Histoire de logement

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 21 octobre 2009

Une émeute du logement dans un quartier d'Alger pratiquement au moment même où l'Etat annonce sa décision de faire plus d'efforts financiers pour soutenir l'accès au logement. Il n'y a pas de lien de causalité entre les deux faits... Mais dans un pays où le déficit en logements est gigantesque, ce télescopage relève moins du hasard que de la probabilité statistique.

L'immense frustration sociale associée à l'absence de logement est une réalité qui a déjà marqué une génération et a empoisonné beaucoup d'existences. Elle a sans doute - cela mérite une vraie recherche sociologique - accéléré l'attractivité de l'islamisme politique dans les quartiers populaires, où souvent deux ou trois générations s'entassent dans un espace limité et pas extensible.

Ce qui a rendu la frustration sociale vive est que tout un chacun sait que l'Etat a beaucoup dépensé dans des programmes de logements qu'il a mal distribués. L'affectation régalienne des logements a été, et demeure, un moyen d'accumulation et d'enrichissement sans cause. L'Etat n'a jamais vraiment réussi - ou voulu ? - mettre fin à cette rente. Des logements ont été acquis gracieusement au nom de l'épouse, du fils ou du petit-fils, tandis que la majorité de ceux qui en ont besoin étaient laissés en rade.

Il y a une possibilité d'écrire l'histoire de l'Algérie à partir du pétrole et du gaz, mais il y a aussi une possibilité de le faire à travers le cheminement particulièrement sinueux et inexplicable de la «crise du logement». S'il n'est pas très bon de trop regarder en arrière, il ne serait pas mauvais aussi de se souvenir qu'au vu des dépenses engagées par l'Etat, cette crise ne s'explique pas. Sauf si l'on intègre l'idée que les logements ont été un moyen de transfert de rente et donc d'enrichissement rapide. Tout le monde a fini par le comprendre...

Pendant des années, des logements sociaux n'ont pu être distribués car les demandes sont si élevées et l'offre si basse que toute décision finissait par faire l'émeute. Le logement est devenu au fil des ans associé à la protestation, à l'émeute, tout autant qu'à celui de l'enrichissement sans cause et la spéculation sans frein. C'est ce qui fait qu'une contestation violente à Diar Echems à Alger, rencontrant un Conseil des ministres qui a décidé de donner un grand coup en matière de logement, est une éventualité statistique.

Le Conseil des ministres a donc décidé qu'il y avait de la cohérence dans la décision du gouvernement d'interdire les crédits à la consommation et de ne permettre que les crédits au logement. Il a pris des mesures incitatives en direction des Algériens pour qu'ils puissent accéder à des crédits bancaires à des taux bonifiés, tout en faisant bénéficier une partie d'entre eux d'une aide directe en fonction de leurs revenus.

Il faut espérer également que les entreprises algériennes profitent pleinement de ce grand coup de pouce au logement. Il reste à souhaiter que ces démarches destinées au plus grand nombre ne profitent pas à un petit nombre de spéculateurs... Il ne faut pas que la même histoire recommence !

 
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