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Deux morts et des dizaines de blessés en deux jours d’affrontements: Berriane piégée par la violenceLa localité de Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa, semblait hier assise sur un volcan. Les affrontements entre les communautés mozabite (les ibadites) et arabophone (les malékites) qui ont commencé vendredi se sont poursuivis hier dès le lever du jour, faisant un autre décès et des dizaines de blessés (58, selon le bilan officiel). En outre, plusieurs locaux commerciaux ont été incendiés et saccagés. Ce qui porte le nombre de morts à deux. L’on signale également une personne se trouvant dans un état grave. La personne décédée hier, Kerouchi Omar, a été achevée avec un pavé par un groupe de personnes. Sans électricité, Berriane est depuis deux jours plongée dans le noir. Une situation qui a ajouté de la frayeur au drame vécu par la population. Il était 14h, quand nous sommes arrivés hier à Berriane. Berriane (Ghardaïa). De notre envoyé spécial, El Watan, 1er février 2009 A l’entrée de cette ville, qui se trouve à 40 km au nord de Ghardaïa, plusieurs camions de la Gendarmerie nationale et de la police antiémeute plantaient déjà le décor. Au fur et à mesure que l’on s’engouffre dans la ville, des pneus brûlés sur la chaussée de la RN1 étaient encore visibles. La chaussée était couverte de pierres. Toutes les routes débouchant sur la RN1 et qui partagent les deux communautés sont bouclées. A quelques mètres de ces cordons de sécurité, au quartier Baba Essaad, des jeunes encagoulés s’affrontent à coups de pierres. La bataille fait rage. Dans ce décor apocalyptique, les blocs de pierre fusent de partout. Près de là, en contrebas, se trouve le quartier des Mozabites. Le climat est électrique. Les membres de la police antiémeute se tiennent à l’écart sans intervenir. La maison de Omar Youb Aïssa était encore en feu. C’est dans cette demeure qu’a été assassiné, la veille, le jeune Bachir Benzait (la première victime), selon des témoins. Le même jour, soit vendredi, une autre personne, Abbès, a été grièvement blessée par balle, témoigne-t-on. Selon des habitants du quartier, « Bachir Benzait a été jeté du haut d’une terrasse ». Il a succombé à ses blessures à l’hôpital de Berriane. Mais qui est dernière ces hostilités ? « Ce sont eux qui ont commencé les premiers », témoigne un Mozabite. A un autre de l’interrompre : « Nous avons appris la veille (jeudi ndlr) qu’ils (les gens de l’autre communauté) se préparaient, car il y a eu une attaque isolée contre trois personnes de notre communauté. » « Cela s’est passé dans trois endroits différents pour nous provoquer », a-t-il ajouté. La première victime de cette provocation, racontent-ils, était un infirmier qui rentrait de son travail à minuit. C’était un handicapé de 42 ans.« Ils ne veulent pas nous laisser en paix », indique dépité Saïd, le visage encagoulé. Celui-ci témoigne de l’absence totale des autorités sur les lieux. Ali, lui, accuse carrément les policiers de vouloir empêcher les autres Mozabites de porter secours à leurs concitoyens venus défendre leurs maisons contre les incendies et le saccage. Il ajoute : « Il y a des doutes sur la manière avec laquelle ils (les policiers) travaillent. » Pour notre interlocuteur, « il y a une force qui dirige cette situation, il y a des intérêts qu’on ignore. Nous ne comprenons plus rien. C’est un problème politique ! », lance un de ses compagnons. « Hna, nous n’avons pas l’esprit de revanche, c’est eux qui s’acharnent sur nous », poursuit-il, se désolant du fait qu’une vieille a été délestée de tous ses bijoux la veille. Chez les arabophones, l’on retrouve bien évidemment une autre version des faits. Bien que les victimes se trouvent beaucoup plus du côté de la communauté mozabite. « Ce sont eux qui ont commencé », réplique un témoin rencontré hors des quartiers mozabites. Il raconte : « Alors que deux de nos concitoyens sont partis faire leur prière, à la mosquée Atiq El Malek, ils ont été roués de coups par des hommes encagoulés. » Et d’autres, selon lui, « ont été piégés à l’intérieur de la mosquée. Cela avant que ça ne dégénère à Baba Essaad ». « Ils nous interdisent de prier dans nos mosquées », ajoute une autre personne rencontrée sur les lieux. « Franchement, nous sommes inquiets », souligne de son côté un enseignant, accosté au centre-ville de Berriane. C’est dans ce quartier qu’ont été incendiés, la veille, plusieurs locaux commerciaux. Pour notre interlocuteur, « l’origine de ces affrontements est raciale ». « C’est une suite logique des derniers événements qui ont eu lieu il y a une année », estime pour sa part un élu de l’APC de Berriane. Sauf que, selon lui, « les gens semblent s’y être préparés ». Notre interlocuteur explique que cette « guerre » entre les deux communautés trouve ses causes dans les conflits d’origine raciale, ethnique et politique. A ses yeux, « le fameux pétard du mois de mars 2008 n’a été qu’un prétexte. Les gens étaient chargés. Il y avait de l’électricité dans l’air ». « Cette rancœur a été aggravée par les problèmes sociaux. » Une rancœur qui, faute de solutions pacifiques, a fini par s’exprimer de manière violente. « Il y a une ‘’chahna’’ (esprit de vengeance) qui est née entre les deux communautés », a-t-il expliqué, regrettant le fait que « les fauteurs » de troubles courent toujours. Notre interlocuteur estime qu’il y a une « connivence de la police » en mettant du temps à intervenir et à s’interposer entre les deux communautés. « Sinon comment peut-on expliquer le fait que sur un périmètre de 500 m, les forces de sécurité assistent au saccage des cafés et commerces sans broncher ? » Hier, vers 15 h, un renfort impressionnant de la Gendarmerie nationale est arrivé sur les lieux. Ils ont procédé au bouclage de toute la ville. Suite à quoi le calme est revenu. Mais une forte tension était encore perceptible. Une tension qui, si une solution urgente n’est pas trouvée, peut mener les choses au pourrissement. Par Rabah Beldjenna RéactionsLe RCD et le FFS dénoncent . Les notables demandent une enquête urgenteDans un communiqué rendu public hier, les notables mozabites de la ville de Berriane condamnent les graves et douloureux événements qu’a connus leur localité vendredi et samedi. Evoquant « l’impunité dont bénéficient les auteurs des agressions contre les personnes et les biens, et ce, sous le regard des policiers et en dépit des plaintes déposées contre eux », les notables de Berriane dénoncent cette situation et s’interrogent sur « les responsabilités des uns et des autres quant à la sécurité des citoyens ». Mettant l’accent sur « le parti pris du chef de daïra », ils demandent que ce dernier soit relevé de ses fonctions. Ils réclament aussi une enquête urgente sur ces événements qui ont commencé le 19 mars 2008 et exigent la poursuite des assassins et des sanctions lourdes à leur encontre. Les notables revendiquent, par ailleurs, la révision de la carte sécuritaire de la localité. Les partis politiques implantés à Ghardaïa n’ont pas mis beaucoup de temps à réagir. Le FFS de Hocine Aït Ahmed dénonce la situation catastrophique aux conséquences dangereuses de Berriane et porte « la responsabilité aux autorités locales et nationales sur ce drame humanitaire programmé ». Dans un communiqué rendu public vendredi, tard dans la soirée, le Rassemblement pour la culture et la démocratie dénonce, lui aussi, les agressions dont est victime la population de Berriane. Le bureau local du parti de Saïd Sadi indique qu’« avec toute cette présence des forces de l’ordre, ils n’ont pas pu intervenir ni pour ramener le calme ni pour séparer les émeutiers ». Selon la structure locale du RCD, « le wali a été pris de panique dès qu’il a su que la route nationale est bloquée et a ordonné d’user de tous les moyens pour la débloquer dans le seul souci d’étouffer la réalité. Il ne veut pas que les passagers utilisant la route nationale n°1 soient témoins de la liquidation physique de cette société. Tout en livrant la population à elle-même, les affrontements sont presque ininterrompus depuis hier. Les policiers disent à qui veut les entendre : ‘’On n’a pas reçu l’ordre de la part du wali pour intervenir’’ ! Ils se contentent de suivre passivement le spectacle en lançant de temps à autre des bombes lacrymogènes pour justifier leur présence ». ...Les élus locaux aussiLe collectif des élus APC et APW de Berriane insistent sur la nécessité de l’envoi d’une commission d’enquête de haut niveau (présidence) pour situer la responsabilité de chacun dans ce qui s’est passé. Dans un communiqué, qui nous a été remis hier au passage à la mairie de Berriane, ces élus s’engagent à suspendre tout dialogue avec les autorités locales jusqu’à rétablissement de la sécurité et son renforcement. De leur avis, « toutes les informations recueillies concordent avec le fait que les services de police sont inefficaces, partiels et souvent complices dans les événements de Berriane ». Cela sans omettre d’avertir que « si cette situation perdure, elle débouchera inévitablement sur une guerre civile ». Par contre, les mêmes élus n’ont pas hésité à « féliciter » et à « remercier » les services de la Gendarmerie nationale « pour leur efficacité et la maîtrise sécuritaire de leur secteur ». Cela en estimant que les auteurs des crimes commis et des assassinats doivent être arrêtés avant l’enterrement des morts. Les élus de Berriane insistent enfin sur la nécessité de retirer immédiatement les armes à la population, et ce, conformément aux promesses de l’ex-chef de gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, faites devant l’ensemble des notables de la ville de Berriane. Hadjadj Bahmed, P/APC de Berriane : « Le mal est profond »« Je ne vois pas de solution à apporter, car tellement le mal était profond. Le problème ne peut être réglé en un temps record. La solution est impossible quelle que soit la sagesse des notables de la région vu qu’il y a un rejet mutuel entre les deux communautés », a indiqué Hadjadj Bahmed, P/APC de Berriane, sur un ton de découragement. Rencontré durant la matinée d’hier à Berriane, M. Bahmed évoquant les graves affrontement qu’a connus la localité la veille a ajouté : « C’est un problème culturel entre deux ethnies qui ont pourtant cohabité pendant des siècles. Les événements déclenchés ont secoué tout le monde. Personne ne s’attendait à de telles scènes de violence. » Le salut pourrait venir de la mobilisation de toutes les personnes sincères et éprises de paix. « Nous demandons à tout le monde de nous aider pour assurer la sécurité de la population. Que les services de sécurité fassent leur travail de manière professionnelle », a-t-il dit avant de dénoncer le fait que « certains responsables des troubles sont malheureusement dehors ». « Ceux qui ont été arrêtés récemment sont des innocents. Pour moi, celui qui vient défendre sa maison c’est de la légitime défense », a-t-il encore tenu à préciser. Zerhouhi : « C’est une affaire de mafia de quartier »Evoquant les affrontements qui ont eu lieu, vendredi et hier, à Berriane (Ghardaïa), M. Zerhouni, fidèle à ses habitudes, a minimisé le problème en déclarant qu’il s’agit là d’une « mafia de quartier ». « Ce sont des bandes de jeunes qui ont envahi la rue. Cela ne doit pas vous étonner, car ceci se produit dans bon nombre de quartiers, notamment à Alger », a répliqué Zerhouni aux questions des journalistes en marge des travaux de la clôture de la session d’automne de l’APN. Plus loin, Zerhouni reconnaît que le problème est très sérieux, car il y a eu mort d’homme et des blessés. « Nous sommes en train de gérer cette affaire en tentant pour l’heure de calmer le jeu », a-t-il précisé. Par Nabila Amir, R. Bel, R. N. |
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www.algeria-watch.org
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