Le pouvoir solde l’épisode de la confrontation

La libération des délégués des ârchs a commencé

Le Quotidien d'Oran, 10 juin 2003

Belaïd Abrika, figure du mouvement des ârouch, et Nordine Medrouk, arrêté à la mi-mai à Beni Douala, devraient bénéficier dans les prochaines heures - si ce n’est déjà fait - d’une mesure de liberté provisoire. La nouvelle a été confirmée en début de soirée par la radio publique qui indique que les deux détenus pourraient rentrer chez eux avant minuit ou bien aux premières heures de la matinée d’aujourd’hui.

Hier après-midi, aux alentours de 16h45, une foule composée d’avocats et des parents de détenus ont accueilli dans la liesse la libération de Rachid Allouache, délégué d’Ath Djennad, à la sortie de la maison d’arrêt de Tizi Ouzou où il était détenu depuis 9 mois.

L’absence de Belaïd Abrika et de Nordine Medrouk a causé une déception et un début de tension, vite contenus par une rencontre entre le directeur de l’établissement pénitentiaire, les avocats et les parents des détenus. De toute évidence, le directeur de la prison leur a confirmé que la situation des deux délégués connaîtra une issue similaire à celle de Rachid Allouache et de quatre autres délégués libérés hier également à Béjaïa, en l’occurrence Chakour Mourad, Harkane Hafid, Zene Khellaf et Saïdani Hakim. Les choses s’accélèrent donc depuis la proposition de dialogue au mouvement des ârouch lancée par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia devant les députés.

Un appel qui, avait-il dit, se fait en accord avec le président de la République. Le chef du gouvernement venait en fait d’annoncer un nouveau virage dans la gestion du pouvoir qui avait choisi jusque-là d’ignorer les ârouch. Une légitimation en quelque sorte qui rendait intéressante l’offre de dialogue pour un mouvement qui n’a plus la vigueur des débuts et qui n’arrivait plus à mobiliser les foules. La porte de sortie du «scellé et non négociable» qui est devenu la marque de fabrique avait besoin cependant d’un sérieux coup de pouce de la part des pouvoirs publics.

Car, si les ârouch ont saisi au vol l’intéressante offre d’Ouyahia, ils ne pouvaient pas, sous peine de discrédit, aller au dialogue alors que des délégués sont en prison. Cela est devenu pratiquement l’unique condition préalable à l’acceptation de l’offre du pouvoir.

Du côté des autorités, il était tout aussi intenable de légitimer le mouvement et de l’appeler au dialogue tout en maintenant une partie de ses dirigeants en prison. L’amnistie n’étant pas possible pour les cas de personnes détenues non encore jugées, il fallait trouver une issue qui respecte la forme du droit. Et le recours à la liberté provisoire, même s’il obéit à une sollicitation du pouvoir, ne violente pas les formes juridiques. Même si l’on ne s’empêche d’y voir la main de la politique, et d’ailleurs on ne semble pas s’en cacher, la mise en liberté provisoire est un recours qui respecte les formes légales. Le pouvoir solde ainsi l’épisode de la confrontation avec les ârouch en ouvrant la phase du dialogue.

Mohand Maokli et M. Saâdoune

 

   
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