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Le pouvoir algérien distribue sans compter la rente pétrolière pour désamorcer la contestation socialeLe Monde, 10 mars 2011 Greffiers, gardes communaux, médecins, cheminots : de nombreuses catégories revendiquent D'un coup, les greffiers de justice, qui étaient en grève le mois passé, ont obtenu 110 % d'augmentation. Cette annonce, faite à la radio algérienne mardi 8 mars, n'a étonné personne en Algérie, où, depuis des semaines, l'argent abonde pour satisfaire les revendications sociales. Enseignants, magistrats, policiers ont déjà été servis. D'autres attendent leur tour. Les uns après les autres, les différents corps de métier se mettent en mouvement, chacun de son côté : hier les cheminots, aujourd'hui les médecins, demain les pêcheurs. Etudiants, chômeurs, militantes des droits des femmes, gardes communaux... Les collectifs poussent comme des champignons dans une Algérie saisie par une fièvre revendicatrice inégalée. Mardi, à Alger, même les non-voyants ont fini par rejoindre la contestation sociale « pour défendre leurs droits ». Obsédé à l'idée d'une contagion des mouvements de révolte dans le monde arabe, le pouvoir distribue à grands coups de milliards de dinars la confortable rente pétrolière dont il dispose. Le ministre de l'intérieur, Daho Ould Kablia, cité par l'Agence Presse Service (APS, l'agence de presse algérienne), a annoncé, mardi, que ses services prendraient à leur charge 8 des 14 revendications avancées par les gardes communaux, notamment l'augmentation des salaires et des primes, le paiement des congés et des heures supplémentaires. Dans la soirée, plusieurs centaines d'entre eux, brandissant des portraits du président Abdelaziz Bouteflika, se sont ensuite installés pour un sit-in, assis sur des cartons. Un événement en Algérie, qui n'avait pas connu cela depuis au moins vingt ans. « Nous avons été en première ligne en 1995, et maintenant on nous jette ! », protestait un garde communal de Blida, vêtu de son uniforme. La police, malgré un impressionnant dispositif déployé sur le boulevard Zighout Youcef, face au port, avec des camions à eau et des rangées de CRS postés, n'est pas intervenue. Sur les quelque 90 000 gardes communaux recrutés à l'origine, en plus des « patriotes » (volontaires armés pour défendre les villages), plus de 3 600 sont morts pendant la décennie de terrorisme. Une page se tourne aujourd'hui et le gouvernement voudrait bien dissoudre ces gardes en les incorporant à l'armée ou en leur proposant une reconversion comme agents de sécurité dans le privé. Mais il se heurte à une farouche opposition des intéressés et à l'hostilité de l'opinion. « La gratitude, parlons-en ! », titrait mardi le quotidien Liberté en dénonçant dans son éditorial la « sollicitude » du pouvoir envers les anciens islamistes armés « dans un décor politique repeint aux couleurs de la réconciliation nationale ». La présence persistante des étudiants qui protestent, de leur côté, contre une réforme de leurs cursus, devant la banderole « Destinés au meilleur, en route pour le pire » accrochée aux grilles du ministère de l'enseignement supérieur, est aussi une nouveauté. Tout comme la création du Collectif des médecins résidents. Ou bien celle du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), fondé le 4 février, sur la base du premier comité des chômeurs né dans le Sud, autour des compagnies pétrolières. Le gouvernement a mis en place toute une série de mesures à destination des jeunes chômeurs, dont la prolongation de trois ans des contrats précaires, l'aide au microcrédit pour créer sa propre entreprise, et l'attribution de parcelles de terres agricoles dans le Sud. « Le pouvoir jette l'argent, mais ça ne sert à rien, affirme Samir Larabi, porte-parole du CNDDC. On ne veut pas être des patrons, on veut du travail ! » Ancien journaliste à la radio algérienne, « non déclaré », licencié il y a un an après une première grève, il milite avec ses compagnons pour obtenir des avancées sociales, tout en gardant un oeil sur les révoltes arabes. « En Tunisie, rappelle Samir Larabi, le processus a été long, tout a commencé en 2008 avec les syndicats à Gafsa [bassin minier], puis ils ont labouré le terrain. » Le comité des chômeurs algérien appelle à une marche le 20 mars. Isabelle Mandraud |
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www.algeria-watch.org
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