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DIX JOURS APRÈS LES ÉMEUTES
Diar Echems, le poids des maux
Le Soir d'Algérie, 1er novembre 2009
Dix jours après les émeutes, Diar Echems observe une trêve. Les promesses de relogement faites par le gouvernement semblent avoir apaisé les esprits. Un recensement commencera demain, selon les habitants. Une lueur d’espoir qui est à l’origine de cette accalmie…
Wassila Zegtitouche - Alger (Le Soir) - Quartier des Jasmins. Onze heures. Les commerces sont ouverts, les marchands ambulants sillonnent les rues et les cafés sont bondés de monde. En cette veille du 1er Novembre, on croise des agents qui s’affairent à réparer les abribus. Passage du cortège présidentiel oblige. Alger fait sa toilette. Et Diar Echems aussi. Une exception cette année, selon les résidants. Arrivés sur les lieux, nous franchissons le seuil de la pauvreté, de la misère. Des amas d’ordures «ornent» les allées et les bas d’immeubles. Des odeurs nauséabondes s’y dégagent à vous couper le souffle. On se croirait dans une décharge. Saleté, antennes paraboliques sur les façades, linge étendu. Un décor qui renseigne sur le mal-être des habitants. Aucune trace des émeutes déclenchées onze jours auparavant. Mais pas dans les esprits des habitants. La misère est encore là. Elle s’accroche aux pans des 1 500 habitants. Le poids des maux pèse toujours aussi lourd sur le cœur des habitants. Au milieu de ce décor funeste, des jeunes, regroupés non loin d’un garage de mécanicien, nous rejoignent. Ils sont optimistes. Les autorités concernées leur ont promis de les reloger, nous disent-ils. Cependant, ils les appellent à garder leur calme. En médiateur, l’imam contribue au respect de la trêve. «Selon les responsables, un recensement débutera lundi (demain ndlr). Pour l’instant nous observons une trêve», nous explique l’un d’eux. Pourtant leur souffrance, même muette, perdure. Leur lutte pour la survie se fait sur fond d’une misère grandissante dans des «F0», nous disent sur un ton ironique nos jeunes interlocuteurs Souakri Saïd nous invite à entrer dans «sa maison». Une baraque construite illicitement. Le seuil de la porte franchi, une odeur de moisis nous prend à la gorge. Nous nous retrouvons directement au milieu d’une pièce. Au fait, sa maison se constitue d’une pièce. Un petit coin situé à droite à l’entrée fait office de cuisine. Des matelas sont entreposés au fond de la pièce, pour faciliter les mouvements à l’intérieur de la maison. Une grande armoire, prête à s’écrouler sous la tonne de couvertures et autres objets déposés pardessus. Avec le meuble TV, le canapé sur lequel sont disposés les matelas et l’armoire sont les seuls meubles que possèdent les Souakri. Une machine à coudre fait aussi partie du patrimoine de cette famille de 5 personnes. Un gagne-pain. «Cela fait plus de 15 ans que nous formulons des demandes de logement auprès des autorités locales. Une pile de dossiers, tous restés sans réponse», lance Saïd. Pour ce dernier, il n’est plus supportable de devoir envoyer ses 3 enfants dans la rue, le temps de se changer. Autour de nous, des voix s’entremêlent. Des voix qui se rejoignent dans un seul écho pour crier leur ras-le-bol. Une misère vécue au quotidien. Une misère vieille de près de 50 ans. Presque à l’unisson, ils nous déclarent : «Ils sont en moyenne 10 personnes à se partager un F1. Allez les faire dormir dans une pièce-cuisine »… Une équation difficile à résoudre ! Une grande majorité des jeunes de ce quartier font dans la débrouille. La débrouille, même quand il s’agit de se trouver un petit mètre carré pour dormir. Pour cela, ils s’organisent au rythme des saisons. «Nous attendons avec impatience l’arrivée de l’été pour occuper les corridors. On y est plus à l’aise», nous confie une jeune assis sur le rebord du trottoir. Les hommes sont la plus grande partie du temps dans la rue. Un moyen de laisser plus d’espace aux femmes. Ici, nous rappellent les habitants, l’intimité, ils ne connaissent pas. Demain ils descendront, drapeaux et portraits du président à la main, assister au défilé du 1er Novembre. «C’est pour démontrer à celui qui nous a traité de voyous que nous sommes des pacifistes.» Pour ce jeune habitant, fraîchement marié, son souhait serait de convier un des hauts responsables dans sa «cage». Sur ce, nous quittons Diar Echems sur les commentaires des jeunes qui ont bien voulu nous dévoiler un pan de leur misérable vie.
W. Z.
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