Après une semaine mouvementée

Le calme est revenu à Chlef et à Chettia

Au lendemain des violentes émeutes qui ont secoué Chlef et la commune limitrophe de Chettia, le calme est revenu dans ces agglomérations et la vie reprend peu à peu son cours normal.

Chlef. De notre bureau, El Watan, 3 mai 2008

Toutefois, les forces antiémeute restent stationnées au niveau des grands carrefours et devant les édifices publics, tels que la wilaya, la daïra, l’APC, la radio locale, le Trésor public, les banques et d’autres administrations et services publics. Parmi les structures endommagées, seules la recette principale d’Algérie Poste et l’agence de la BEA au centre de Chlef font l’objet de travaux de remise en état. Selon des responsables d’Algérie Poste rencontrés hier, la recette qui est considérée comme la plus importante de la région sera opérationnelle dès aujourd’hui, puisque des équipes techniques sont déjà à l’œuvre depuis quelques jours. Celles-ci ont même travaillé le 1er mai et hier pour achever l’opération comme prévu. Pour le reste des agences postales saccagées (cinq au total), l’opération de rénovation et de réhabilitation devrait prendre beaucoup de temps, car certains édifices touchés nécessitent carrément leur transfert vers d’autres locaux. Ce qui est valable aussi pour les directions des mines et de l’industrie et de la formation professionnelle, du musée régional, de la direction régionale nord de Sonelgaz et d’antennes administratives des deux APC concernées. Ces infrastructures, pour rappel, ont toutes été calcinées lors des émeutes qui ont éclaté dimanche dernier. Si la circulation a repris sur l’axe Chlef – Ténès via Chettia, elle reste tout de même moins intense sur les principales voies du chef-lieu de wilaya. Le transport public assure progressivement ses activités, alors que certains commerces privés demeurent toujours fermés au public. Après tout ce qui s’est passé, on peut imaginer le climat qui prévaut dans ces régions et la difficulté pour les habitants de renouer avec la vie normale. Il est évident que le sujet monopolise toutes les discussions et le sentiment qui prédomine au sein de la population est celui de « l’impunité et l’abandon ». « Comment a-t-on pu laisser un wali agir de la sorte en poursuivant en justice les voix discordantes et en fermant toutes les portes du dialogue ? », s’est interrogé un groupe de citoyens. D’autres estiment que les émeutes auraient pu être évitées si les autorités centrales et locales avaient daigné se pencher sur les « dérives de l’administration et écouter les doléances de la population ».

« Appel au président de la République »

Dans un communiqué remis hier à la presse, dont une copie est en notre possession, la coordination des cités en préfabriqué de la wilaya de Chlef sollicite l’intervention du président de la République pour « une prise en charge de ce dossier, lequel est dans l’impasse malgré le déplacement du ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, chargé des Collectivités, M. Dahou Ould Kablia ». Pour rappel, celui-ci s’était rendu mardi dernier à Chlef et avait annoncé la création d’une commission ad hoc qui aura à proposer des solutions qui arrangeraient les deux parties. Cependant, selon les signataires du communiqué, l’administration « persiste dans la voie de l’exclusion et de la marginalisation après le retour au calme ». Et de demander le « départ du wali de Chlef » lequel, d’après eux, est le « seul responsable de ce qui est arrivé à la wilaya ». Ils réclament également la constitution d’une commission de traitement du dossier du préfabriqué composée des principaux concernés, dont les représentants des sinistrés regroupés au sein de la coordination que préside M. Yacoubi.

A. Yechkour


78 jeunes écroués et sit-in des familles

Soixante-dix-huit jeunes arrêtés suite aux émeutes qui ont ébranlé les communes de Chlef et de Chettia, la semaine dernière, ont été placés sous mandat de dépôt, mercredi dernier, par le magistrat près le tribunal de Chlef pour les chefs d’inculpation d’« attroupements, incendies volontaires, pillage, destruction de biens d’autrui et violences sur agents de l’ordre ».

Vingt-cinq ont été placés sous contrôle judiciaire et un autre laissé en liberté provisoire. Les mis en cause ont été répartis sur les pénitenciers de Ténès et d’El Attaf situés, respectivement, à 50 et 30 km du chef-lieu de wilaya. Pendant l’audition qui a duré toute la nuit de mercredi, des familles de détenus ont passé la nuit devant le tribunal, à la recherche de la moindre information sur le sort de leurs enfants. Pendant la journée, elles ont organisé un sit-in devant le siège de la wilaya pour demander la libération de leurs proches. Des mères de famille, des frères et sœurs des jeunes incarcérés ont occupé la rue faisant face à la wilaya, entourés d’un important dispositif de sécurité. « Rendez-nous nos enfants », ne cessaient-ils de crier. « Où est mon fils ? Je ne l’ai pas vu depuis dimanche dernier. Dans quel état se trouve-t-il ? C’est le cadet de la famille et il est parti à l’APC pour retirer des documents officiels avant d’être arrêté, je ne sais où et comment », lance une vieille en pleurs, avant de perdre connaissance. Elle sera secourue par les citoyens présents. D’autres femmes abondent dans le même sens en demandant à voir leurs enfants dont elles disent ignorer les circonstances de leur arrestation et les faits qui leur sont reprochés. Toutes affirment que leurs garçons avaient quitté le domicile pour regagner leur point de vente habituel sur les marchés publics ou pour effectuer des démarches administratives. Toujours est-il qu’aucun responsable de la wilaya n’a daigné les rencontrer. Seuls des officiers de la police avaient engagé le dialogue avec les familles en question dans le but de les amener à libérer la voie publique et à exposer par écrit leurs doléances aux autorités concernées. Ce qui fut fait puisqu’elles ont fini par quitter les lieux vers midi, dans le calme.

A. Yechkour

 

 

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