Bien que la justice ait été très clémente avec les jeunes émeutiers arrêtés la semaine dernière :

Ouargla renoue sporadiquement avec les troubles

par Abdelhalim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 27 novembre 2007

Le tribunal de Ouargla a condamné, hier, à 3 mois de prison avec sursis trois des 27 personnes poursuivies pour avoir participé aux émeutes qui ont secoué la ville la semaine dernière, les 24 autres ayant été acquittés. Pendant ce temps, les émeutes ont repris de manière sporadique dans différents quartiers de la ville.

Le procès que toute la ville attendait et redoutait a débuté à 9 heures sous haute surveillance policière. La rue où est situé le tribunal a été fermée à la circulation. Il en est de même pour l’entrée de la salle d’audience, également barricadée sur un périmètre de sécurité de plus de 20 mètres à la ronde.

Le tout bien évidemment sous une présence renforcée de policiers prêts à entrer en action en cas de dérapage. Le procès est sur toutes les lèvres dans les rues de Ouargla. Tout le monde, commerçants en tête, appréhende la reprise des émeutes au cas où le verdict du tribunal ne serait pas du goût des parents et des jeunes venus nombreux assister au procès.

La salle d’audience s’est avérée exiguë pour contenir les 27 prévenus, dont cinq ont été placés sous mandat de dépôt, les autres ayant bénéficié de la liberté provisoire, leurs parents, les proches et autres curieux venus découvrir le verdict en direct.

Ceux qui n’ont pas pu accéder à l’intérieur de la salle se sont agglutinés par grappes le plus près possible de la limite fixée par les policiers. Quatre chefs d’inculpation ont été retenus contre les «émeutiers» : rassemblement non autorisé, incitation à rassemblement non autorisé, destruction de biens d’autrui et vol.

Mais tout est bien qui finit bien pour ces jeunes. Les notables de la ville, à leur tête le sénateur Mohamed Larouci Bensaci, ont dit-on, tout au long de ces derniers jours, joué les intermédiaires entre la wilaya, la police et les parents des accusés.

C’est à croire que la magistrate présidente de la séance, le procureur de la République et les avocats de la défense se sont donné le mot pour «calmer le jeu» dans cette ville qui fait face à des émeutes qui éclatent sporadiquement et inopinément dans les différents quartiers de la banlieue.

Les accusés ont bien évidemment nié tout ce qui leur a été reproché et plaidé non coupable, hormis quelques-uns qui, ayant reconnu s’être regroupés sans autorisation, ont été condamnés. S’agissant de l’accusation de vol, leurs avocats ont relevé qu’aucune plainte n’a été déposée en ce sens.

Quant à la plainte de la police judiciaire, elle a été déposée contre X, ont-ils argué. Ils plaidèrent donc le défaut de preuves contre toutes les accusations. Le représentant du ministère public a requis une peine d’un an de prison ferme et une amende de 100 000 DA à l’encontre des cinq détenus placés sous mandat de dépôt et 6 mois fermes et la même amende de 100 000 DA pour ceux en liberté provisoire.

Après délibérations, le tribunal déclara l’ensemble des accusés innocents des charges qui leur sont reprochées, notamment celles relatives au vol et à incitation à attroupement non autorisé. Ils ont donc été acquittés. Seuls trois accusés ont été reconnus coupables d’attroupement non autorisé et condamné à trois mois de prison avec sursis.

Hier, aux environs de 15 heures, des échauffourées opposant de jeunes émeutiers aux forces anti-émeutes ont été constatées au niveau du quartier Che Guevara, sur la route de Mekhadma. La façade d’un hôtel appartenant à un privé a été endommagée, a-t-on appris.

Un responsable des forces anti-émeutes affirme que celles-ci se contentent pour l’instant «d’être sur la défensive» et de maintenir les jeunes en colère loin du centre-ville. Au moment de l’écriture de ces lignes, les échauffourées se poursuivaient à Che Guevara.

On annonce même d’autres émeutes au niveau d’autres quartiers mais il nous a été impossible de vérifier ces informations. Par ailleurs, les jeunes de la commune de Aïn Beida, située à mi-chemin entre le centre-ville et l’aéroport, sur la route de Hassi Messaoud, ont bloqué avant-hier soir la route en dressant des barricades à l’aide de pierres et de pneus brûlés.

Beaucoup de passagers n’ont pu, par conséquent, embarquer à bord du vol de 22h00 en direction d’Alger. A. M.

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