ALGÉRIE Le chef de l'Etat sortant espérait battre hier son ancien premier ministre, Ali Benflis, lors de l'élection présidentielle

Bouteflika pour un nouveau mandat

Le président sortant Abdelaziz Bouteflika devrait être réélu pour un second quinquennat et ses partisans n'ont pas attendu l'annonce officielle des résultats de l'élection présidentielle de jeudi pour célébrer sa victoire, alors que trois de ses adversaires crient à la fraude.

Le Figaro avec AFP, 09 avril 2004


Ces derniers n'ont pas également attendu la fin du scrutin, marqué par un duel avec son ancien chef de gouvernement Ali Benflis, pour dénoncer une «fraude qui a commencé à fonctionner».

Les résultats officiels seront annoncés vendredi dans la matinée par le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni.

Trois candidats, Saïd Sadi, Abdallah Djaballah et Ali Benflis, ont affirmé que «des informations» en leur possession indiqueraient qu'aucun des six candidats ne serait élu jeudi.

«A la lumière d'informations recueillies auprès de toutes les permanences des trois candidats (...) il s'est avéré que la tendance générale va vers un scrutin à deux tours», ont indiqué ces adversaires de M. Bouteflika dans un communiqué parvenu jeudi soir à l'AFP, avant la clôture officielle du scrutin.

Si aucun candidat n'avait obtenu la majorité des suffrages, un second tour aurait été nécessaire, ce qui aurait constitué une première en Algérie.

La direction de campagne du président sortant Abdelaziz Bouteflika a très rapidement répliqué en accusant ces adversaires de vouloir s'imposer en recourant à «la rue», dans un communiqué.

D'ailleurs, une manifestation conduite par ces trois candidats a été réprimée jeudi soir à Alger par la police, alors que les sympathisants de M. Bouteflika parcouraient, dans la liesse, la capitale.

Voyant «une claire volonté de recourir à la rue pour imposer le fait accompli» de la part de ces trois candidats, la permanence de M. Bouteflika a averti «qu'un tel procédé, expression d'un échec annoncé, est porteur de dangers graves pour toute la Nation».

Le scrutin pour désigner le troisième président de l'ère pluraliste en Algérie s'est déroulé dans le calme, sauf en Kabylie (est d'Alger) où des incidents ont été signalés.

En Kabylie, en fronde ouverte contre le pouvoir d'Alger, 612 bureaux de vote ont été «saccagés» ou «empêchés d'ouvrir» par des jeunes gens répondant au mot d'ordre de grève d'une aile des âarchs (tribus kabyles) hostile à cette élection, a indiqué vendredi M. Zerhouni.

Malgré ces incidents, sans conséquence majeure sur le déroulement du scrutin, la Kabylie a continué à voter enregistrant un taux de participation à la clôture du scrutin, de 15,71% à Béjaïa, 17,80% à Tizi Ouzou et 47,56% à Bouira, selon des chiffres officiels. Bouira ne comprend qu'une petite partie de zones berbérophones.

Le taux de participation s'établissait au plan national à 57,78%, y compris l'émigration. Lors de la présidentielle de 1999, ce taux était de 60,25%.

Dix-huit millions d'Algériens étaient appelés dans 40.000 bureaux de vote pour élire leur président dans un scrutin «ouvert» pour lequel l'armée, qui a toujours fait et défait les chefs d'Etat, avait pour la première fois affiché son impartialité.

Son patron, le général de corps d'armée Mohamed Lamari, a déclaré à plusieurs reprises que l'armée ne «soutenait» ni «n'était contre» aucun des candidats.

En outre, 124 observateurs internationaux ont supervisé ce scrutin, pour lequel la loi électorale a été amendée et permet aux candidats et à leurs représentants de suivre toutes les opérations de vote et de dépouillement.

Outre MM. Bouteflika, Benflis, patron du Front de libération Nationale (FLN, ex-parti unique), Saïd Sadi, chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque), Abdallah Djaballah, président du Mouvement de la réforme nationale (MRN, islamiste radical), se sont présentés la porte-parole du Parti des Travailleurs Louisa Hanoune (PT, trotskyste) et Ali Fawzi Rebaïne, président d'Ahd-54, un petit parti nationaliste.

L'affluence était relativement importante dans les banlieues populaires d'Alger alors que, comme de coutume, elle était faible dans les quartiers chics des hauteurs et le centre-ville.

L'Algérie a vécu sous le régime du parti unique du FLN jusqu'en 1989 quand le multipartisme a été institué. La première présidentielle pluraliste avait vu la victoire du général Liamine Zeroual en 1995, la deuxième celle de M. Bouteflika, en avril 1999.

 

   
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