Labaziz

Protesta aux portes d’Alger

Le Quotidien d'Oran, 27 août 2005

Une épaisse fumée mêlée à des odeurs de caoutchouc brûlé accueille le visiteur de la localité de Labaziz, dépendant de la commune de Bougara, et située à environ trois kilomètres de cette dernière sur la route menant vers Sidi Moussa.

Les automobilistes empruntant cette route sont obligés de faire le détour par Larba ou Chebli pour cause de route bloquée.

En effet, brûler des pneus ou autres et bloquer les routes sont les moyens d’expression employés de nos jours pour attirer l’attention des autorités supérieures, quand les autres moyens ne sont pas entendus. C’est ainsi que les habitants, jeunes et vieux, de ce petit hameau sortirent en cette fin de matinée du 24 août 2005, brûlèrent des pneus usagés et toutes sortes de combustibles qu’ils trouvèrent sur leur chemin. Plus nous nous approchons, plus la fumée nous prend à la gorge. Les gendarmes sont sur les lieux, avec leurs tenues anti-émeutes. Mais ils commencent d’abord par essayer de persuader les jeunes de débloquer la route. Les palabres s’éternisent. Avec l’arrivée des élus de l’APC et du chef de daïra, la tension monte d’un cran. Les émeutiers ne veulent parler qu’au wali. Les gendarmes et le chef de daïra leur promettent qu’ils vont transmettre leurs doléances au wali de Blida. En milieu d’après-midi, les barricades sont levées après que la promesse leur fut donnée pour une rencontre avec le wali pour ce samedi 27 août. Comme par enchantement, la route est débarrassée de tous les détritus qui la barraient et noyée à grande eau par les services de l’APC. Les habitants sont encore en colère et promettent qu’ils remettraient ça si leurs doléances ne sont pas prises en compte.

Nous avons saisi l’occasion pour leur demander les raisons de tout ceci. M. Rachid, 32 ans, fellah et père de 3 enfants, commença, d’une voix forte et courroucée: «Nous avons vécu plus d’une décennie dans la peur et le désarroi. Nous avons perdu beaucoup des nôtres, assassinés sans raison. Nous avons vu nos récoltes détruites, mais nous avons tenu bon et nous nous sommes battus pour préserver notre terre. Nous avons été parmi les premiers à demander longtemps des actions pour améliorer nos conditions de vie, espérant que les difficultés que nous rencontrons quotidiennement seront aplanies. Mais rien n’a été fait. Figurez-vous que depuis plus de deux mois, l’eau ne nous parvient que très parcimonieusement. Une heure tous les trois jours, avec un débit si faible que la plupart ne peuvent rien remplir, même pas une bouteille pour boire. D’ailleurs, l’eau n’est que la... goutte qui a fait déborder le vase». Un homme d’un certain âge, l’air d’un intellectuel à la retraite, le coupa pour nous dire: «Notre quartier est encore coupé du monde à l’ère de toutes les technologies. Le téléphone, chez nous, est une abstraction. Heureusement que le portable a été découvert et introduit en Algérie, car le fixe, malgré des travaux lancés il y a plus d’une année, n’est pas près de nous rendre visite. En plus, venez voir les rues de notre hameau, elles ressemblent à celles des villages sahariens recouverts de sable. Malheureusement, ce n’est pas du sable car il nous aurait rendus riches, mais c’est de la poussière qui a été rendue ainsi par le passage de véhicules. Quand il y a un peu de vent, il ne faut surtout pas s’aventurer dehors, c’est un véritable vent de sable qui se lève et la poussière pénètre même dans nos estomacs. S’il pleut, nous pataugeons dans la gadoue».

D’autres informations données par des citoyens font état de la surcharge des classes des deux écoles primaires et de l’unique CEM, du manque de chauffage, de l’absence de loisirs... Il n’y même pas un centre culturel pour réunir les jeunes dans des occupations saines. En outre, le bureau de poste construit récemment n’est pas encore opérationnel, obligeant les citoyens à se déplacer à Bougara pour toute opération postale, comme l’achat d’un timbre ou l’envoi d’une lettre.

Pour celui qui veut se rendre à l’annexe administrative ou au CEM, il sera accueilli par un amoncellement de détritus de toutes sortes, juste en face de ces deux entités administrative et éducative. Le même spectacle désolant se retrouve juste en face du dispensaire: les sachets d’ordures s’entassent, certains sont déchirés et laissent sortir leur contenu, attirant par là toutes sortes de bêtes nuisibles, des rats qui n’ont plus peur des chats, aux chiens qui recherchent leur nourriture, en passant par les mouches et les moustiques, et même des vaches qui ont troqué leur vert pâturage - qui n’existe presque plus - contre les ordures ménagères qu’elles ont appris à extraire des sachets en plastique noir. Quoi qu’il en soit, le calme est revenu durant le week-end, en attendant les discussions avec M. le wali de Blida, aujourd’hui samedi.

T. M.

 
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