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Le pouvoir algérien tente de canaliser la contestation sociale et politiqueLe Monde, 13 mars 2011 Le ministre algérien de l'intérieur, Daho Ould Kablia, critique « la frénésie à vouloir manifester », alors qu'une coordination nationale prépare de nouveaux rassemblements pour le changement Même ténue, la contestation ne lâche pas prise. Réunie vendredi 11 mars, cité 5-Juillet, à Alger, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) des associations et des syndicats s'est dotée d'une charte, d'un nouveau symbole, Barakat (« Ça suffit »), et a mis au point tout un programme de meetings : à Annaba le 17 mars, à Oran le 18 et à Alger le 25. Entre-temps, la CNCD soutiendra la manifestation des jeunes internautes d'Algérie Démocratie, le 19 mars, et la marche des chômeurs, prévue le lendemain dans la capitale algérienne. « En 1988, nous étions, nous, Algériens, les premiers à nous révolter, aujourd'hui, on sera les derniers, mais il y aura le changement », assure Rachid Malaoui, figure du syndicalisme algérien. Pour le ministre de l'intérieur algérien, Daho Ould Kablia, bien au contraire, « le nombre de manifestants n'a jamais dépassé 500 » et, ajoute-t-il, « cela va aller en diminuant ». « Il y a deux types de manifestations, affirme le ministre au Monde, celles à caractère politique portées par des partis minoritaires et des syndicats marginaux, et celles à caractère social, car beaucoup de fonctionnaires ont été augmentés et cela a créé de la surenchère, mais cette frénésie à vouloir manifester, parce que le chemin n'est pas goudronné, ou parce que l'eau n'arrive pas, se traduit de façon plus violente que bruyante. » Depuis un mois, le gouvernement a cependant lâché du lest. L'état d'urgence, en vigueur depuis dix-neuf ans, qui permettait de passer outre des dispositions légales, notamment l'allongement du délai de la garde à vue à douze jours, a ainsi été abrogé le 23 février. Bien que les manifestations, à Alger, demeurent en théorie interdites, les meetings, eux, sont autorisés. « Les manifestations, défilés, cortèges sont soumis à une autorisation, huit jours auparavant, de la wilaya [préfecture] et toute manifestation non autorisée devient un attroupement illégal, précise M. Ould Kablia. Pour les réunions, il suffit d'une déclaration trois jours avant. » Pour la première manifestation du 12 février, les autorités avaient ainsi proposé une grande salle à la CNDC qui l'a refusée. « Le pouvoir nous donnait la Coupole [salle bien connue à Alger], alors qu'il y a un an, il interdisait à la Ligue des droits de l'homme de réunir son congrès », sourit Rachid Malaoui. « Nous avons pu arracher quelques droits qui existaient mais qui n'étaient pas appliqués », se félicite le syndicaliste. Autres signes d'apaisement remarqués par les contestataires : la police ferme les yeux sur le commerce informel et ne retire plus... les permis de conduire. Elle évite tout ce qui pourrait être perçu comme une provocation vis-à-vis de jeunes désabusés décrits par tous, y compris par M. Ould Kablia, comme « à fleur de peau ». Selon le ministère de l'intérieur, 70 % des émeutiers au mois de janvier avaient moins de 30 ans et 25 % moins de 20 ans. Dans plusieurs villes d'Algérie, du 4 au 5 janvier, de violents affrontements s'étaient soldés par la mort de cinq personnes, « dont trois relèvent d'un défaut de maîtrise des forces de sécurité et deux tuées lors d'agressions », souligne le ministre, sans compter un millier de blessés, « dont 800 parmi les policiers ». « Nous avons procédé à 600 arrestations pour saccage, pillage, vols et tentatives de viol, détaille M. Ould Kablia. La plupart des jeunes, ceux qui ont lancé des cailloux sur la police, ont été libérés ; les autres sont en liberté provisoire en attendant d'être jugés. » Le bilan des dégâts matériels se compte, selon le ministre, « en dizaines de millions d'euros », car « beaucoup d'édifices publics ont été détruits » lors de ce qu'il nomme un « gros défoulement peu compréhensible ». Les participants de la réunion, vendredi, de la CNCD, parmi lesquels figuraient la Ligue des droits de l'homme, le collectif Algérie Démocratie, le collectif de chômeurs, l'association des familles de disparus, des étudiants, ou bien encore le collectif des enseignants solidaires, ont les yeux tournés ailleurs, vers la flambée des revendications sociales, prémices d'un mouvement plus large. Isabelle Mandraud |
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www.algeria-watch.org
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