Un chercheur français commente la victoire de Bouteflika :

«Le résultat convient à l’armée»

par Mohamed Khellaf , Le Jeune Indépendant, 11 avril 2004

La réélection de Bouteflika «n’est pas illégitime», mais son résultat suscite «certaines interrogations». C’est le sentiment exprimé, hier, dans les colonnes du Parisien, par un chercheur français chargé de l’Algérie au Centre d’études et de recherches internationales (CERI, Sciences Po).

Loin de mettre en doute la victoire du président sortant, Luis Martinez estime que son ampleur pose problème et écorche le succès du chef de l’Etat. «Politiquement, c’est un désastre : la démocratie n’avance pas. Cela renvoie à l’image de chefs d’Etats voisins comme la Tunisie où l’opposition est totalement marginalisée.» Bouteflika est élu «mais fragilisé» au regard du taux arraché.

«Son succès laisse un doute sur sa crédibilité démocratique.» Tout se passe, explique-t-il, «comme si le Président pouvait manipuler les urnes, comme le faisait l’armée autrefois. Du coup, l’armée va, paradoxalement, apparaître plus démocratique que le Président».

Réfutant l’hypothèse d’une fraude, le chercheur «ne croit pas à un trucage brutal comme on en a connu dans le passé», même si cela «n’aurait rien d’impossible» dans une configuration à 40 000 bureaux de vote pour 230 observateurs internationaux.

En revanche, le président sortant a été reconduit à la faveur d’une compétition électorale inéquitable. «Il y a plutôt eu une sorte d’«achat» des électeurs. Depuis un an, Bouteflika a sillonné le territoire et distribué aux responsables des collectivités locales des fonds afin de drainer les électeurs vers sa candidature.» Quel rôle a joué l’armée dans cette consultation ? Expéditif, Martinez estime que «si elle n’a pas directement bourré les urnes en faveur de Benflis, c’est que ce résultat lui convient».

Et le chercheur de s’essayer à une hypothèse : «Mais on peut aussi imaginer qu’un deal a été passé, il y a quelques mois, entre Bouteflika et l’armée. Tout ce que demande cette dernière, c’est de pouvoir se rapprocher de l’OTAN. Le modèle des généraux algériens, c’est l’armée turque.» La sécurité rétablie et le retour de l’Algérie sur la scène internationale amorcée, la mission de Bouteflika durant son second mandat apparaît, avant tout, de nature socio-économique.

Face à des problèmes sociaux cruciaux, le pays n’a qu’une seule alternative, dit Martinez : une «vraie réforme du système économique». Un chantier qui «nécessiterait en fait le démantèlement complet de cet Etat édifié depuis l’indépendance».

Bouteflika «n’en a ni les moyens ni l’envie». M. K.

 

   
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