MÉCONTENTEMENT SOCIAL

Des émeutes pour boucler l’année

Le Soir d'Algérie, 28 décembre 2010

La protestation sociale semble durablement réglée sur le mode émeute. Partout, dans les bourgades les plus reculées du pays comme au cœur de la capitale, les mécontentements sont exprimés de manière violente.
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir)- Dresser la barricade sur fond de pneus brûlés est en passe de structurer un comportement social. Tout est prétexte à soulèvement populaire, du ralentisseur que les autorités tardent à ériger jusqu’à l’opération de relogement jugée mal pensée en passant par le démantèlement, comme il arrive, de marchés informels. Samedi et dimanche, l’émeute a éclaté du côté de Oued-Ouchayah, dans le sillage de la grande opération de relogement annoncée à coups de renforts publicitaires par les autorités. Les habitants de la cité les Palmiers, dans la banlieue Est- algéroise, se sont en effet soulevés deux jours durant pour réclamer leur intégration dans cette opération de recasement. Les forces anti-émeutes ont fait pleuvoir les bombes lacrymogènes. Et, au terme de ces deux jours d’affrontements violents entre forces de l’ordre et émeutiers, une délégation mandatée par les habitants de la cité est reçue par le wali délégué d’El-Harrach. Après d’âpres négociations, la délégation lui arrache une vague promesse d’une intégration dans une future opération de relogement. C’est quasiment toujours de la sorte que le dialogue entre citoyens et autorités est noué, c’est-à-dire après émeute. Lorsque vous interrogez les citoyens sur le recours systématique au soulèvement, vous vous entendez souvent rétorquer que c’est le seul moyen de se faire entendre. Terrible constat de ce que les citoyens ne croient plus aux possibilités de dialogue social sans user de l’émeute en guise de préliminaire. Et s’ils sont arrivés à ne plus concevoir de règlement de leurs problèmes sans passer par la barricade, c’est qu’ils ont dû certainement été souvent confrontés à des attitudes bureaucratiques tout autant hautaines qu’inaccessibles. Les oreilles au niveau des administrations sont rarement attentives aux doléances des citoyens. Aussi, face à l’obstruction des canaux de communication entre administrateurs et administrés, entre gouverneurs et gouvernés, le citoyen se trouve amené à percevoir l’émeute comme le seul moyen de se faire entendre et écouter. D’ailleurs, il en use jusqu’à l’abus. Comme à Boudouaou, la veille de l’Aïd el-Kebir lorsque, mécontents suite à un jugement rendu contre des jeunes impliqués dans une émeute précédente, des citoyens ont barricadé l’autoroute, causant les pires désagréments aux usagers. Mais cette récurrence dans la provocation de l’émeute dénote, outre d’un malaise social profond et étendu, d’un échec de la gouvernance. Les politiques sociale et économique du gouvernement ont raté de produire le bien-être citoyen, en dépit des budgets colossaux alloués.
S. A. I.


LES HABITANTS DE DIAR-EL-BARAKA RÉCLAMENT LEUR RELOGEMENT

Baraki dans l’expectative

Les opérations de relogement ne font pas que des heureux. Les émeutes qui les accompagnent semblent désormais faire partie des dégâts collatéraux. Les habitants de Diar-El- Baraka, à Baraki, n’ont pas dérogé à la règle : ils ont exprimé leur colère, se sont heurtés aux forces de l’ordre et attendent de voir leurs noms figurer sur les listes des recasés.
Nawal Imès - Alger (Le Soir) -Hier aux alentours de 11h, rien n’indiquait que le quartier avait vécu la veille de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Pas de déploiement de policiers mais tout juste trois voitures postées à l’entrée de la route principale qui y mène. Cette fausse impression de quiétude disparaît à la rencontre des habitants. Ils sont en colère et ne le cachent pas. La veille, ils étaient nombreux à avoir crié leur révolte. Une révolte née d’un sentiment de déception et de trahison. Ils reprochent aux responsables de la daïra de les avoir bernés. Explications : les habitants de Diar-El-Baraka devraient théoriquement être inclus dans la vaste opération d’éradication de l’habitat précaire dans la wilaya d’Alger. Des informations visiblement pas confirmées faisaient état dimanche de leur relogement imminent. Renseignement pris auprès de la daïra, il s’avère que cette opération ne les concerne pas dans l’immédiat. C’est la déception qui est à l’origine du mouvement de révolte. Les habitants affirment que la majorité des familles avaient déjà emballé leurs affaires, se tenant prêts à partir mais l’heure n’a visiblement pas sonné. «Finalement, nos enfants n’ont pas profité des vacances. On n’a pas pu les envoyer au bled, de peur qu’on nous convoque pour le déménagement. Finalement, ni vacances, ni rahla», déplore un père de famille dépité. Il n’est pas le seul à avoir cru à ce qui s’apparente à une rumeur. Beaucoup de travailleurs ont déserté leurs postes dimanche pour la même raison. L’un d’entre eux raconte avoir décidé de rebrousser chemin car informé de l’imminence d’un départ vers d’autres cieux. «J’ai fait demi-tour et lorsque j’ai vu de loin le déploiement des forces de l’ordre, j’étais heureux. J’ai vu un signe du début du relogement mais à mesure que je m’approchais du quartier, je comprenais qu’il s’agissait en fait d’affrontements avec la police», dit-il en affirmant être fatigué des fausses promesses des responsables et des conditions de vie qu’il subit depuis de longues années. Diar-El- Baraka, quartier datant des années 50 et reconnaissable aux dômes qui servent de toit à toutes les maisons. Signe particulier également : le taux d’humidité qui y est très élevé. Les murs des maisons sont suintants. Lorsqu’il fait froid, on grelotte à l’intérieur et lorsqu’il fait chaud, c’est la fournaise. Les familles s’y entassent à dix, voire plus. Pas moins de trois générations y cohabitent. Les habitants estiment qu’il est légitime pour eux d’espérer une vie meilleure, ils l’ont fait savoir à leur manière, en occupant la rue, en vociférant contre les autorités. Ils sont dans l’expectative.
N. I.


TIZI-GHENIFF/RECASÉS EN 2005 DANS UN HANGAR AU CHEF-LIEU DE DAÏRA

Des citoyens ferment la route

Des dizaines de citoyens habitant les locaux de l’ancienne Caps de Tizi-Gheniff, commune située au sud-ouest de la wilaya de Tizi-Ouzou, ont fermé la route, hier vers 11h, à hauteur de la cité dite du stade, à la sortie du chef-lieu communal en allant vers M’kira et Tahechat.
Recasés dans un hangar situé dans ce quartier, suite à la démolition en 2005 du bidonville où ils habitaient, communément appelé la «Cité de la Gendarmerie», les manifestants réclament des «lots de terrain au chef-lieu communal ou à la cité Marako (à 3 km de ce dernier, ndlr)». «Pas moins de seize familles ayant opté pour la reconstruction vivent depuis plus de 5 ans dans des conditions inhumaines dans ce hangar. «Nous sommes las des promesses sans lendemain des responsables locaux, et c’est pour crier notre ras-le-bol et réclamer des lots de terrain où nous pourrons ériger des habitations dignes de ce nom et vivre sous un toit décent que nous sommes aujourd’hui descendus dans la rue», nous a déclaré un manifestant. Dispersés dans le calme par les éléments de la Sûreté de daïra après une demi-heure de manifestation, les protestataires se sont dirigés vers le siège de la daïra. «Là (au siège de la daïra), on nous a donné rendez-vous demain matin pour un entretien avec le chef de daïra, en présence des différents responsables concernés», ajoute-t-on de même source. Contacté à ce sujet pour plus d’informations, le P/APC de Tizi-Gheniff, qui se trouvait en mission à Tizi-Ouzou, s’est excusé de ne pas pouvoir nous éclairer davantage, «avant de s’informer sur les tenants et les aboutissants de cette affaire».
Kaci Moussa


EL MAIEN (AIN-DEFLA)

Des citoyens ferment le siège de l’APC

Hier, en début de matinée, des centaines de citoyens issus des douars de Ouled Ali, El Mokhfi, El Djloud, Errgaguaguena, se sont regroupés devant l’APC d’El Maien, chef-lieu de commune, et ont fermé son siège.
«Nous ne l’ouvrirons que lorsque le wali viendra», ont-ils décidé, sans pour autant commettre de violence. Selon des sources locales, les protestataires s’élèvent contre la répartition qui a été faite des 220 logements ruraux, que le directeur de l’exécutif a octroyés aux habitants lors de la visite qu’il a effectuée le 13 décembre dernier, une répartition qu’ils qualifient «d’injuste». «Les élus, principaux membres de l’exécutif communal, ont fait preuve de clientélisme», affirment-ils, «en répartissant les 220 logements entre les 3 douars d’El Djouahra, El Merdja et Ouled Bendou». Aux contestataires, on aurait répondu que, «c’est le wali qui en a décidé ainsi». Avant de se livrer à cette protestation, ils affirment avoir transmis une lettre aux hautes autorités de la wilaya par l’intermédiaire de la Gendarmerie nationale et pris attache avec le chef de daïra. On apprend qu’au milieu de la journée d’hier, le chef de daïra s’est rendu sur les lieux et a pris langue avec les protestataires. Il leur a promis que la distribution desdits logements sera revue et corrigée et se fera de manière équitable. De plus, le responsable de la daïra a promis aux protestataires qu’il effectuera d’autres visites dans la commune et que d’autres projets de développement y seront initiés. Aux dernières nouvelles, confiants, les protestataires ont pris acte des promesses du chef de daïra et ont finalement levé le siège, vers midi, et chacun a pu regagner son douar dans le calme. On signale aussi que certains de ces contestataires ont déjà bénéficié de l’aide à l’auto-construction, d’un montant de 12 millions de centimes, une aide qu’ils jugent dérisoire eu égard au coût des matériaux de construction.
Karim O.

 
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