TROISIEME JOUR D'EMEUTES A RAS EL OUED

Des édifices incendiés

par Mohamed Salah Boureni, Le Quotidien d'Oran, 6 mai 2007

Les échauffourées entre supporters de l'AS BORDJ GHEDIR et le ROC de Ras El Oued jeudi, ont débouché sur une violence sans pareille qui est allée depuis trois jours crescendo transformant la deuxième ville de la wilaya de Bordj Bou Arreridj en un véritable chaudron qui a fini par déborder au quartier de la gendarmerie, celui de Mellouzza et le quartier «Sbitar». Le groupe d'intervention rapide de Bordj bou Arreridj fort d'une quinzaine de fourgons, l'escadron de la police anti émeute de Setif et des renforts de M'sila, s'ils ont pu limiter les dégâts, il n'en demeure pas moins que ceux-ci restent énormes. Pourtant les forces de l'ordre ont opéré plusieurs arrestations. Rien que dans la journée d'hier on comptabilisait une trentaine d'arrestations. La libération d'une dizaine de mineurs n'apaisa par pour autant la colère des manifestants. En groupes, ils avaient barré pratiquement toutes les principales artères de la ville de Ras El Oued à l'aide de pneus brûlés. La sortie nord de la ville en allant vers Bordj Bou Arreridj et Sétif était bloquée. Tout autant que la sortie sud qui mène vers Ain Oulmène. Les forces de l'ordre à grands renforts de gaz lacrymogène arrivaient à dégager la route mais c'était toujours partie remise, même à l'issue de grandes empoignades qui laissaient policiers et manifestants sur le carreau. Selon un bilan non officiel on dénombrait ce samedi une vingtaine d'éléments de forces de l'ordre et une autre vingtaine de protestataires, blessés heureusement sans grande gravité. Le dispositif sécuritaire impressionnant, était loin d'intimider les manifestants qui prirent pour cibles les édifices publics. Si dans la journée du jeudi, les jeunes survoltés ont saccagé à coups de grosses pierres le siège de la sûreté de daïra et celui de la daira pour exprimer leurs mécontentements d'avoir été empêchés de regarder le match qui opposait leur équipe au leader de la «régionale Une» de Batna qui s'est déroulé dans la ville voisine de Bordj Ghedir, les choses ont vite dégénéré dans la journée de vendredi. Le siège de l'agence de Sonelgaz sera le premier saccagé durant le week end. Le même édifice n'échappera pas une seconde fois au saccage en se transformant vite en un véritable brasier. Le parc de l'APC subira le même sort. Un micro bus appartenant a un privé en contrat avec la mairie pour le transport des écoliers sera la proie des flammes. Les manifestants ne se contentèrent pas de brûler les véhicules puisque ils s'emparèrent de plusieurs mobylettes appartenant à l'APC. Les forces de police et de gendarmerie ne savaient plus où donner de la tête autant hier qu'avant hier.

A chaque fois où ils arrivaient à disperser la foule de jeunes survoltés dans un endroit, plus loin c'est un autre grand attroupement qui se forme pour aller saccager des édifices situés dans un lieu opposé. L'inspection de l'éducation abritée par l'ex-institut islamique n'échappera pas à la furie des manifestants qui s'en prendront dans la foulée aux foyers des enseignants. Au passage, c'est les cabines publiques téléphoniques et les panneaux servant à l'affichage de la campagne électorale en cours qui feront les frais de la colère des jeunes. Hier, en début de matinée, le calme certes précaire n'augurait pas de la véritable déferlante du milieu de la journée. Mais les nombreux commerçants de la ville avaient senti le coup. Tout autant d'ailleurs que les autorités puisque les écoles sont restées portes closes. Pas un rideau levé. Ras El oued était déclarée hier ville morte. Ayant éprouvé pour avoir vu leurs enseignes lumineuses détruites à coups de pierres vendredi, épiciers, boulangers, laitiers et autres commerces préfèrent faire l'impasse sur tout commerce. Ce qui n'arrangeait point les affaires des ménages qui furent pris de court par la tournure des événements.

Signalons que le siège de la Sonelgaz fut attaqué à deux reprises. Egalement la recette intercommunale qui chapeaute Ouled Braham, Tassara et Ras El Oued et le secteur sanitaire. Le centre de santé fera aussi partie du lot. Mais le plus gros de l'enjeu de la journée d'hier se jouait au tribunal de Ras El Oued où fut présentée la cinquantaine de jeunes arrêtés jeudi et vendredi. Les alentours de l'édifice judiciaire grouillait de policiers et de gendarmes qui le gardaient comme une forteresse. La foule très nombreuse constituée essentiellement de parents de manifestants devant comparaître devant le juge d'instruction était tenue en respect. D'ailleurs le grand déploiement des forces de l'ordre n'offrait aucune possibilité aux jeunes survoltés de manifester leur violence. Les choses semblaient se calmer hier vers les coups de 16 heures surtout après la libération d'une dizaine de jeunes manière d'apaiser la situation. Mais contre toute attente vers 17 heures la situation dégénéra du côté de la cité des 400 logements. On saura qu'un policier a été gravement atteint à la tête par une grosse pierre .Il sera évacué vers l'hôpital de la ville. Les affrontements reprirent de plus belle. Les forces de l'ordre essuyaient une véritable pluie de projectiles. Ce qui ne les empêcha pas de procéder à d'autres arrestations. Vers 18 heures, la situation était toujours explosive. Même si les émeutiers renoncèrent à s'attaquer aux édifices publics. Mais les sorties de la ville étaient toujours barricadées ainsi que certaines artères principales. Le calme aux alentours du tribunal était toujours en vigueur. La foule était en sit in qui ressemblait étrangement un véritable siège. Vers 18 heures les élus locaux engagèrent des discussions avec les représentants des manifestants . De longues discussions qui butèrent finalement sur l'exigence des émeutiers qui tenaient mordicus à la libération de tous les jeunes qui ont été arrêtés. Une situation qui était apparemment sans issue et qui a été ponctuée par une menace de grève générale et illimitée jusqu'à obtention de gain de cause.


Troisième jour d'émeutes à Ras El Oued

El Watan, 6 mai 2007

L'absence de dialogue génère incontestablement la violence. Il semble que la ville ne dispose pas d'interlocuteur fiable, susceptible de se faire entendre.

Les interventions timides des quelques sages n'ont pas trouvé d'échos. Hier, la ville a vécu son troisième jour d'émeutes et les affrontements avec les services de sécurité se sont poursuivis, les renforts dépêchés ne sont pas arrivés à mettre un terme aux actes de violence. Tous les accès intra-muros sont restés bloqués, des vagues déchaînées de jeunes et de moins jeunes se sont attaquées à certains édifices. L'ex-institut islamique a été incendié et complètement saccagé, le parc communal, lui aussi, a subi des dégâts. Même constat au foyer des ouvres sociales qui a vu son mobilier détruit. Par mesure de sécurité, les établissements scolaires ont fermé leurs portes. A l'heure où nous mettons sous presse, des colonnes de fumée se dégagent des quatre coins de la ville. Même le bureau de poste de Toumella n'a pas échappé aux actes de vandalisme. Environ une soixantaine de jeunes impliqués dans ces affrontements ont été interpellés et conduits au commissariat, selon une source sûre. Les services de la Protection civile ont dû intervenir plus d'une dizaine de fois pour éteindre des feux. En ce troisième jour d'émeute, la ville offre un paysage désolant, digne d'une cité perpétuellement en guerre. A rappeler que ces émeutes ont éclaté suite au refus des services de police de Bordj Ghedir de laisser les supporters de Ras El Oued accéder au stade pour assister à une rencontre de football, un traitement que les jeunes émeutiers trouvent arbitraire. Le plus décevant est que cet incident dramatique a été récupéré par des forces occultes en pleine campagne électorale. Aux dernières nouvelles, on apprend que les pourparlers engagés par les élus locaux ont essuyé un échec cuisant, puisque les manifestants avaient exigé la libération sans condition de toutes les personnes arrêtées et menacé, le cas échéant, de maintenir le mouvement de protestation. Un avertissement à prendre au sérieux compte tenu des conséquences qui en découleraient. A 17h, un élément de la brigade antiémeute est sérieusement touché à la tête par un fragment de bitume, tandis que les proches des jeunes en état d'arrestation continuent d'observer un sit-in devant le siège de la justice.

Abdelkader Djerbah

 
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