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Les émeutes ont repris hier après-midi
Tension sur Asfour
Par
A. Allia Liberté, 22 juin 2004
Vers treize heures, les manifestants, en majorité des jeunes,
ont tenté de réinvestir le siège de l’APC
après l’enterrement du jeune Sellami, décédé lors
des affrontements de dimanche dernier.
Adossée au flanc du mont Bouabed, la petite commune d’Asfour,
distante d’une cinquantaine de km de la wilaya d’El-Tarf,
dont elle dépend administrativement, donne l’impression
d’une agglomération paisible. L’impression seulement
car elle a été le théâtre, dimanche dernier,
d’une émeute populaire qui a coûté la vie à un
jeune habitant âgé d’à peine 19 ans.
L’affichage d’une liste d’attribution de 59 logements
sociaux a été à l’origine du mécontentement
populaire, qui s’est soldé par la mise à sac du siège
de l’APC et la destruction de deux véhicules utilitaires
qui y étaient stationnés. La jeune Sellami Hemaïda,
qui se trouvait coincé dans le magasin de la commune en proie
aux flammes, a péri asphyxié.
Deux autres jeunes gens du même âge s’en sont tirés
miraculeusement, le premier avec des brûlures sans gravité,
alors que le second est toujours en observation au niveau du service
de réanimation de l’hôpital Ibn- Sina d’Annaba.
Hier, dans la mi-journée, un début d’émeute
s’est produit aux alentours du siège de l’APC alors
que la foule nombreuse, qui avait accompagné la dépouille
du jeune Sellami, revenait du cimetière d’Asfour.
Plusieurs dizaines de jeunes manifestants en colère ont tenté de
pénétrer de nouveau dans l’enceinte de la mairie
mais en ont été empêchés par les éléments
du groupement d’intervention rapide (GIR) El-Hadjar, cantonnés
sur les lieux, depuis la veille. Frustrés, les manifestants se
sont alors déplacés à la sortie du village pour
dresser des barrages de pierres et de troncs d’arbres enflammés,
interdisant ainsi toute circulation automobile sur ce tronçon
du CW144 qui relie Asfour à Ben-M’hidi.
Approchés, les jeunes crient leur amertume contre les élus
locaux et particulièrement contre le P/APC qui représente à leurs
yeux une Algérie dont ils ne veulent, de toute évidence,
plus. “Cela fait 20 ans qu’il siège dans cette APC
et il n’a jamais rien fait pour la population. Pas de travail,
pas de logements, ni rien qui nous donne le moindre espoir pour le futur...”,
assène ce jeune d’une voix courroucée. “Il
faut qu’ils partent parce qu’ils n’ont pas compris
qu’ils ont affaire à la génération de la démocratie
maintenant. Ils ne peuvent plus nous rouler dans la farine comme ils
l’ont fait pour nos parents...”, enchaîne un autre
qui précise que l’affaire des logements n’est pas
la raison véritable des émeutes et que la population a
manifesté pour l’amélioration de toutes les conditions
de vie des gens de la région.
Le président d’APC, que nous avons rencontré dans
ce qui lui reste de bureau, était apparemment éprouvé par
les évènements. Il nous raconte que des manifestants munis
d’armes blanches ont voulu attenter à sa vie et qu’il
n’a dû son salut qu’à l’intervention des
gendarmes. “J’ai été surpris par la tournure
de la situation. Je ne comprenais même pas que l’on me reprochait,
la liste de bénéficiaires des logements sociaux qui a été élaborée
par tous les représentants légaux de la société civile
en toute transparence”.
L’inconnu qui se revendique en tant qu’élu indépendant
après avoir assumé la responsabilité sous les couleurs
FLN en 1990 et RND ensuite. Pour lui, cette commune de 12 000 âmes
souffrent d’un isolement relatif par rapport aux wilayas d’El-Tarf
et d’Annaba qui la cernent. “Que peut-ont faire avec 59 logements
quand on a quelque 900 demandes à satisfaire dont 400 formulées
par les habitants des baraques qui enlaidissent Asfour. Pour ce qui est
du reste, il n’y a pas d’autres débouchés que
l’agriculture pour les milliers de jeunes qui attendent des emplois
faute de ne pouvoir en trouver à Annaba et ailleurs”, déclare-t-il
comme pour dire son impuissance à gérer les affaires dont
il a la charge.
Il n’hésite pas à affirmer que la réaction
de la population a été sciemment provoquée par un
de ses rivaux directs, un industriel de la région qui aurait soudoyé des
agitateurs dans le seul but de le déloger.
Un argument que dément la rue, encore en proie à une fièvre
indescriptible jusqu’à hier 16 heures, bien après
que les gendarmes eurent forcé les manifestants à libérer
la chaussée. Le pire reste à craindre dans les heures à venir
avec le regroupement des jeunes émeutiers notamment.
A. A.
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