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Gâchispar K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 19 mai 2008 Berriane est malade et elle nous rend malades. Dans la confusion qui règne sur les causes de cette flambée de violence, on retiendra, bien sûr, le manque de réactivité des autorités qui n'ont pas su déployer à temps les effectifs nécessaires au maintien de l'ordre. Mauvaise appréciation de cette crise alors que le climat était déjà pollué depuis des mois, faible communication, léthargie... Il y a beaucoup de questions à poser aux autorités sur la gestion des graves désordres qui ont endeuillé la ville. Comment l'Etat et ses structures de veille n'ont pas su prévenir une crise qui plonge l'opinion dans la consternation ? Berriane n'est pas une métropole gigantesque et elle présente toutes les dimensions d'une ville aisément gérable. Le fait que ces débordements de violence n'aient pas pu être prévenus d'abord, contenus ensuite, autorise légitimement les citoyens à se demander où est passé l'Etat... Car il ne s'agit pas d'accabler les forces de sécurité, mais de pointer une forme de gouvernance désuète qui ne saisit pas l'ampleur des changements démographiques et sociaux, parfois brutaux, et leurs implications. Comment ne pas être frappé de constater que dans une petite ville, les jeunes qui s'affrontent ne se connaissent pas ou ne se connaissent plus ? A Berriane, les événements ont pris une tournure communautaire, mais ailleurs, dans les grandes villes, c'est autour des équipes de football que les fixations se font et que les vendettas se préparent. Allez, disons-le aux autorités si elles ne le savent déjà: le match entre le RCK et l'USM El-Harrach du week-end prochain à Kouba s'annonce problématique au plan de la sécurité. Des passants à Kouba ont déjà reçu un avant-goût de ce qui risque d'arriver vendredi prochain. Avis donc aux autorités pour qu'une autre guerre des quartiers n'ait pas lieu. Comment est-on arrivé à ces régressions où l'administration recherche systématiquement, une fois l'incendie déclaré, des « sages » que plus personne n'écoute ? Il y a effectivement un grave problème de société où la violence, à défaut d'être totalement délégitimée socialement, moralement et légalement, a tendance à devenir le mode d'expression naturel, la voie de premier recours. Depuis 1988, la violence sociale, permanente et diffuse est un indicateur que les médiations existantes sont obsolètes et se révèlent inopérantes, sauf à servir de vache à lait à ceux qui y sont tapis. Or, ce renouvellement tarde à se produire. La crise des années 90 n'est pas résorbée. Il se disait à l'époque que les Algériens avaient apporté de mauvaises réponses à de bonnes questions. Plus d'une décennie plus tard, force est de constater que les bonnes réponses ne viennent toujours pas. Le repli vers le quartier, l'équipe de football, la tribu sont les signes cliniques d'un trouble grave. Il est de bon ton dans certains milieux de déplorer l'affadissement du sentiment national chez les jeunes. Mais on omet d'ajouter immédiatement que rien ne leur est accordé. Car, en effet, le sentiment national se nourrit d'un sentiment d'appartenance et d'une participation effective à la vie de la nation. Plutôt qu'une ouverture démocratique sérieuse et ordonnée permettant la structuration de la société, le renouvellement des médiations et une représentation authentique, on a choisi la voie censée être plus sûre de l'immobilisme. C'est la pire des réponses pour une société de jeunes sans repères et qui n'arrivent toujours pas à imaginer un avenir. |
Emeutes | ||||
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www.algeria-watch.org
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