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Un accord sera signé aujourd’hui à Ghardaïa par les représentants des deux communautés La paix revient à BerrianeEl Watan, 29 juin 2010 Un accord de conciliation et de cohabitation va être signé aujourd’hui entre les représentants des populations de la localité de Berriane, devant traduire dans les faits une feuille de route qui vient d’aboutir. On s’attend au déplacement en personne de Daho Ould Kablia, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales. « Cet accord qui sera signé par des représentants des parties en conflit à Berriane, devant de hauts responsables de l’Etat, engagera les parties impliquées dans une réconciliation et une cohabitation durables dans un climat fraternel et citoyen », a déclaré le wali de Ghardaïa lors d’une réunion au siège de la daïra de Berriane, mardi dernier. Une réunion avec des notables et des membres de la société civile de la localité, mais aussi et surtout en présence de Abdelaziz Affani, directeur général de la Sûreté nationale par intérim. M. Affani n’a pas manqué, d’ailleurs, de s’entretenir avec les notables et les membres de la société civile sur la situation sécuritaire jugée « satisfaisante », selon lui, dans cette région du pays. « Les efforts déployés par les pouvoirs publics ont permis le retour à la situation normale dans la région de Berriane », avait affirmé le wali lors cette réunion. La feuille de route négociée entre les différentes parties en conflit avait été signée en mars 2009, en présence de M. Ould Kablia, alors ministre délégué chargé des Collectivités locales, des autorités et des élus locaux. Quatre nouvelles structures de la Sûreté nationale ont été inaugurées dans la localité de Berriane et au chef-lieu de wilaya (Ghardaïa) avec la visite du DGSN par intérim, en plus d’une Unité républicaine de la sûreté (URS) de 260 éléments. Il est à rappeler que la localité de Berriane avait été le théâtre de tragiques affrontements entre jeunes des deux communautés mozabite et chaâmba, à deux reprises, en 2008 et en 2009. Mais le plus surprenant a été la déclaration de Yazid Zerhouni, alors ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales : « Nous avons des preuves tangibles et parlantes que des contacts ont eu lieu avec certaines parties à l’étranger. On a trouvé dans au moins un des six ordinateurs saisis des références à des contacts internationaux à l’étranger », avait-il lâché à Annaba en juin 2008. M. Zerhouni avait notamment déclaré que « des personnes ont produit des tracts au nom de chacune des communautés ». Pour lui, à l’époque, « ces tracts étaient faits au nom de la communauté malékite, poussant les jeunes malékites à s’attaquer aux Mozabites et le même groupe a émis des tracts au nom de la communauté mozabite poussant les jeunes Mozabites à s’attaquer aux malékites ». La version officielle des faits qui se sont produits avait été, selon M. Zerhouni, une « manipulation qui vise à déstabiliser la wilaya, sinon le pays ». En tout cas, les deux communautés vivant à Berriane seront, à partir de la signature de l’accord en question, astreintes à l’application de ses clauses qui devront être rendues publiques. Par S. E. B. Des voix s’expriment autrementUn an après les événements sanglants de Berriane qui ont fait, entre 2008 et 2009, 5 morts et plusieurs dizaines de blessés, les représentants désignés des communautés mozabite et arabe devront signer, aujourd’hui, un accord de paix et de réconciliation. Une première dans les annales de la République ! Le « pacte » de non-agression que devront parapher les légats et dignitaires des communautés malékite et ibadite bénéficie des faveurs et de la bénédiction de l’Etat. Un document officiel sera ainsi contresigné par les dignitaires des deux communautés religieuses, autorités traditionnelles non reconnues officiellement, avec l’adhésion bienveillante de Daho Ould Kablia, le tout nouveau ministre de l’Intérieur. Des députés et sénateurs, des délégués du Haut-Conseil islamique et de l’Association des oulémas musulmans, auxquels s’ajoute une brochette de notabilités locales, seront également de la cérémonie. Vrai accord, fausse réconciliation ? Côté officiel, l’heure n’est plus à la passivité complice mais au « climat fraternel et citoyen ». « Cet accord, qui sera signé par des représentants des parties en conflit à Berriane devant de hauts responsables de l’Etat, engagera les parties impliquées dans une réconciliation et une cohabitation durable dans un climat fraternel et citoyen », déclarait le 22 juin le wali de Ghardaïa. Nasreddine Hadjaj, l’ex-maire RCD de la ville de Berriane (40 000 habitants), déchu de son mandat par arrêté du wali, est persuadé, quant à lui, de l’inanité de cet accord : « On ne sait pas ce qu’il y a dedans. A l’instar de la feuille de route (une charte de 15 points signée par les parties le 30 mars 2009, ndlr), ce document a été rédigé sans consultation préalable de la population. Même les familles des victimes n’ont pas été consultées. Il ne s’agit en réalité que d’une version améliorée de la feuille de route. Une mise à jour du document qui ne met pas la région à l’abri de nouveaux affrontements tant elle ne crève pas véritablement l’abcès et sert tout juste les desseins électoralistes du pouvoir. » L’Etat, ajoute-t-il, prometteur de cet accord comme il l’a été avec la feuille de route, ne peut pas être « juge et partie ». « Dans ce conflit, l’Etat a été partie prenante, il ne peut pas et ne doit pas camper le rôle de l’arbitre. » « Cet accord, c’est du khorti (tissu de mensonges) », réagit Kameleddine Fekhar. Le « fédéral » FFS, président de la section locale de la Ligue algérienne des droits de l’homme, ne croit pas aux « bonnes intentions » qu’affichent les pouvoirs publics pour le règlement de ce conflit aux relents ethnoconfessionels. La démarche « entachée d’anachronisme » du pouvoir vise, selon lui, à stigmatiser davantage la population autochtone présentée comme « primitive », « tribale » et « belliqueuse » L’accord projeté ne peut pas avoir « l’adhésion de la population dès lors qu’il a été conçu par le pouvoir, avec les notables béni-oui-oui, dans l’exclusion des représentants légitimes de la population ». « Les gens ont tendance à déplorer l’absence de l’Etat. En 1985 à Ghardaïa, des commerçants à qui on avait incendié les boutiques ont été jetés en prison pour avoir déposé une plainte contre leurs agresseurs. L’Etat est, semble-t-il, décidé à faire table rase du passé. Une source proche du dossier évoque l’éventualité d’une grâce présidentielle qui sera prononcée le 5 juillet prochain au bénéfice des nombreux condamnés des événements de Berriane. Par Mohand Aziri |
Berriane (Ghardaia), manipulation? | ||||
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