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Menacé de débordement, l’état reporte des rendez-vous sportifs Ces jeunes qui font trembler le pouvoirEl Watan, 16 février 2009 Si ça continue comme ça, avec des supporters armés de haches dans les tribunes des stades, on ira vers l’annulation du championnat. Carrément. » Laïd, 50 ans, rencontré au marché de Boumati à El Harrach, à 12 km à l’est d’Alger, est pessimiste. Fervent supporter de l’Union sportive Madinet El Harrach (USMH), Laïd dit ne plus aller au stade suivre son équipe. Raison : « Trop de violence ! ». L’appréhension est là, forte, au point que la Ligue nationale de football (LNF) a décidé du report du match retour contre le MCA, prévu hier et qui devait se dérouler au stade Omar Hamadi à Bologhine (ex-Saint Eugène). « Nous n’assumerons pas une rencontre un dimanche qui coïncidera avec l’horaire de la sortie d’école et des bureaux. Nous avons proposé un jeudi ou un vendredi, en vain », nous explique Mohamed Laïb, président du club harrachi, contacté hier. On se souvient du match aller USMA-MCA (1-1) à Rouiba en août 2008 : « Des bagarres, des policiers en nombre insuffisant, des supporters des deux équipes mélangés dans la même queue pour entrer au stade, c’est normal qu’après ça dégénère », raconte un jeune supporter harrachi. Ensuite, il y a eu les graves incidents fin janvier au stade d’El Harrach lors de la rencontre USMH-ES Sétif, arrêtée à la 60e minute par l’arbitre suite à l’envahissement du terrain par les supporters. L’arrêt du match a eu lieu juste après le second but inscrit par Delhoum en faveur de l’ES Sétif (2-1), but contesté par l’équipe harrachie. L’intrusion des supporters après la destruction du grillage séparant les tribunes du terrain a été suivie par de violentes échauffourées entre le service d’ordre et les supporters. La LNF a pris plusieurs sanctions contre l’USMH : six matches à huis clos, match perdu par pénalité à l’USMH pour en attribuer le gain à l’ESS par le score de trois à zéro, l’entraîneur adjoint Bechouche Nacer interdit du banc de remplacement pendant 10 matches et une amende de 50 000 DA. Sabres, haches, insultes et bagarresAlors, El Harrach, club dangereux, avec ses supporters, ses kawassir (rapaces, en référence à une série télé syrienne), son « armée jaune » ? « Notre réputation nous devance là où nous allons pour suivre nos joueurs », regrette Imad, la vingtaine, adossé au mur du café du club de football de l’AREH, El Kahla, à la Rotonde au centre-ville d’El Harrach. Avec deux amis, casquette portée de biais, tasse de café à la main, ils ont suivi les Jaune et Noir partout. « Trouves-tu normal que les gens attendent les Harrachis avec des sabres et des haches ? On a nos agités, ceux qui veulent casser, voler, se bagarrer, mais on n’est pas tous comme ça ! », dit l’un d’eux. « ça démarre toujours avec les gamins, personne ne les accompagne, ne les encadre, mais quand d’autres gamins de l’autre équipe leur lancent des pierres, les insultent, ou que les policiers se mettent aussi de la partie, personne ne peut les arrêter. Puis les plus âgés interviennent pour venger les plus jeunes, des deux côtés... Et c’est la guerre », explique Imad. « Si ce match reporté était tenu dans un grand stade, au 5 Juillet ou à Blida, il n’y aurait que du football ! A Bologhine, c’est petit et pour y accéder, les supporters des deux clubs sont tout le temps au coude à coude. ça donne une situation où tout peut arriver ! », ajoute-t-il. « Quand on est partis à Annaba ou à Sétif, est-ce qu’il y a eu des problèmes de violence ? Non. On était dans une même galerie. Le problème est que certaines équipes ne se supportent pas. En plus, il faut voir comment la police réagit : pourquoi frapper des gamins ? Pourquoi se mettre à jeter des pierres sur nous ? Ils ne savent pas gérer, c’est tout ! », poursuit son ami Khaled, qui nuance : « ça ne veut pas dire que nous n’avons pas des gens à problèmes, on a de sacrés phénomènes, mais je crois bien que la majorité des supporters vont au stade pour le football ». « En fait eddoula (le pouvoir) ne nous aime pas, El Harrach c’est un million et demi de personnes qui n’ont d’existence que lorsqu’on parle dans les journaux de la violence dans les stades. Si au moins on parlait d’eux de temps en temps pour autre chose, de temps en temps seulement », concède-t-il. « La violence est née parce que beaucoup de Harrachis vivent la hogra et la misère, ne cherchez pas plus loin ! Regardez autour de vous, la gadoue, les rues défoncées, le chômage, la saleté... Ici et ailleurs, les jeunes se sentent traités comme des non-humains ! », proteste celui qu’on appelle Rouji, qui tient un étal au marché Boumati. « Alors ces jeunes-là, quand ils cassent, quand ils brûlent, ils savent qu’ils existent... ils prouvent qu’ils existent. Même Al Jazeera parlera d’eux ! C’est tout ce qui leur reste », lance-t-il. Il est contredit par Hamma, un grand barbu qui tient l’étal d’en face : « Non, la vraie raison c’est le manque d’éducation des plus jeunes. J’espère que la décision de jouer à huis clos poussera tout le monde à réfléchir. ça a marché avec d’autres clubs. » « Les massacres, les balles, le terrorisme...On a grandi dans le “choc”. On n’a connu que cela, la violence. J’ai 28 ans, qu’est-ce que j’ai vu dans ma vie à part ça ?! », interroge Khaled, agitant sa tasse vide. Avant d’aller chercher un autre café, Imad lâche : « Qu’ils déplacent le derby au Sahara, comme ça, personne ne partira voir le match, pas de police, pas d’Etat, pas de casse... C’est ça ce que l’Etat veut ? ». Par Adlène Meddi
Le seuil de toléranceLa violence sociale se répand chaque jour un peu plus. Dans les quartiers des grands centres urbains, elle commence à s’installer dans l’ordinaire de la vie des citoyens, non sans conséquences. La peur, l’angoisse, l’anxiété et le sentiment d’insécurité pèsent de plus en plus sur le quotidien des gens. C’est devenu tout simplement invivable. Ce qui se passe depuis quelques jours à Bab El Oued, à Alger, deux groupes de jeunes se livrant chaque nuit à des batailles rangées à l’aide d’épées, de barres de fer et de couteaux, devrait sonner l’urgence de trouver une solution à la détérioration du climat social qui touche le fond. Pas un seul match de football, dans la capitale notamment, ne se termine sans affrontements entre bandes rivales. Mais ces violences ne semblent pas susciter l’inquiétude des autorités, tant le souci est qu’elles n’expriment pas des revendications politiques. Il est normal, doit-on comprendre du fond de la pensée du ministre de l’Intérieur, qui s’exprimait il y a deux jours sur les bagarres nocturnes de Triolet autour d’un terrain de foot, que des jeunes s’entredéchirent à coups de gourdins. Il fallait donc laisser faire pourvu que cela ne déborde pas sur le terrain politique. L’inquiétude des pouvoirs publics n’est apparemment pas de ramener le calme dans nos contrées, mais bien d’éviter que la violence ne soit vectrice d’une quelconque revendication sociale ou politique. La crainte est telle que des matchs opposant des clubs algérois sont reportés à une date ultérieure parce qu’on a peur des débordements qu’ils pourraient causer. Par ailleurs, la violence ne se trouve pas seulement dans les stades à Alger. Elle est partout, comme le reconnaissait récemment le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, qui, pour minimiser les événements de Berriane, avait évoqué avec une banalité déconcertante la violence et les bagarres dans les quartiers de la capitale. La délinquance prend de l’ampleur, chaque quartier a ses caïds qui se recyclent en gardiens de parkings sauvages en attendant de commettre leur forfait en cambriolant une maison, en volant une voiture ou en agressant des citoyens qui refuseraient leur diktat. Ils dictent leur loi aux petites gens désarmées, résignées – à défaut de la protection dont l’Etat leur est redevable – à payer la rançon de la sécurité. Pourtant, la tâche incombe entièrement aux pouvoirs publics qui doivent assurer, comme l’exige la Constitution, la sécurité des citoyens et de leurs biens. Ce n’est pas à la population de prendre en charge les problèmes de chômage ! Et la tolérance vis-à-vis d’une certaine violence dans nos quartiers est telle que de jeunes délinquants s’y livrent en toute impunité. C’est à croire qu’elle est entretenue pour servir d’élément de régulation de la société. D’aucuns vont jusqu’à penser que la petite délinquance est quelque part un mal tolérable pour éviter le pire, faute de pouvoir offrir aux jeunes de meilleures perspectives. En fait, les pouvoirs publics empruntent le chemin le plus court vers la paix sociale en n’agissant pas avec la fermeté contre la délinquance, la violence, les métiers illicites... qui vont avec, tant la vente de cigarettes dans la rue, les parkings sauvages sont considérés par ceux même qui nous gouvernent comme l’expression d’un certain sens de la débrouille. Par Said Rabia |
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www.algeria-watch.org
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