|
|||||
|
MILA Emeutes à Aïn MeloukLe Quotidien d'Oran, 28 novembre 2005
«Nous sommes des oubliés de la wilaya de Mila, nous n’avons pas le gaz et l’eau coule à flots sur la chaussée alors que nos robinets restent désespérément secs.» « Les routes qui mènent à Chelghoum Laïd, Oued Athamnia et Ferdjioua sont défoncées...», un chapelet de revendications que nous égrènent les «sages» du village, réunis dans le bureau du maire de Aïn Melouk, une localité distante d’une quinzaine de kilomètres de Chelghoum Laïd, pour trouver le meilleur moyen de calmer la révolte des milliers des jeunes du village. Aïn Melouk demeurait, hier, isolée des communes environnantes par des jeunes qui voulaient en découdre et qui occupaient les points stratégiques du village en conquérants, allumant des feux impressionnants sous le bruit assourdissant de pétards fabriqués artisanalement par des enfants. C’est d’ailleurs ces mêmes pétards qui ont mis le feu aux poudres la veille, quand des jeunes, racontent des témoins, se sont réunis en masse pour protester contre la grève des transporteurs privés. Ces derniers, en effet, vu l’état déplorable de la route qui mène vers Chelghoum Laïd, avaient tout simplement refusé de transporter les cinq à six cents lycéens et travailleurs vers le chef-lieu de daïra. Et c’est au moment où ils avaient assiégé la mairie pour parler au premier responsable de la commune que deux détonations retentirent. Dans la bousculade, les protestataires avaient cru à des tirs de sommation. On était à la limite de l’irréparable si le maire, M. Yacine Daïra, ne s’était pas enfermé à double tour dans un des bureaux, comme il le soulignera. Les jeunes commencèrent alors par défoncer la porte du bureau du maire avant de tout saccager à l’intérieur. C’est au tour du bureau de son secrétaire de subir le même sort, ensuite tout ce que comptait l’édifice en vitres a été brisé. Les manifestants s’en prirent aux vitres des classes du seul CEM de la localité. Deux véhicules se trouvant sur leur passage seront attaqués à coups de pierres dans la foulée. Le maire affirme qu’il n’avait tiré aucun coup de feu. «Je ne porte d’ailleurs pas d’arme. Ce sont les pétards des jeunes qui ont tout déclenché», nous dira-t-il. Ce n’est pas l’avis des jeunes. Pourtant les sages du village nous affirmeront qu’il n’y a eu aucun coup de feu, appuyant la thèse des pétards. Vers les coups de 17 heures, Aïn Melouk était totalement quadrillée par des milliers de jeunes et à chaque instant la violence pouvait repartir. Les forces anti-émeutes présentes sur les lieux depuis avant-hier étaient rassemblées près de la brigade de gendarmerie. Les sages du village et le maire tentaient de calmer les esprits. Dans l’après-midi d’hier aucun véhicule ne pouvait ni entrer ni sortir de Aïn Melouk et encore moins circuler dans les rues principales du village qui ressemblaient à un champ de bataille. Des jeunes ont été arrêtés la veille, suite à ces événements. Certains avançaient le chiffre d’une trentaine d’arrestations, d’autres parlaient d’une dizaine. En réalité, cinq personnes ont été arrêtées. Le chef de daïra de Chelghoum Laïd qui a fait le déplacement ne trouvera aucun écho parmi les manifestants à ces appels au calme. Et pour cause, les protestataires demandaient la venue du wali en personne pour lui exposer les problèmes de la commune. Ils soulèvent outre le problème de l’état déplorable des routes, et particulièrement le chemin de wilaya reliant leur localité au chef-lieu de daïra, celui de l’absence d’un lycée et d’autres structures nécessaires inexistantes à Aïn Melouk. De même, ils soulèvent le problème du gaz naturel et la suppression du centre d’accouchement. Contacté, le chef de cabinet du wali de Mila soulignera que c’est encore le chef de daïra de Chelghoum Laïd, accompagné des directeurs des transports et des travaux publics, qui s’est déplacé sur les lieux. Le même responsable qui reconnaît qu’effectivement la route reliant Aïn Melouk et Chelghoum Laïd nécessite des travaux, nous expliquera que les autorités avaient déjà pris en charge le problème. Et d’ajouter que ce n’est qu’un contretemps qui aura fait que les travaux ne démarrent pas. Selon notre interlocuteur, un avis d’appel d’offres a été lancé, mais la consultation a été infructueuse. Ce qui a nécessité, ajoutera-t-il, un second avis d’appel d’offres. Mohamed Salah Boureni |
Emeutes 2005 | ||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||