses faciles du complot ourdi et de la manipulation. En réalité, devant la crise sociale, l'absence de perspectives et l'ennui mortel, de grands pans de la jeunesse sont déjà «pleins» et facilement inflammables. Pourquoi le trop-plein s'est-il déversé mardi soir à Gdyel ? Pour contrecarrer l'idée de soudaineté qui fait le lit de la thèse du complot, il faut aller chercher dans les évènements de ces derniers jours où, apprend-on, une descente de police a été faite au marché des fruits et légumes et a ciblé les vendeurs informels. Ce n'est pas la première fois que les vendeurs informels réagissent par la violence à la volonté des pouvoirs publics de mettre fin à leurs activités. On parle aussi des locaux professionnels attribués il y a quelques semaines. Cela n'a rien à voir avec le fameux programme de «cent locaux par commune» pour les jeunes chômeurs. Mais l'information n'étant pas le fort des responsables algériens, de la commune au gouvernement, il semble que le fameux «ils se sont partagés les choses entre eux» a fait son chemin chez les «informels». Cette affaire des «100 locaux par commune» a créé la même fixation chez les prétendants que pour les logements sociaux. Il ne serait pas surprenant que le sentiment d'avoir été floués, en secret, ait eu un effet dévastateur. La thèse est plausible et elle augure bien les problèmes d'ordre public qu'il y aura à gérer au moment de la distribution des «cent locaux par commune». Certaines démarches créent des problèmes au lieu d'en résoudre. Pour ceux qui connaissent l'état de la société, il est dangereux de proposer une offre restreinte, certains diront populiste, pour une grande population de demandeurs potentiels. Chacun de ces demandeurs est fermement décidé à être servi avant les autres... Même le plus honnête des responsables ne pourra que se casser le nez au moment d'attribuer cent logements ou locaux commerciaux quand il a face à lui des milliers de demandeurs. On le sait: face aux difficultés, beaucoup se disent que rater l'opportunité du logement social ou du local va les laisser définitivement sur le carreau. Avec un tel état d'esprit, la tentation de l'émeute, cette réaction faussement collective, est toujours dans les têtes. Gdyel était «mûre», comme d'autres localités le sont déjà. Et au fond, les choses étant relatives, cette explication est plus rassurante que l'idée effrayante d'une manipulation qui réussirait d'un coup de baguette magique à mettre des centaines de jeunes sur les sentiers de la casse. |
Emeutes | ||||
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