Le réalisme semble l’emporter dans les ârouch

Par M. Bahous, Le Quotidien d'Oran, 28 juillet 2003

Il s’est passé maintenant plus d’une semaine depuis que, à partir de Sétif, le président de la République a lancé son appel aux ârouch. Ces derniers ne se sont pas pour autant empressés d’y répondre même si leurs animateurs de premier plan ne se sont pas privés de commenter l’initiative présidentielle. Commentaires contradictoires qui ont été les indices qu’il allait être difficile pour le mouvement ârouchi d’arriver rapidement à une position consensuelle sur la réponse à faire.

Cela s’est vérifié dans les conclaves qui ont été organisés pour en débattre tant par la coordination de la wilaya de Tizi Ouzou que celles de Bougie et Bouira. Au terme de leurs débats internes tout au long de la semaine écoulée, il est clairement apparu que les trois coordinations ne sont pas parvenues à accorder leurs violons sur le contenu de la réponse définitive à faire à la proposition présidentielle.

Aussi surprenant que cela apparaisse, c’est la CADC Tizi Ouzou, jusque-là radicalement opposée à toute forme de dialogue avec le pouvoir, qui semble maintenant la plus disposée à une réponse favorable même si elle persiste encore à conditionner celle-ci à de nouveaux préalables. Invité au forum de notre confrère El Youm, Belaïd Abrika, porte-parole de cette coordination, a fait preuve d’une modération très remarquée qui tranchait nettement avec ses prises de position antérieures. A aucun moment de son intervention Abrika n’a rejeté le principe du dialogue, estimant même que «l’invitation du pouvoir est un acquis pour le mouvement que nous enregistrons et que nous capitalisons».

Plus concrètement, les ârouch, bien que n’ayant pas encore arrêté leur position finale quant à la réponse à faire au pouvoir, ont toutefois, aussitôt l’appel de Bouteflika rendu public, pris la décision de geler toutes les manifestations du mouvement programmées auparavant pour redynamiser la contestation citoyenne. Un geste qui tend à prouver que la dynamique dialoguiste est bel et bien en train de s’imposer dans les rangs du mouvement ârouchi. Même si à l’intérieur des coordinations l’on continue à se méfier de la sincérité des intentions du pouvoir qui les invite au dialogue, majoritaires semblent néanmoins les animateurs qui rejettent le principe du refus automatique du dialogue. Ce n’est pas tant l’acceptation de ce dialogue qui poserait désormais problème aux ârouch que de s’entendre entre eux de ce qui doit être débattu et négocié avec le pouvoir.

C’est encore Abrika qui a donné un éclairage sur la nature du débat en cours dans les coordinations en affirmant que «les quinze points de la plate-forme d’El-Kseur ne relèvent pas de l’impossible, mais qu’il y a certes des revendications dont les résultats ne peuvent apparaître qu’à long terme». Une appréciation qui, venant du chef de file des radicaux dans les ârouch, confirme que le réalisme et le pragmatisme sont en train de s’installer dans les instances dirigeantes du mouvement.

 

   
www.algeria-watch.org