LES ARCHS SCEPTIQUES SUR LE DIALOGUE

Le pouvoir épinglé pour son «mutisme»

El Watan, 12 juillet 2003

Les délégués de la Coordination intercommunale de Béjaïa (CICB) maintiennent que «le pouvoir n’a aucune volonté d’aller vers une véritable solution à la crise», contrairement à ce que laisserait espérer la dernière offre de dialogue faite par le chef du gouvernement.

Preuve en est, ont-ils conclu dans une déclaration sanctionnant le conclave tenu durant le week-end à Taskeriout, «le mutisme» des gouvernants face à l’exigence formulée par l’instance suprême du mouvement, il y a deux semaines à Amizour. «Une réponse officielle du premier magistrat du pays engageant l’Etat à satisfaire la plate-forme d’El Kseur (...) demeure l’exigence du mouvement» avant toute perspective de dialogue, a-t-on une nouvelle fois réitéré. Le pouvoir, depuis le conclave interwilayas des 26 et 27 juin dernier à Amizour, n’a répondu ni par le oui ni par le non, aux préalables posés par les archs. Un silence qui tranche beaucoup avec les multiples déclarations du chef du gouvernement dont la dernière intervention sur le sujet remonte à celle faite à la tribune du conseil national du RND, il y a une quinzaine de jours. Les dernières déclarations de Bouteflika sur la question lui ont été soutirées par des journalistes étrangers, lors d’une conférence de presse organisée en marge de sa visite à Strasbourg (France), il y a près d’un mois, soit quelques jours après l’invitation solennelle faite aux archs par son chef du gouvernement. Sur le plan des perspectives politiques, les animateurs de la CICB ont par ailleurs renouvelé leur intention d’aller vers l’organisation d’une conférence nationale sur le mouvement de protestation, sans toutefois, et comme à l’habitude d’ailleurs, en préciser les contours et le calendrier. Concernant les actions, on table sur la proximité de la date du 20 août pour redynamiser la mobilisation, avec au final une action nationale à Ifri, Ouzellaguen, dont la nature n’a pas encore été précisée. On compte en tout cas faire du 47e anniversaire du congrès de la Soummam un «rendez-vous national de citoyenneté, de liberté et de démocratie». L’idée d’organiser, dès le début du mois prochain, des journées de réflexion et de débats élargis faisant la jonction entre les idéaux de la plate-forme de la Soummam et l’esprit de la plate-forme d’El Kseur est en train de faire son chemin, avec au bout une marche nationale le 20 août, devenue rituelle depuis deux ans.

Par M. S.
Béjaïa : De notre bureau

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LA KABYLIE FACE A ELLE-MÊME

ONDES DE CHOC SUR LE MCB

L’organisation le week-end dernier d’un séminaire du MCB a de nouveau mis la scène kabyle en ébullition. La polémique poussée à son paroxysme ces derniers jours a relégué au second plan l’écho des tiraillements au sein de la structure des archs. Les divergences entre délégués du mouvement citoyen ne sont rien devant les couteaux tirés des anciens du MCB.

Le retour des vétérans de la contestation, ouvrant un second front de la discorde, complique davantage la crise et met une fois de plus la Kabylie face à elle-même. Après s’être longtemps déclarée mobilisée et déterminée à mener le combat à son terme, la Kabylie est aujourd’hui prise de doutes et a peur des dérives. En organisant le séminaire de ce week-end, le MCB veut se donner une «idéologie, des garde-fous qui empêcheront les extrémistes de tous bords de s’exprimer en son nom». Le MCB a peur du vide qui s’installe dans la région et réitère les valeurs qu’il essaie de véhiculer depuis sa naissance en 1980 lors des évènements du Printemps berbère : «Défini comme force politique transpartisane, le MCB s’est toujours astreint à refuser toute idée de violence. Emprunt de valeurs humanistes, le MCB a toujours prôné les actions pacifiques face à un pouvoir autoritaire et oppresseur. Moderniste et progressiste, notre mouvement se veut universaliste et tolérant.» La région est-elle en crise de valeurs aiguë pour que le MCB fasse un tel rappel des principes élémentaires qui n’ont jamais été remis en cause ces deux dernières décennies ? Les interrogations gagnent les esprits ces derniers temps et très peu de réponses sont formulées par les acteurs ou les observateurs de la scène locale. Engagé dans le mouvement de contestation depuis le début, le RCD a fini par se résoudre à une déchirante remise en cause de son rôle dans les structures qui portent la «dynamique citoyenne», des méthodes de lutte et des contours politiques pris par le mouvement. Lors de la convention de son parti tenue à Tizi Ouzou il y a dix jours, Sadi parlait d’une «rupture dans la pratique et la contestation politiques». Il mettait en garde contre le «populisme rampant» et souhaitait que cette dynamique opère un «ressourcement dans les valeurs de la citoyenneté», ce qui est le comble pour un mouvement citoyen.Une semaine plus tard, le RCD montre la voie du ressourcement : celle du MCB. C’est le coup de tonnerre dans le ciel couvert de la Kabylie. «Je suis toujours le président du MCB», a lancé Ould Ali l’Hadi, ancien membre de l’exécutif du RCD, exclu du parti l’année dernière.

Mission terminée
«Le cadre régnant en Kabylie ne permet pas l’initiative d’unifier les rangs du MCB, laquelle doit se faire dans un cadre autonome», a déclaré de son côté Arezki Abbout, un ancien du Mouvement, qui a eu la part du lion dans le traitement désastreux réservé aux prisonniers de Berrouaghia. Ferhat M’henni, autre figure du Mouvement culturel berbère, dira que «la mission du MCB est aujourd’hui terminée» et que «les archs l’ont largement supplanté avec d’autres méthodes et d’autres objectifs énoncés dans la plate-forme d’El Kseur». En décodé, on peut comprendre : «Le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) l’a largement supplanté», mais Ferhat n’est pas encore prêt à assumer une telle formulation. Le porte-parole du MAK a souligné que le MCB «était l’instrument du combat kabyle à une période historique déterminée, celle du parti unique. A partir de la démocratisation, le MCB, et nous avons tous notre part de responsabilité dans son déclin, n’avait pas su garder sa cohésion et son autonomie.» Ferhat ajoute que le MCB a connu son «dernier baroud d’honneur» lors du boycott scolaire de 1994. La fin du boycott avait coïncidé avec l’éviction de Ferhat du MCB puis du RCD. L’opération de déboulonnage du chanteur engagé a été menée par Ould Ali, qui sera effectivement installé comme président du MCB. Saïd Khellil, autre militant de la cause berbère, tout en signalant n’avoir pas reçu d’invitation pour le séminaire de ce week-end, a estimé que «le MCB qui mobilise les foules n’est qu’un mythe révolu». C’est dans ce climat particulier que Mouloud Lounaouci a écrit dans un document annonçant le séminaire du mouvement culturel : «Toutes les conditions sont donc réunies pour que se tienne le 1er congrès du MCB.» Une appréciation qui ne convainc pas les observateurs, loin s’en faut. Certains commentaires accréditent la thèse d’un rapport avec l’échéance présidentielle de l’année prochaine et de la volonté du RCD de peser de tout son poids dans la bataille électorale.

Par D. Tamani
Tizi Ouzou : De notre bureau

   
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