Le mouvement citoyen en division

«La Kabylie sombre dans le noir»


De notre bureau, Hacène H., Le Jeune Indépendant, 14 août 2003

Après vingt-huit mois de combat ayant engendré des martyrs, des blessés et des handicapés, mené par une population tout entière représentée par des délégués issus des quartiers, villes et villages de la Kabylie qui ont pour mission de faire aboutir leurs revendications au plus haut niveau de l’Etat, cette même population, touchée dans son âme, revendique son identité, ses droits et des garanties pour une vie meilleure et marque son adhésion avec les délégués depuis le déclenchement des évènements du «printemps noir» dans les meetings, les marches et les réunions. Une population restée fidèle au sang des nombreux martyrs, déterminée à poursuivre le combat jusqu’à l’aboutissement de son principal objectif, à savoir la satisfaction de la plate-forme d’El-Kseur «scellée et non négociable».

En effet, après les affrontements de rue qui ont duré plus d’une année avec, comme action historique, la marche du 14 juin 2001, les animateurs des différentes coordinations des aârchs ont opté pour une autre stratégie, plus efficace, celle du «combat pacifique».

Qualifiée de seul moyen d’aboutir à un dénouement de la crise de Kabylie et l’ultime raison de convaincre le pouvoir d’accepter la plate-forme d’El-Kseur et les autres revendications. Durant la protestation, la population de Kabylie a consenti de gros sacrifices. Le sang des Algériens a coulé et on a dénombré, officiellement, 123 martyrs, plusieurs blessés et surtout des arrestations. Plusieurs délégués et animateurs du mouvement citoyen ont été arrêtés et jetés en prison pour avoir «touché et détruit les biens de l’Etat». Sans jugement aucun, ces délégués ont été incarcérés durant des mois.

Toutefois, l’incarcération de ces délégués n’a pas pu arrêter le combat qui a été poursuivi par d’autres fidèles de la revendication citoyenne. La population tout comme les délégués des différentes coordinations sont restés mobilisés autour de leurs frères prisonniers, en exigeant à chaque occasion leur «libération inconditionnelle». De son côté, le pouvoir, face à la mobilisation de toute une région, a procédé à la libération du premier groupe au départ pour enfin procéder à la libération de tous les prisonniers détenus en avril 2003, mis à part les six détenus originaires de Kherrata, toujours incarcérés à Sétif. Pour mener son combat, le mouvement de protestation en Kabylie a donné naissance à trois coordinations, chacune à travers une wilaya, à savoir la CICB et le CPWB à Béjaïa, la CADC à Tizi Ouzou et, enfin, la CCCWB, à Bouira. Ces structures se sont fixées comme objectif de bien structurer le mouvement, de mieux l’organiser et de le rendre plus crédible. A Béjaïa, le mouvement a connu l’installation de deux structures, à savoir la CICB (Coordination intercommunale des citoyens de Béjaïa) et le CPWB (Comité populaire de la wilaya de Béjaïa).

Cependant, c’est la CICB qui a pu suivre le combat pour une longue durée contrairement à la structure de CPWB, absente du terrain depuis quelque temps.

C’est la CICB, donc, qui gère la situation jusqu’à l’appel du dialogue lancé par le chef du gouvernement. Là, les animateurs authentiques des aârchs ont remarqué la présence d’individus qui se sont érigés en délégués. Qualifiés de pseudo-délégués par les animateurs de la CICB, ils sont exclus de la CICB depuis juillet 2001.

L’apparition de ces individus, qualifiés par la vox populi de «délégués taïwan» a poussé certains animateurs à les dénoncer durant les dernières réunions tenues après l’appel au dialogue du chef du gouvernement et le chef de l’Etat.

Cette présence n’a pas été du goût de certains comités locaux qui ont manifesté leur colère en les dénonçant publiquement durant les réunions et devant tous les animateurs du mouvement. Ce qui a poussé certains délégués à geler leurs activités dans cette structure et à s’y retirer définitivement. C’est le cas de la société civile d’El-Kseur, représentée par Ali Gherbi, qui a décidé au cours d’une réunion tenue à Sidi-Aïch de claquer la porte de la CICB.

Sans pour autant, faut-il le préciser, abandonner définitivement le mouvement et «en poursuivant le combat jusqu’à son aboutissement».

Au même moment, c’est un coup identique qui se produit à la CADC et à la CCCWB, lorsque Belaïd Abrika, délégué du quartier des Genêts de la ville de Tizi Ouzou et Hakim Kacimi, de la coordination de Bouira, ont décidé eux-aussi, de se retirer.

Lorsque Ali Gherbi a tenu un point de presse, il a motivé la décision de son comité par «la présence de certains délégués qui ne représentent qu’eux-mêmes et l’influence des idées de certains partis politiques». «Ces gens-là veulent casser le mouvement et faire sombrer la région dans le pourrissement», poursuivra-t-il.

Avec le retrait de ces délégués, il n’est pas exclu que les structures des aârchs soient livrées à d’autres divisions et que la crise s’inscrive dans la durée.

Encore une fois, la Kabylie est appelée à vivre un épisode qui ne manquera pas de livrer son lot de surprises dans les jours à venir. Un implosion du mouvement est à craindre. H. H.

   
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