Il accepte tous les préalables au dialogue du mouvement citoyen

Ouyahia plie devant les aârouch


Le Matin, 18 décembre 2003

Dans un communiqué rendu public hier, M. Ouyahia a appelé une nouvelle fois le mouvement citoyen au dialogue en répondant à quelques préalables exigés par les aârouch. Pour Belaïd Abrika, cette invite est « insuffisante » bien qu'elle soit « un acquis dans la forme ».
Le chef de l'Etat recule devant la contestation du mouvement citoyen au moment où ce dernier a entériné le rejet de la présidentielle lors de sa réunion interwilayas tenue le week-end dernier. Dans un communiqué des services du Chef de gouvernement rendu public hier, Ahmed Ouyahia affirme sa disponibilité « à aborder la question des incidences dès l'ouverture du dialogue pour la mise en uvre de la plate-forme d'El Kseur ». D'ores et déjà, souligne le communiqué, comme « gage de bonne volonté », instruction a été donnée à la direction générale de la Sonelgaz ainsi qu'aux employeurs publics concernés pour « préparer les mesures à même, d'une part, de solutionner le contentieux Sonelgaz et, d'autre part, de permettre la réintégration des travailleurs du secteur public licenciés du fait des tragiques événements de l'année 2001 ». A ces deux incidences qui peuvent prendre effet immédiat, comme le stipule le document des aârouch fixant les conditions de la mise en uvre de la plate-forme d'El Kseur, s'ajoute une troisième incidence juridico-politique : la levée de la mise sous contrôle judiciaire des délégués. Le communiqué stipule que « le Chef du gouvernement a introduit, par le biais du ministre de la Justice, gardes des Sceaux, une demande auprès des parquets concernés en vue de l'adaptation au climat destiné à entourer favorablement le déroulement du dialogue, des mesures de contrôle judiciaire en vigueur à l'encontre de délégués du mouvement des aârouch ». Contacté par téléphone, Belaïd Abrika a réagi à la proposition de M. Ouyahia : « Même s'il affiche un gage de bonne volonté pour prendre en charge certaines incidences partiellement, ce que nous considérons comme un acquis dans la forme, la proposition du Chef du gouvernement reste insuffisante pour atteindre les conditions favorables à une rencontre avec les représentants de l'Etat pour la mise en uvre de la plate-forme d'El Kseur scellée et non négociable. » Le délégué de la CADC estime enfin que « les structures du mouvement, notamment l'interwilayas, l'instance suprême des aârouch, daïras et communes, est seule habilitée à trancher ces questions et qui auront à se réunir pour évaluer de nouveau l'évolution de la situation à même de répondre aux aspirations de nos populations martyrisées ». Cette deuxième invite, appuyée, dénote un net recul du Pouvoir face aux revendications des aârouch qui intervient à quatre mois de la présidentielle rejetée par l'instance suprême du mouvement citoyen. M. Bouteflika cherche sans doute par cet appel à régler le problème de cette abstention politique de quelque trois millions d'habitants avant le scrutin et même si, d'aventure, il ne se présente pas aux élections, il pense résoudre la crise pour une fin de mandat « honorable ». Des gages de sa bonne volonté à satisfaire quelques incidences du Président-candidat à quatre mois de la présidentielle qui vient d'être rejetée. Cette sollicitation de M. Ouyahia, outre son caractère électoraliste, est, de toute évidence, l'expression de son propre échec devant une crise qui dure depuis près de trois ans durant lesquels les manuvres, les insultes, le pourrissement ont été les seules réponses du Pouvoir à la revendication des aârouch, la satisfaction de la plate-forme d'El Kseur. Les aârouch sont aujourd'hui en position de force et ils l'ont exprimé en décidant le rejet de la prochaine échéance en laissant toutefois un entrebâillement de la porte du dialogue.
Rachid Mokhtari

 

   
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