Les émeutes de la wilaya de Chlef
Mohamed SMAÏN, Mercredi le 30
avril 2008
Dimanche 27 avril devant le palais de justice, des
personnes de tout âge venues des cités avoisinantes
pour soutenir M. Mohamed YAGOUBI porte parole des
sinistrés du séisme d'octobre 1980 poursuivi pour
"diffamation" par le wali de Chlef à la suite de ses
déclarations médiatisées sur le dossier des
préfabriqués que les sinistrés occupent depuis 1980.
Ce dernier accuse les responsables de la wilaya
"d'exclusion et marginalisation d'une partie des
citoyens victimes du séisme."
Un important dispositif policier a été mis en place
pour parer à toute éventualité. Les forces de l’ordre,
polices et gendarmes anti-émeutes, venues en renfort
ont pris position devant le palais de justice pour
empêcher les gens venus assister au procès qui a été
reporté au 11 mai prochain.
Aujourd'hui si un calme précaire règne au centre ville
la population ne lâche pas prise et les émeutes se
sont poursuivies pour la quatrième journée consécutive
dans des quartiers du chef-lieu de la wilaya et les
manifestants demandent le départ du wali.
Les sinistrés occupent les chalets depuis plus de 28
ans, alors que ces baraques incommodes et insalubres
ne devraient pas être utilisées au-delà de 10 ans.
Elles sont complètement dégradées et contiennent une
grande partie d'amiante qui pose d'énormes problèmes
de santé pour les habitants. Le comité des sinistrés
par plusieurs reprises a tenté d'attirer l'attention
des autorités sur la gravité de la situation. Ces
derniers ont fait la sourde oreille. Les portes sont
restées fermées au dialogue par le premier
responsable de la wilaya qui manifeste une carence
totale quant à la prise en charge des préoccupations
majeures des citoyens.
Selon M. YAGOUBI les décisions aberrantes des
autorités locales constituent une injustice flagrante
et hors du commun envers les sinistrés exacerbés par
la remise en cause de l'aide financière qui leur
était destinée par la Loi de finances 2007. La non
application et à ce jour de l'aide octroyée par l'ex
gouvernement de M. Ben-Bitour, de même que l'aide à un
taux d'intérêt bonifié dont l'annulation a été
annoncée aux sinistrés par le Ministre de l'intérieur
ZARHOUNI lors de sa dernière visite à Chlef.
D'autres promesses pour la construction de logements
au profit des victimes restent toujours sans effet 28
ans après la catastrophe.
Lors d'une interview avec le quotidien El-Watan, le
Wali reconnaît qu'il avait institué une commission en
2005 qu'il présidait lui-même et dont M. YAGOUBI est
membre, pour résoudre le problème des préfabriqués.
Trois ans passés selon les dires de M. YAGOUBI aucune
réunion de cette instance n'a été programmée et le
relogement des sinistrés reste toujours au point mort,
rien n'a été pris dans un sens comme dans l'autre.
Comme dans ses habitudes le Wali préfère toujours
poursuive les représentants de la société civile
devant une justice sous influence pour prévenir tout
idée de contestation, au lieu d'étudier sereinement
les revendications et prévoir des solutions concertées
aux problèmes soulevés par les représentants de la
société civile, comme ce fut le cas de M DOUMA
Boutayeba ex député poursuivi par une dizaine de
plaintes déposées par le wali à son encontre pour
"diffamation" dues aux dénonciations des autorités
locales par l'ex parlementaire durant l'exercice de
son mandat. Lui aussi a été condamné à plusieurs
reprises par le tribunal de Chlef à des peines allant
du sursis à la prison ferme. Le dossier est en appel
devant la Cour de Chlef.
Selon les observations et les appréciations des uns et
des autres, il s’agit de conséquences prévisibles de
la désinvolture avec laquelle les autorités traitent
la souffrance des citoyens. Le procès de M YAGOUBI
n'est que la goutte qui a fait déborder le vase.
En réalité les émeutiers ne sont pas tous concernés
par les baraquements mais tous minés par nombre de
problèmes sociaux qui ont donné naissance à l'ensemble
des fléaux à commencer par la "harga",les stupéfiants,
le chômage, le suicide etc…
Ce ne sont ni les premières émeutes ni les dernières
dans notre pays. Nous vivons au quotidien ces
manifestations dans diverses régions du pays. Chlef
une région sismique où la population souffre d’un
taux de chômage au dessus de la moyenne nationale.
Cette situation a renforcé le sentiment d’exclusion
ressenti par les jeunes, comme à Hassi-Messaoud,
Tiaret, Laghouat, Ghardaïa, Guedyel, Bachar,
Tizi-Ouzou, Arzew, Mascara, Constantine, Annaba et
d'autres villes et villages reculés qui ont été
dévastés par les protestataires et où des milliards de
DA de dégât et des édifices privés et étatiques partis
en fumée.
Ces manifestations se soldent toujours par des
dizaines d'arrestations de citoyens par les services
de police en dehors de la zone d'émeute pour donner
une autre version des faits et légitimer la brutalité
policière face à des personnes non armées a l'exemple
des émeutiers de Gdyel où des arrestations à domicile
ont été opérées le lendemain des manifestations.
Le pays dans son ensemble et en particulier dans
certaines régions sensibles, est en proie a une
ébullition permanente pouvant déboucher sur de graves
débordements dus le plus souvent à des dépassements
déjà dénoncés: (Hogra, corruption, marginalisation,
injustice, misère, chômage et autres) et le mépris et
la légèreté avec lesquels les autorités locales
affrontent la situation en tournant le dos aux
plaintes des citoyens sans observer aucune réserve
face à la désapprobation quasi unanime de l’opinion
publique nationale et internationale
Les responsables Algériens refusent de prendre leurs
responsabilités et trouvent toujours un alibi pour
détourner la vérité. Pour le Wali de Chlef le dossier
des sinistrés a été exploité "à des fins
politiciennes" faisant allusion à un parti de
l'opposition alors que la mauvaise gestion du dossier
des sinistrés de 1980 et les agissements néfastes du
premier responsable de la Wilaya sont à l'origine du
soulèvement.
Devant la répétition de ce genre d'événements il nous
semble plus judicieux d'anticiper et d'examiner de
façon froide et impartiale la situation des
administrés avant l'explosion sociale au lieu de
recourir systématiquement à l'appareil judiciaire qui
risque dans la foulée de perdre une crédibilité déjà
largement entamée par un suivi quasi systématique des
désirs de l'administration. La brutalité de la police
et les condamnations observées un peu partout en
témoignent largement. .
Mohamed SMAÏN
Vice
président de la LADDH
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