ALGÉRIE

Six candidats retenus pour l'élection présidentielle

Ahmed Ouyahia, premier ministre algérien : «La transparence sera totale»

Le Figaro, 3 mars 2004

Un réformateur trop jeune pour être un combattant de la guerre de libération, un opposant islamiste, un laïc kabyle, une femme troskiste et un fils de martyr de la révolution : cinq candidats ont été retenus par le Conseil constitutionnel pour donner la réplique au président sortant Abdelaziz Bouteflika le 8 avril. Il s'agit d'Ali Benflis, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique), considéré comme le principal rival du grand favori Abdelaziz Bouteflika ; de l'islamiste radical Abdallah Djaballah, chef du Mouvement de la réforme nationale (MRN) ; du président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, le docteur Saïd Sadi, de la porte-parole du Parti des travailleurs (PT) Louisa Hanoune et du chef d'un petit parti nationaliste Ahd 54 (serment), Ali-Fawzi Rebaïne. Deux grosses pointures ont été écartées de la course. L'ancien ministre des Affaires étrangères et de l'Education, l'islamo-conservateur Ahmed Taleb Ibrahimi, n'a pas été retenu. Le dossier de l'ancien premier ministre Sid Ahmed Ghozali (1991-1992)) a été également rejetée. Chef du gouvernement algérien depuis 2003, Ahmed Ouyahia, défend le bilan du quinquennat du président Abdelaziz Bouteflika.
Alger : de notre envoyé spécial Thierry Oberlé
[03 mars 2004]

LE FIGARO. – Quel est le bilan du quinquennat du président Bouteflika ?


Ahmed OUYAHIA. – L'Algérie se porte mieux qu'en 1999, mais des défis restent à relever. Les institutions fonctionnent normalement avec notamment un respect des échéances électorales tandis que la sécurité s'améliore. La violence a baissé grâce à trois facteurs : les efforts entrepris dans le cadre de la lutte antiterroriste, la loi dite de concorde civile et le changement du climat international après les attentats du 11 septembre.


Sur le plan économique, les prix élevés du pétrole ont permis des rentrées financières substantielles. Ils ont favorisé les investissements ainsi qu'une dynamique de relance. La croissance a atteint l'an dernier un taux de 6,8%, l'inflation est maîtrisée et le chômage baisse de six points. Mais nous avons tout de même 24% de chômeurs ce qui bien entendu est beaucoup trop.


Vous avez promis des élections libres et transparentes. Quelles garanties pouvez-vous donner à la communauté internationale ?

Pour la première fois depuis quinze ans, un président en exercice achève son mandat. Il a décidé de se représenter d'où une animation particulière. L'Algérie est un pays issu du tiers-monde où le parcours pluraliste en est encore à ses débuts. Nous avons mis en place un certain nombre de mécanismes destinés à empêcher la fraude et à garantir un contrôle par les candidats des procédures électorales. La transparence sera totale. Des observateurs étrangers de la Ligue arabe, l'Union africaine, des Nations unies et, pour la première fois, du Parlement européen sont invités à assister aux opérations.

Des émeutes ont éclaté à Ouargla dans le Sud en marge d'une visite du président Bouteflika. Des incidents sont signalés dans d'autres villes. Comment expliquez-vous ce climat de révolte larvée ?

L'Algérie traverse une période de crise sociale. Le retour de la croissance et l'amélioration de la sécurité ont fait ressurgir les revendications populaires. Les entreprises du sud du pays qui oeuvrent dans le secteur des hydrocarbures ou l'immobilier ont pris l'habitude de favoriser l'emploi de gens venus du Nord d'où un phénomène de frustration compréhensible. Ailleurs, ce sont des problèmes récurrents d'accès à l'eau potable qui provoquent la colère de milliers d'administrés. Les routes sont coupées, on jette des pierres. Cette situation n'est pas nouvelle. N'oublions pas non plus qu'il faudrait construire près de 700 000 logis supplémentaires pour rendre la crise du logement tolérable. Nous essayons, bien sûr, de prendre en compte les demandes qui s'expriment ici ou là lors de petites émeutes et des perturbations, mais nous sommes aussi attentifs aux risques de manipulations politiques à l'approche des élections.

L'ancien chef d'état-major de l'armée, le général Nezzar, explique dans un livre comment les militaires ont adoubé en 1999 Abdelaziz Bouteflika. Quel rôle joue l'armée dans la présidentielle d'avril ?

Les propos et les écrits du général Nezzar n'engagent que lui. Je peux pour ma part vous affirmer que l'armée n'a jamais tenté d'influer sur une de mes décisions. Il n'y a pas de cabinet occulte ou de cercle des «décideurs» L'armée nationale populaire, l'ANP, s'est retirée de la vie politique depuis de nombreuses années. Elle a dû revenir en première ligne en 1992 pour combattre la menace islamiste mais le retour à la sécurité a modifié la donne. L'ANP a rendu public dès 2002 sa neutralité totale. Elle a indiqué qu'elle acceptera le verdict de la présidentielle quel que soit le candidat élu par le peuple.

La justice française a ouvert une enquête sur l'assassinat en 1996 des moines de Tibhirine. Les autorités algériennes sont-elles disposées à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire ?


Je dois dire tout d'abord ma compassion envers les familles et les proches des moines français. Ce terrible drame a endeuillé notre pays alors que j'étais le premier ministre du président Zéroual et je peux vous dire que les éléments que nous avons recueillis à l'époque ne laissent planer aucun doute sur les auteurs du crime. Ils ont été confirmés par les témoignages de repentis. Mais des tentatives de manipulations à notre endroit se sont greffées sur l'affaire. Nous avons été victimes de la campagne calomnieuse du «qui tue qui ?». Nous sommes bien entendu disposés à répondre aux demandes d'entraide judiciaire. Mais nous ne sommes pas concernés par un éventuel débat franco-français sur Tibhirine. Par ailleurs, les autorités françaises savent très bien qui étaient les preneurs d'otages. Elles étaient, il faut s'en souvenir, en contact et en tractation avec les ravisseurs...

 

   
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