EMEUTES D’ARZEW

Tension après le report du procès

Le Quotidien d'Oran, 31 octobre 2005

Le procès des trente-huit détenus, arrêtés lors des émeutes d’Arzew, qui s’est ouvert, hier, devant le tribunal d’Arzew, a été reporté au dimanche prochain.

Un report qui n’a pas été du goût des membres des familles des prévenus dont certains avaient cru à une libération certaine.

Les avocats de la défense ont demandé la liberté provisoire pour leurs clients et regrettent que cette requête n’ait pas été accordée. Certains d’entre eux considèrent le report du procès et le refus d’accorder la liberté provisoire comme des «décisions qui manquent de sagesse». De son côté, le procureur près le tribunal d’Arzew argumente que le report de ce procès s’imposait du fait de l’absence des victimes civiles et des représentants légaux des édifices saccagés lors des événements. «Il est du droit de la victime d’être présente au procès», dit-il ajoutant qu’il est du devoir du magistrat de gérer un dossier d’une manière légale. «L’aboutissement du procès ne peut être équitable qu’en présence de toutes les parties concernées, et si le président du tribunal a tenu compte de notre requête c’est parce qu’il a saisi le bien-fondé du report», conclut-il.

L’ouverture du procès, hier, a vu deux groupes de 27 et de 11 détenus appelés à la barre et contre lesquels cinq chefs d’inculpation ont été retenus: attroupement, atteinte à l’ordre public, dégradation de biens publics, outrage à autorités et coups et blessures volontaires. Les dossiers de quatre autres détenus accusés d’incendie volontaire sont devant le juge d’instruction. Par ailleurs, des mineurs, dont le nombre n’est pas précisé, seront déférés devant le juge des mineurs, selon le procureur près le tribunal d’Arzew.

Le plus frappant chez ces détenus interrogés sur leur identité par le président, c’est que la majorité d’entre eux ont un emploi ou travaillent à leur propre compte. Les proches de deux frères détenus clament haut et fort que ceux-ci disposent d’un registre de commerce légal et qu’ils ont été interpellés avant le début des émeutes. «Pourquoi sont-ils présentés sous les mêmes chefs d’inculpation que les autres ?» lance mécontent un des leurs. Parmi ces détenus qui ressemblent à tous les jeunes de leur âge, un seul habite hors d’Arzew et le plus vieux a 29 ans.

Dès que la nouvelle du report du procès s’est répandue hors de la salle d’audience, une dizaine d’enfants ont commencé à lancer des pierres vers le palais de justice et sur les forces anti-émeutes de la police et de la gendarmerie venues en renfort ce dimanche. Après avoir été éloignés par une charge de la police, les enfants qui ont reculé vers le mausolée de Sidi Bouchentouf sont abordés par des citoyens qui les calment. Une demi-heure après, la route menant vers la cité Emir Abdelkader est barrée par des objets de fortune et un bidon en plastique est incendié dégageant un long filet de fumée au-dessus de la cité.

Le mécontentement ne dépassera pas, dans la journée, ces petites escarmouches.

M.Milagh

  Emeutes 2005  
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