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Tentative de rassemblement à la place du Premier Mai Les services de sécurité usent de la violence pour disperser les manifestants Par Faouzia Ababsa, La Tribune, 9 avril 2004 Hier après-midi, alors que Abdelkader Sallat tenait son point de presse, Ali Benflis était presque affalé sur la chaise dans l’un des bureaux du quartier général.Le visage défait, il se tenait la tête. Apparemment, les informations qui lui parvenaient n’auguraient absolument rien de bon pour lui. Contacté par une chaîne de télévision étrangère, il tentait de répondre aux questions en affirmant que s’il n’y avait pas de deuxième tour, cela voudrait dire qu’il y a eu fraude et que le président-candidat assumera les conséquences qui en découleraient parce que le peuple refusera le hold-up électoral. A quelques nuances près, c’est exactement la même déclaration qu’il avait faite le matin même lorsqu’il s’était rendu au bureau de vote pour mettre son enveloppe dans l’urne, accompagné de son épouse et de deux de ses enfants. Il avait également affirmé que si la volonté du peuple est respectée, «je suis convaincu de la victoire du projet de société et de renouveau dont je suis porteur». Pourtant, les événements ne lui donneront pas raison. Dans l’après-midi, devant le siège de la direction de campagne, les va-et-vient se faisaient incessants. Karim Younès discutait à bâtons rompus avec les journalistes mais aussi avec les militants et autres sympathisants du candidat Ali Benflis. Les spéculations de l’autre côté allaient bon train, mais tout le monde était convaincu qu’un deuxième tour était inévitable, auquel cas, la victoire, ce sera Ali Benflis le futur président de l’Algérie. Quelques militants et sympathisants étaient accrochés à leur téléphone portable, essayant de glaner des informations provenant des wilayas du pays. On entendait même l’un d’eux dire que Ali Benflis avait déjà obtenu 55% de suffrages exprimés et que 14 wilayas lui étaient acquises à 100%. A 18h00, Abdelkader S. tenait son point de presse. Mais entre 18h00 et 21h00, les événements s’accéléraient et les nouvelles se faisaient de plus en plus mauvaises. 21h30, les mines se défaisaient au fur et à mesure que les informations parvenaient au quartier général. Décision est prise alors d’occuper la rue. «Rassemblement à la place du Premier Mai», lançait une voix. C’est celle de Abdelhak Brerhi. Il est relayé par d’autres militants du FLN qui ont appelé les gens présents à descendre au Champ de manœuvres pour protester contre «la fraude et le pronunciamiento». A la place du 1er Mai, un dispositif de sécurité impressionnant attendait de pied ferme les contestataires. C’est dire que l’information a fait du chemin dès le milieu de l’après-midi. Policiers en civil et CNS constituaient le comité d’accueil. Les journalistes arrivent sur place. Plus nombreux que ceux qui ont appelé à la manifestation, ils attendaient eux aussi l’arrivée de Benflis, de son staff et de ses députés. Pourtant, ils n’arriveront jamais. Ce sont plutôt les personnalités et les sympathisants du candidat qui se sont retrouvés finalement seuls. A 22h00, les policiers décident de passer à l’action pour disperser les gens. Des prises de bec ont alors eu lieu. La tension monte. Puis, en une fraction de seconde, une pluie de coups s’abat sur les manifestants. Les journalistes sont pris à partie. Les photographes sont malmenés et leurs films confisqués, les journalistes tabassés. Benbaïbèche et Brerhi tentent de répliquer en revenant sur les lieux. Le premier a failli être interpellé et le second a été jeté à terre. La violence était à son comble notamment contre les nombreux représentants des organes de presse nationaux et étrangers. Pas de quartier. Les policiers ne faisaient plus de différence. Même les citoyens du quartier n’ont pas échappé à la bastonnade alors qu’ils ne faisaient que passer pour regagner leurs domiciles. Tout cela, et les responsables du FLN, ainsi que leurs militants n’arrivaient toujours pas. Les journalistes contactent quelques-uns d’entre eux en leur disant que les «gens se faisaient tabasser pour eux alors qu’ils sont bien au chaud à Hydra». Petit à petit, la sérénité est revenue, mais les gens sont restés sur les trottoirs. En face, les sympathisants de Bouteflika, dont la permanence électorale n’était pas loin, paraient les voiture des affiches du vainqueur et faisaient la fête. Les gens se faisaient plus nombreux. Entre les pro-Bouteflika et les pro-Benflis, il n’y avait qu’un pas à franchir pour que les choses dégénèrent. Mais la raison l’a emporté et les deux parties ont préféré se regarder en chiens de faïence. 00h30, le calme est revenu et les scènes de liesse fêtant la victoire, contestée, de Abdelaziz Bouteflika étaient incessantes. F. A.
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