Avec les initiateurs de la plate-forme d'El Kseur

«Le mouvement est loin de s'essouffler»

Par Mahmoud Mamart, La Tribune, 20 avril 2003

La ville des Genêts renoue avec le débat et il en était temps. Si l’hégémonie exercée par les structures des archs, nées des événements tragiques du printemps noir au début de la protesta, était salvatrice, l’atomisation qui caractérise la dynamique populaire a mis le citoyen dans une position d’attente. Gagnée par la lassitude et le désenchantement, la population, qui ne voit encore rien venir, pousse des délégués, de plus en plus nombreux, à sortir de leur silence en appelant au débat afin de situer les enjeux de la crise et pouvoir ainsi la dénouer. D’anciens délégués ayant accompagné le mouvement dans ses moments forts, notamment lors de la rédaction de la plate-forme d’El Kseur, s’expriment en ce double anniversaire sur les raisons d’une telle atomisation et sur la responsabilité des uns et des autres. Certains animent même des conférences et meetings pour renouer avec le débat contradictoire. Mais tel un leitmotiv, et même s’ils ont des approches différentes, ils insistent tous sur la nécessité de faire une halte pour faire le bilan et dégager des perspectives sérieuses pour la région. Arezki Yahoui était le délégué de Bouzeguene. Il fait partie du groupe dit des neuf qui se sont démarqués de la structure dès décembre 2001 et était l’un des rédacteurs du document d’El Kseur. Son constat est sans ambages : «Il faut avoir la lucidité suffisante pour constater l’impasse, produit logique de la conjugaison de trois acteurs adversaires de la citoyenneté. D’abord le pouvoir, par sa gestion des événements et de la crise, a favorisé le pourrissement. Ensuite les partis politiques, toutes tendances confondues, qui se sont sentis menacés dans leur confortable certitude de paternité politique sur la Kabylie. Une certitude ébranlée. Et enfin les animateurs du mouvement citoyen qui ont cédé à la facilité en préférant leurs causes partisanes au combat citoyen pour une Algérie démocratique.» Face à une telle situation, l’ex-délégué de Bouzeguene a affirmé que «les appels tous azimuts au rassemblement proviennent d’opportunistes politiques. Leurs intentions ne sont autres que la récupération à des fins inavouables» avant d’enchaîner que la solution est de «les laisser au bord de la route et que de nouvelles volontés sincères et patriotiques se prononcent et s’engagent pour rendre à l’action politique sa noblesse dans ses objectifs et son esprit. Quant aux gouvernants, ils doivent se rendre à l’évidence que le salut de l’Algérie réside dans l’instauration d’une authentique démocratie».Un ancien délégué, préférant garder l’anonymat et vraisemblablement encore traumatisé par son aventure au sein de la structure des archs, a fait un constat sans complaisance : «Je me suis engagé corps et âme dans le mouvement dès sa naissance pour porter haut et fort les revendications de notre jeunesse. Ma déception est totale. Il n’y a plus de mouvement des archs dès lors que les vrais délégués sont partis et la forme de désignation des délégués a changé. Auparavant, les délégués étaient choisis dans les assemblées de village et c’est ce qui a fait la force du mouvement à ses débuts. Aujourd’hui, la sève d’antan n’existe plus, et il n’y a plus de délégués mais des gens non représentatifs véhiculant les idées de leur parti. Les conclaves sont devenus des arènes pour des tractations entre militants de partis. Même l’appellation arch doit disparaître puisque les soi-disant délégués ne représentent qu’eux-mêmes.»Idir Aït Maamer est l’un des délégués ayant accompagné le mouvement à ses débuts et l’un des rédacteurs de la plate-forme d’El Kseur. Contrairement à bon nombre de ses camarades qui ont déserté la structure des archs, il fait encore partie du conseil de daïra des Ouacif. A la veille de la commémoration de l’an II du printemps noir, et dans une déclaration rendue publique, le conseil de daïra constate qu’il y a un «problème de fond que nous ne pouvons ni ne devons occulter». Tout en affirmant que le slogan de plate-forme d’El Kseur «scellée et non négociable» n’est pas un slogan «oppositioniste de circonstance», mais «un projet politique global qui, une fois satisfait, réglera la crise algérienne en matière démocratique, identitaire et idéologique», le cap a été mis sur la représentativité des délégués qui «reste le talon d’Achille du mouvement citoyen», notent les rédacteurs de la déclaration.

M. M

 

   
www.algeria-watch.org