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Ils réclament l’eau, le gaz,... Les habitants d’El-Hamiz bloquent la routeLe Quotidien d'Oran, 22 novembre 2005 Le quartier Enasr du Hamiz, dans la commune de Rouiba, s’est réveillé hier sur la fumée des pneus brûlés. Scène ordinaire dans une Algérie qui revendique par le bas et par le recours au pneumatique. Sauf qu’El-Hamiz est à un jet de pierre d’Alger. Les habitants du quartier ont barré la RN 5 à partir de huit heures du matin, mis en feu des pneus et empêché la circulation. Sur les lieux, il reste juste les traces de brûlures sur la chaussée où s’affairent des pompiers à grands jets d’eau. La route est occupée par des gendarmes flanqués de leur équipement anti-émeute ainsi que des policiers. Des deux côtés de la chaussée, les habitants du quartier amassés en grappes racontent «le mécontentement», le ras-le-bol «d’attendre éternellement» qu’on leur règle les problèmes. Les manifestants avancent des revendications relatives à l’état des routes, aux écoles inondées pendant les périodes de pluie, à l’absence de l’évacuation des ordures ménagères et à la non-concrétisation des projets de développement. «Nous sommes les laissés-pour-compte de tous les quartiers de la commune de Rouiba», ont-ils déclaré en colère. Ce plus vieux quartier du Hamiz ne ressemble pas aux autres. Situé à la sortie de l’un des plus commerçants quartiers du pays et qui a poussé comme une végétation sauvage avec des constructions jamais achevées, Enasr continue de vivre au rythme des années 1960. Des taudis côtoient des villas à étages, qui s’alternent et s’entrecoupent avec des ruelles poussiéreuses, boueuses par endroits. La seule école primaire située au coeur du quartier n’a même pas de nom. Six classes où s’entassent jusqu’à 50 écoliers par classe. L’annexe, réceptionnée il y a trois mois, n’est toujours pas fonctionnelle. Faute d’enseignants ? Les habitants n’en savent rien. Ils se contentent de regarder le bel édifice érigé à la sortie du quartier. Autour des ruelles trop droites, il y a des maisons sans harmonie, au décor hideux. Ici, c’est le monde des parpaings et briques et des camions Saviem. Les habitants se ressemblent dans des visages qui expriment la misère. Le dépit, le dégoût et une colère intériorisée. «Nous avons utilisé tous les moyens légaux, demandes, rapports appuyés de photos, saisi toutes les instances locales, mais personne ne nous a entendus», dit un jeune du quartier dans un français impeccable. Alors que les jeunes nous dévisagent, un vieux raconte l’histoire du quartier qui a vu le jour, selon lui, en 1917. «L’histoire» du gaz naturel, qui est une des revendications, remonte à 1987, dit-il, avec une précision chronométrique. Et défilent les dates et les promesses. Le réseau d’assainissement a été refait, a-t-on constaté, mais les ruelles du quartier sont toujours les mêmes. Sales avec en plus les traces des travaux d’assainissement. L’eau potable existe. «Elle existe quand elle n’envoie pas les gosses à l’hôpital», ironise un jeune qui se souvient bien de la vague d’intoxication qui a touché une centaine d’enfants du quartier, il y un peu plus d’un an. A les entendre, et au vu de l’état général du quartier, l’on peut à peine dire qu’il y a une vie dans ce marécage. L’éclairage public est inexistant. Avec tout ça, ajoute notre interlocuteur, «on nous prive même de la prime de scolarité». Les fameux 2.000 dinars octroyés par le ministère de l’Education pour les démunis. La cause en est que le quartier, expliquera-t-il, ne figure pas dans la carte de la commune de Rouiba. Le maire venu sur place ne comprend pas les raisons de cette protestation. «Je n’ai aucune idée», dit M. Koudri Omar, l’élu qui affirme ignorer «les revendications». Il a précisé cependant que le goudronnage du quartier sera fait incessamment, une fois le raccordement au réseau d’alimentation en gaz de ville achevé. Une entreprise a été retenue d’ailleurs, a-t-il précisé. Ce qui est révoltant, pour ces habitants, c’est que le quartier limitrophe, érigé durant les années 1990 et qualifié de «constructions illicites», est branché à tous les réseaux. «C’est anormal qu’on abandonne ce quartier et qu’on équipe l’autre de toutes les commodités ?», s’est indigné un jeune à l’air d’à peine sorti de l’adolescence. Il fallait donc réagir après avoir trop attendu. Tout le monde espère que les plus hautes autorités du pays entendent cette «révolte» comme un appel, un cri de détresse. Il faut remarquer que même la nature a fait son devoir de séparer le quartier Enasr des autres. Un ruisseau où une eau grisâtre semble difficilement couler à cause de son poids, les sépare en effet. Sur les flancs de son lit presque à sec, ont poussé des baraques en tôle ondulée. Elles donnent du dos au quartier Boudiaf et au nouveau quartier dont toutes les maisons ont plus d’un étage. Tout le monde mesure le risque d’épidémies, mais la vie dans ces conditions est vue comme une fatalité qu’accentue «la démission» de l’administration et des élus. «Ça fait 30 ans que je vis ici, je n’ai jamais vu venir le maire chez nous», indique un jeune avec un regard «étouffé» par la fumée des pneus brûlés. Les gendarmes terminent de remettre de l’ordre sur la voie alors que les policiers plient bagage. Un rétrochargeur est vite dépêché pour dégager les derniers débris sur la route. Il n’y eut, selon des éléments de la gendarmerie et de la police, aucune arrestation. Aucun dégât non plus. Djilali B. Et K.R. |
Emeutes 2005 | ||||
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www.algeria-watch.org
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