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Fraude
Le ministre de la Justice pris la main dans le sac
Par
Rafik Hamou Liberté, 8 avril 2004
Parallèlement à l’annulation de la circulaire du
1er avril du ministère de la Justice, le Conseil constitutionnel
rappelle qu’il est la seule instance habilitée à contrôler
et à proclamer officiellement les résultats de l’élection
présidentielle.
L’énigmatique circulaire du département ministériel
de Tayeb Belaïz, datée du 1er avril, vient d’être
déclarée nulle et non-avenue par son auteur lui-même.
En effet, le ministre de la Justice et garde des Sceaux a procédé,
hier, à l’annulation de la circulaire non référencée émanant
de la direction générale des droits de l’Homme et
destinée aux secrétaires généraux de cour
de justice. Laquelle circulaire exige expressément du magistrat
président de la commission électorale de wilaya de “transmettre
au ministère de la Justice les résultats préliminaires
et définitifs avant d’établir les procès-verbaux
de centralisation des voix”.
Autrement dit, les PV de consolidation ne seront signés qu’après
l’autorisation du département de Tayeb Belaïz.
La classe politique, notamment les candidats en course pour la présidentielle,
qui s’ouvre aujourd’hui, a violemment protesté contre
cette circulaire à scandale. Les trois outsiders, Djaballah, Sadi
et Benflis estiment que le ministère de la Justice a carrément
pris le relais de la fraude à travers ce document “illégal”.
Ce document se veut, disent-ils, un autre procédé, concocté par
le clan présidentiel, d’intimidation et de pression sur
les magistrats.
Dans un communiqué transmis, hier, à la rédaction,
le ministre de la Justice a abrogé “l’instruction
du 1er avril et ce, pour lever toutes équivoque et incertitude
et considère ainsi comme si de rien n’était”.
Cette annulation est motivée, selon le même communiqué,
par “les interprétations erronées du contenu de la
circulaire adressée aux présidents de cour et aux procureurs
généraux et ce, pour suivre l’élection et établir
des statistiques de la présidentielle du 8 avril”. L’on
peut lire dans le même document que “le ministère
de la Justice a procédé de la sorte lors des précédents
scrutins”.
L’on se demande cependant si le garde des Sceaux a procédé à l’abrogation
de la circulaire “à scandale” par une contre-circulaire,
puisque le communiqué en question ne le précise pas et
il s’est contenté de rendre publique l’annulation
de ladite circulaire, sans plus ? Il s’agit en fait d’une
suppression pure et simple.
Pour sa part, le Conseil constitutionnel a réagi, hier, à la
circulaire de Tayeb Belaïz. Dans un communiqué rendu public, hier
après-midi, le président du Conseil désavoue le garde
des Sceaux. Le document de l’institution d’Ahmed Bedjaoui sonne
comme un avertissement aux autorités ou autres départements qui
se refuseraient, d’une manière ou d’une autre, d’observer
scrupuleusement les dispositions de la loi électorale, notamment les
articles 164 et 165. L’avertissement du CC vient rappeler plus que jamais
qu’il est “la seule instance désignée par la Constitution
et habilitée à contrôler la régularité de
l’élection présidentiel et à proclamer officiellement
les résultats de cette opération”. L’institution
désignée par la Loi fondamentale du pays dénie tout droit
ou attribution de surveillance et de proclamation des suites du scrutin présidentiel à toute
autre tutelle que celle citée dans la Constitution.
Pour revenir au contenu de l’énigmatique circulaire, l’instance
d’Ahmed Bedjaoui n’est pas allée par trente-six chemins
pour mettre les points sur les “i”, à propos de la centralisation
des résultats. “Les procès-verbaux centralisant les résultats
du scrutin des wilayas doivent parvenir directement et aussitôt au Conseil
constitutionnel qui centralise l’ensemble des résultats des wilayas
et des centres de vote de l’émigration à l’étranger
et en délibère hors de toute ingérence de quelque organe
ou autorité que ce soit”, peut-on lire dans le document.
Mieux encore, la mise en garde de Bedjaoui évoque, on ne peut mieux,
l’indépendance totale et les attributions des commissions électorales,
soit communale ou de wilaya dans l’exercice de leurs missions. “Dans
l’établissement, la collecte et le regroupement des procès-verbaux,
ces organes ne sont soumis à aucune tutelle et agissent en toute autonomie
et responsabilité”.
Plus loin, on peut lire encore : “Le Conseil constitutionnel attire spécialement
l’attention des membres des bureaux de vote ainsi que celle des commissions électorales
et de wilaya sur le fait que chacun d’eux engage sa responsabilité pénale
pour toute inobservation des dispositions précitées de la loi électorale”.
Le manquement à ces avertissements et aux dispositions de la loi électorale
soumet donc son auteur à des poursuites pénales.
De leur côté, les directeurs de campagne des candidats Djaballah,
Benflis et Sadi protestent contre l’instruction de Belaïz qu’ils
qualifient d’“illégale”. Pour eux, “un tel procédé confirme
la mauvaise intention d’influer sur les résultats du scrutin”.
On s’interroge enfin sur le retournement de situation en un court laps
de temps. L’opinion publique a tout de même le droit de connaître
les raisons de ce revirement à 24 heures de l’ouverture du scrutin
présidentiel.
R. H.
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