Bouteflika s’offre un plébiscite

Par Rédaction de Liberté, 10 avril 2004


Le président-candidat est réélu à 83,49% des suffrages
Bouteflika s’offre un plébiscite
Les conséquences du scrutin ne devraient pas se faire attendre. Au menu des cinq prochaines années : extension des pouvoirs présidentiels, restriction des libertés et remodelage de la carte politique.
Un triomphe pour Bouteflika. Une véritable douche froide pour l’opposition. Avec 83,49% des suffrages, le président sortant Abdelaziz Bouteflika vient de donner du crédit aux craintes formulées par ses principaux concurrents qui dénonçaient par anticipation un “hold-up électoral”. Ils sont désormais confortés dans leurs craintes. Faut-il s’étonner d’un tel résultat ? Fallait-il douter de la volonté du clan de Bouteflika de ficeler l’élection du 8 avril dès le premier tour ? Assurément non.
Depuis le début de la campagne électorale, le locataire d’El- Mouradia et ses partisans de l’alliance présidentielle avaient donné le ton : l’élection allait se jouer au premier tour. Bouteflika avait exigé une majorité écrasante, sans quoi il ne pourrait gouverner. Comme en 1999.
C’est désormais chose faite. Quelle marge de manœuvre reste-t-il alors pour ses principaux opposants ? Quelle pourrait être leur stratégie de riposte face au rouleau-compresseur Bouteflika ? Et comment ce dernier compte-t-il mener sa politique maintenant qu’il va présider en maître absolu ?
Sans surprise, les principaux concurrents rejettent les résultats et contestent la légitimité du président. Hier, dans une conférence de presse, le patron du FLN affiche la couleur : “Je ne reconnais pas ces élections basées sur la fraude généralisée”, a-t-il affirmé. Accrédité d’un score nettement inférieur à toutes les prévisions, Ali Benflis sait que ce n’est pas seulement son avenir politique qui est remis en cause, mais l’existence même de son parti, le FLN. Bouteflika ne pardonne pas à son ancien chef de gouvernement de l’avoir privé du soutien du vieux parti. Aux yeux du clan présidentiel, c’est une trahison qui se paiera cher. Très cher même. Après avoir vainement tenté de mettre sur pied un FLN parallèle, par le biais du mouvement des redresseurs, Bouteflika a désormais les coudées franches pour éliminer carrément le FLN de la scène politique. Comment faire ? Une confidence qu’on prête au chef de l’état laisse entendre que la prochaine révision constitutionnelle, prévue dans les mois à venir, remettrait l’ancien parti unique définitivement au “musée de l’Histoire”. Un indice ?
Durant sa campagne électorale, le président-candidat n’a pas cessé d’insister sur une chose : le FLN appartient au patrimoine national, assène-t-il. Exit, donc, le FLN comme parti politique. Et c’en est fini de l’opposant Benflis pour quelques années ?! C’est le souhait de Bouteflika. Éliminer le FLN comme force d’opposition et réduire en charpie son leader. Ce qui explique, à l’évidence, le score octroyé à Ali Benflis : moins de 8% des suffrages. C’est plus qu’une douche froide, c’est une humiliation voulue.
Maintenant que Benflis semble être réduit en minorité, Bouteflika veut asseoir son pouvoir. Pérenniser son règne en s’attaquant à la Constitution.
Le projet consiste donc à se tailler une Constitution à la mesure de ses ambitions. De quoi serait-elle faite ? Dès le début de son premier mandat, Bouteflika n’avait de cesse de critiquer la Constitution algérienne, la jugeant inadaptée à sa propre vision politique. “Cette Constitution ne me plaît pas”, disait-il. Faute de l’avoir amendée lors de sa première mandature, il a désormais les mains libres pour la réviser à sa guise. Bouteflika ambitionne d’instaurer un régime politique ultraprésidentiel qui réduirait les pouvoirs du Parlement et du gouvernement. Son aversion à toutes formes d’opposition, il l’a démontrée à maintes reprises en se proclamant Premier ministre à la place du chef du gouvernement, et en légiférant par ordonnances là où aucune nécessité ne l’exigeait.
Conséquence majeure de cette future constitution : l’opposition serait quasiment réduite à sa portion congrue.
Autant dire qu’elle ferait dans la figuration. Autre dommage collatéral : les libertés d’expression en Algérie. Bouteflika n’a jamais fait un secret de son antipathie pour la presse libre. Non seulement il contrôle les médias publics, mais il promet un avenir sombre pour les journaux et les journalistes qu’il n’a pas hésité à qualifier “d’ennemis du pays” et de “mercenaires”.
Son premier ministre, Ahmed Ouyahia, n’en dit pas moins, lui qui utilise le vocable de “République des journaux”, même si, hier, lors de sa conférence de presse, le chef du gouvernement s’est voulu rassurant : la liberté d’expression ne sera pas remise en cause, a-t-il déclaré en substance. Vœu pieux ?
C’est, sans doute, Saïd Sadi qui résume le mieux la nouvelle situation du pays avec cette petite phrase qui en dit long sur ce qui attend les algériens pour les cinq années à venir : “C’est de mauvais augure. Cela annonce une forme d’absolutisme qui va s’abattre sur le pays. Il veut régner en maître absolu”, dit-il.

F. A.

 

   
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