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L’ENVOYE SPECIAL DE BUSH AU GROUPE DES ONZE
« Washington ne soutient aucun candidat»
L'Expression,
26 janvier 2004 M.Craner a fait état de l’intérêt que porte
la Maison-Blanche à l’évolution de la situation en
Algérie.
C’est à la demande de L.W.Craner, sous-secrétaire
d’Etat américain à la démocratie, aux droits
de l’homme et au travail que le groupe des onze a reçu ce
dernier, hier, à la permanence d’Ahmed Benbitour. La rencontre
a duré une heure et demie. Saïd Sadi, en déplacement à l’étranger,
est rentré à la hâte pour ne pas rater une si importante
victoire du groupe, dont l’activité n’a pas laissé indifférente
la communauté internationale, avec à sa tête la première
puissance planétaire. A leur sortie de cette rencontre, l’ensemble
des participants arboraient une mine des plus détendues. Mokdad
Sifi, délégué par ses pairs pour s’exprimer
devant la presse, a indiqué que «le responsable américain,
qui a tenu à rencontrer personnellement le groupe, s’est
montré attentif aux préoccupations qui lui ont été soumises
et qui figurent dans les trois déclarations initialement rendues
publiques». Sifi, qui reprend à son compte une opinion exprimée
par le groupe, s’est déclaré satisfait que ce responsable
ait assuré que «Washington ne soutient aucun candidat»,
car «la solution ne peut qu’être algérienne,
du fait des seuls Algériens».
M.Craner s’est néanmoins montré fort attentif à l’évolution
de la situation en Algérie, un pays partenaire de choix, dont
la position géostratégique en rend la stabilité primordiale
aussi bien pour les USA que pour la communauté européenne.
Nul doute, de ce fait, que le rapport que dressera ce responsable, et
qui sera transmis au président Bush, poussera la diplomatie américaine à agir
dans le sens de la démocratie, la transparence et le respect des
droits de l’homme.
M.Craner a, également, été reçu la veille
par le chef de la diplomatie algérienne, lequel se trouve au centre
d’une grande polémique depuis qu’il a pris la tête
du mouvement de redressement du FLN et qu’il a présidé un «congrès» ne
reposant sur aucune base légale dans le seul but de cautionner
un second mandat du président Bouteflika.
Le responsable américain, nous disent des membres du groupe des
onze, avait souhaité rencontrer ces gens au niveau de l’ambassade
US à Alger. Le sujet, débattu ce samedi au niveau de la
permanence de Benbitour, avait fini par déboucher sur l’acceptation
du principe de cette rencontre, mais avec la ferme condition que cela
se passe dans une des permanences des candidats concernés. Ce
que le responsable américain a fini par accepter. Selon nos sources,
cette demande, ainsi que les concessions qui en ont résultées,
témoigne de l’intérêt international que suscite
la démarche de ce groupe, mais aussi des chances de plus en plus
fortes qu’il a de pousser les pouvoirs publics à faire montre
de plus d’équité dans le traitement de ce scrutin
présidentiel. La déclaration de ce samedi, dont nous avons
reçu copie hier, les signataires, au grand complet, «déplorent
la persistance de
l’administration à mettre des obstacles et exercer des pressions,
la terreur et le chantage sur les citoyens désireux d’accorder
leur signature en toute liberté». Le Conseil constitutionnel
est, de la sorte, stigmatisé aussi bien à cause de cette
affaire que pour ce qui est de la radiation des indus élus: «Les
présents dénoncent l’accaparement par l’administration
des attributions du Conseil constitutionnel concernant le contrôle
de l’aptitude des citoyens signataires, de même qu’ils
déplorent la perte, par le Conseil constitutionnel, de sa crédibilité s’agissant
des élections, à la suite notamment de la mainmise du ministère
de l’Intérieur sur les prérogatives de ce conseil
liées aux mécanismes de candidatures, ainsi que l’annulation
partielle par le pouvoir exécutif des résultats des élections
législatives que le Conseil constitutionnel lui-même avait
validés...» Un constat aussi alarmant renforce la revendication
consistant en la mise en place d’une commission souveraine et indépendante
chargée de surveiller les élections. Dépassant le
stade des constats et des paroles, le passage à l’acte s’est
fait à travers deux mesures précises : «Informer
l’opinion publique quant aux violations par le chef de l’Etat
de la Constitution et élaborer un mémorandum détaillé qui
sera adressé aux présidents des deux chambres du parlement
(mais aussi) ester en justice le ministre de l’Intérieur
quant à la privation des citoyens de l’exercice de leurs
droits constitutionnels en vue du libre choix de leur candidat».
Le document, qui se rattrape par rapport à l’omission relative
aux atteintes aux droits de la presse, se clot sur un constat des plus
alarmants qui soient : «Les signataires qui ont déjà alerté l’opinion
publique nationale et internationale quant à la gravité de
l’étape que traverse le pays du fait de l’instrumentalisation
des institutions de l’Etat, la dilapidation des deniers publics,
la vassalisation de l’administration, la domestication de la justice
et l’atteinte à la liberté d’expression et
de l’information, appellent les forces vives de la société et
les institutions de l’Etat à prendre conscience de la gravité de
cette étape décisive.»
Comme rapporté dans notre édition d’hier, l’appel
aux institutions n’exclut pas l’armée. Un appel plus
direct et plus pressant sera lancé, indiquent nos sources, dans
le cas où les pouvoirs publics ne reviennent pas à de meilleurs
sentiments.
Mohamed ABDOUN
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