| |
|
MILA,
BARIKA ET BISKRA
Les
émeutes reprennent
L'Expression,
13 juillet 2003
La colère
des citoyens déclenchée simultanément dans plusieurs
villes semble cacher des arrière-pensées politiciennes.
Trois villes, à
l’est et au sud-est du pays, ont connu un week-end mouvementé.
A Barika, non loin de Batna, les citoyens ont bloqué la route principale
de leur ville pendant plusieurs heures pour protester contre le laisser-aller
des autorités locales. Deux fillettes avaient trouvé la
mort quelques heures auparavant à cause d’un fil électrique
de moyenne tension abandonné sur la voie publique.
A Mila, plus précisément dans la commune de Rouached, les
citoyens sont sortis dans la rue pour une raison contraire, celle liée
aux fréquentes coupures de courant. Les jeunes, qui ont saccagé
de nombreux édifices publics ainsi que le véhicule du chef
de daïra, promettent de revenir à la charge puisque les forces
de sécurité en ont interpellé plusieurs. Sans jeu
de mots aucun, la situation hier, à l’heure où nous
mettions sous presse, menaçait de dégénérer
de nouveau. Le hasard, en effet, a voulu qu’il y ait nouvelle coupure
de courant au moment où une délégation de citoyens
négociait avec les représentants des pouvoirs publics. Cela
a eu pour effet immédiat de déclencher de nouvelles émeutes,
suivies d’autres arrestations. Plus d’une dizaine de personnes
se trouvent ainsi en détention provisoire alors que des élus
locaux, notamment ceux du PT, qui tentent de jouer le rôle d’intermédiaire,
demandent leur libération. Devant l’impossibilité
de trouver un terrain d’entente avec les autorités locales,
des contacts ont été pris avec le ministère de l’Intérieur
par le biais d’un député de cette formation politique.
Mais aucun résultat n’a pu être obtenu pour le moment.
A Biskra, enfin, dans la commune de Doucène, des citoyens se sont
rendus «coupables» d’attroupement, de destruction de
biens publics et même de profanation de l’emblème national,
si l’on en croit le chef d’inculpation retenu contre les 28
personnes interpellées dont 14 viennent d’être libérées
suivant une décision prise par le tribunal d’Ouled Djellal.
Dans cette ville, les émeutiers sont allés jusqu’à
agresser des membres des forces de sécurité, notamment des
gendarmes. Le timing de ces émeutes, intervenues toutes en même
temps, laisse à penser que cette colère, somme toute légitime,
a pu être exacerbée, voire instrumentalisée, dans
le but d’accentuer l’instabilité ambiante à
mesure qu’approche la présidentielle. Des sources politiques
indiquent aussi que ces émeutes peuvent constituer une nouvelle
forme d’attaque contre le FLN puisque les régions touchées
sont en majorité gérées par des élus FLN.
Les adversaires de Benflis ne semblent pas avoir tout à fait désarmé,
en dépit des cuisantes défaites déjà essuyées.
Le timing, en outre, coïncide avec des émeutes qui avaient
eu lieu l’été passé dans plus d’une vingtaine
de wilayas et qui s’étaient propagées telle une traînée
de poudre.
Ce genre de coïncidence demeure pour le moins troublante alors que
quelques mois à peine nous séparent de la présidentielle
d’avril 2004. Le risque est grand, aussi, de voir ces émeutes
toucher beaucoup d’autres régions du pays au regard des épidémies
qui se propagent et que les pouvoirs publics semblent incapables de maîtriser,
du nombre effrayant de sinistrés dont les conditions de vie sont
lamentables et de la baisse constante du pouvoir d’achat au point
que près du tiers de la population vit aujourd’hui au-dessous
du seuil de pauvreté. L’islamisme intégriste, qui
croît de ce genre de choses, oeuvre peut-être lui aussi à
mettre le feu aux poudres. Dans tous les cas de figure, l’Algérie
traverse une nouvelle zone de turbulences aux conséquences tout
aussi imprévisibles qu’incommensurables.
Mohamed ABDOUN
|
|
|