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Le retour des émeutes du chômageEl Watan, 19 novembre 2007 Ouargla vient d’être secouée par une nouvelle spirale de la violence. Cette ville est depuis hier la proie de nouvelles émeutes. La population sort dans la rue arborant sa misère et réclamant son droit au travail, aux soins, à l’école, au logement, à la nourriture, à l’eau… à la vie, une vie décente. Laissés en rade depuis toujours, des jeunes et moins jeunes dénoncent leur exclusion du marché du travail local et expriment leur ras-le-bol quant à l’absence de perspectives, de la moindre lueur d’espoir. Coincés entre le désert et la misère, ces Algériens, vivotant sans lendemain certain aux portes du Sud, ne veulent plus se plier à la volonté des dirigeants qui feignent d’ignorer leur insoutenable et injuste situation. Ils refusent de se taire et préfèrent exprimer leur rage, leur marasme bruyamment, espérant faire entendre leur voix et faire valoir leurs revendications. Mais l’Etat ne semble avoir de réponse que la répression. La rue est ainsi devenue, et ce depuis des années, le réceptacle par excellence des attentes non satisfaites. Mais aussi le théâtre de la violence policière. Cette wilaya pétrolière des plus riches d’Algérie se retrouve dans la situation d’il y a quatre ans. En début de 2004, une centaine de chômeurs s’est soulevée contre les mêmes conditions de vie que celles contestées par les manifestants d’hier. Les émeutes se sont propagées à cette date-là à d’autres villes et régions du sud du pays qui se considèrent lésées du fait qu’elles regorgent de richesses naturelles sans pour autant en tirer profit. Alors que des cohortes de travailleurs du Nord atterrissent dans ces régions pétrolières et gazières, ticket d’embauche à la main, les « locaux » tiennent les murs les poches vides. L’ampleur qu’a pris la protestation a contraint le gouvernement à prendre à la fin de février 2004 une décision portant le gel des bureaux de placements de main-d’œuvre qui, il faut le relever, n’ont aucunement contribué à endiguer le problème du chômage qui continue à frapper de plein fouet la société, les jeunes surtout. Le gouvernement d’alors avait rassuré avoir donné instruction à l’ensemble des opérateurs de droit public ou privé de procéder au recrutement par le biais de l’Agence nationale de l’emploi et d’avantager les demandeurs locaux. Ces mesures ont été considérées comme insuffisantes. Mais se contentant du peu, les manifestants ont suspendu leur mouvement de protestation. Mais de toute évidence, les émeutes d’hier viennent confirmer que les revendications des manifestants de 2004 n’ont pas été concrètement prises en charge. Leur situation a plutôt empiré depuis cette année-là et le pouvoir d’achat des familles a été complètement érodé. Si le précédent cycle émeutier s’est produit quelques mois avant la présidentielle d’avril 2004, cette fois-ci les manifestants mènent leur action revendicative en plein milieu de la campagne électorale pour les locales du 29 novembre courant. Ce vent de colère souffle trois jours après le passage de Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement et également secrétaire général du FLN, en campagne électorale dans la ville de Ouargla. M. A. O.
4 blessés, 30 arrestations et des biens saccagés Expédition punitive au centre-ville de OuarglaTout a commencé samedi vers 20h quand les cris d’une foule en furie se sont fait entendre. « Allah Akbar » pour certains, injures pour d’autres, la bande venue d’une palmeraie toute proche, à mi-chemin entre Saïd Otba, haï El Boustene et la Silice, a contourné le mur de la caserne située à la lisière du quartier résidentiel pour s’adonner à un saccage méthodique de tout ce qui était à portée de main, particulièrement les voitures, les petites épiceries et un bureau d’études. Le massacre a duré plus d’une heure. Etant témoin et victime de ces exactions injustifiées et injustifiables aux yeux des paisibles habitants du quartier et des enfants terrorisés par ce mouvement de masse inattendu à cette heure habituellement calme, celle du dîner, c’est chrono à la main qu’on a observé de la terrasse la scène. Cinq voitures stationnées devant les domiciles de leurs propriétaires ont été mises à sac et fracassées à coups de pierres et de gourdins par les assaillants. Ceux qui ont accouru à leurs portes et au-delà pour appeler à l’aide et protéger leurs biens ont été menacés de mort et lapidés de gros cailloux s’ils s’évertuaient à sortir de chez eux. Les jeunes du quartier en essayant d’avoir le fin mot de l’histoire ont été roués de coups. Quatre d’entre eux ont été évacués à l’hôpital Mohamed Boudiaf pour y subir des soins d’urgence suite à leurs blessures pour n’en sortir que tard dans la nuit. Un cinquième a été traqué dans la cage d’escalier d’un bâtiment et sauvé à la dernière minute par un voisin. Les services de l’ordre sont arrivés après le départ des agresseurs pour prendre les dépositions et faire leur constat photos à l’appui. En effet, leur rapport fait état de l’irruption nocturne d’une trentaine de personnes âgées entre 16 et 35 ans à la Silice. Cette descente fait suite à une altercation dans la matinée entre deux collégiens du CEM du 11 Décembre situé dans le même quartier, l’un demeurant à la Silice et l’autre à Saïd Otba. Le premier a déposé plainte pour violence auprès de la police. Climat d’insécuritéIl a été menacé de représailles par le second. Tel serait donc le mobile officiel de ces actes de vandalisme. La population a été stupéfaite par la lenteur de l’intervention de la police. Les forces de sécurité parlent d’une attaque éclair de jeunes déchaînés venus venger l’un des leurs avant de prendre la fuite rapidement vers une destination inconnue. Les quartiers de Bouameur et de Saïd Otba ont connu des perturbations de l’ordre public dans la matinée et fait l’objet de surveillance mobilisant une grande partie des effectifs de la police. A Saïd Otba, la matinée de samedi a été mouvementée avec l’organisation d’un important sit-in des chômeurs devant l’annexe communale. 120 personnes se sont jointes au représentant du forum social national à Ouargla pour revendiquer la présence des autorités locales auxquelles une plateforme de revendications concernant l’emploi a été remise. Les chômeurs qui réclamaient en priorité le limogeage des responsables locaux et régionaux de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), accusés de clientélisme, se sont dispersés après avoir été entendus par les chefs de daïra et d’APC de Ouargla diligentés par le wali. Ce climat d’insécurité nourri par l’approche des élections et de la campagne électorale fait que la récupération politique bat son plein. Hassi Messaoud, Bour El Haïcha et Ngouça ont eu ces derniers jours leur part de protesta, mais rien n’augurait de l’étincelle qui a pris feu samedi à la Silice. Le bilan de la police fait état de l’arrestation de quatre membres de la famille Boukhriss, le père et trois de ses fils, qui seraient soupçonnés d’être les instigateurs de ce mouvement sachant que l’un d’eux n’est autre que le collégien ayant fait l’objet de la plainte de son « camarade de classe ». Ceci pour les présomptions d’implication dans la descente dont aucun participant n’est connu pour le moment. Le mandat d’amener établi le soir de la descente par le parquet de Ouargla à l’encontre de Abderrahmane Khoukhi, organisateur du rassemblement des chômeurs de Saïd Otba ayant été exécuté le lendemain à 7h, les jeunes de la localité ont coupé la route en guise de protestation. Une intervention musclée a permis à la police de rouvrir la route et d’arrêter une vingtaine de jeunes et cinq mineurs qui devaient être relâchés en fin de journée. Par ailleurs, l’important dispositif sécuritaire installé à travers la ville de Ouargla au lendemain de cet événement et visant la sécurisation des édifices publics, des biens et des personnes a permis de ramener le calme dans la ville, mais au moment où nous mettions sous presse nous apprenons qu’un nouveau rassemblement de jeunes de Saïd Otba s’organisait à la Silice vers 18h30. Affaire donc à suivre. Houria Alioua |
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