Me Boudjemâa Ghechir
« Les droits de l'homme doivent être respectés »

Le Matin, 12 avril 2004


Le Matin : Une partie des candidats à la présidentielle crie à la fraude et rejette les résultats. Qu'en pensez-vous ?
Me Boudjemâa Ghechir : Si on parle de fraude, on doit présenter des preuves afin que nos militants et organisations des droits de l'homme puissent réagir en conséquence. Or, on a évoqué ce problème de fraude avant, pendant et après les élections, mais en restant chaque fois au niveau des accusations pas plus.

Les observateurs, notamment les médias étrangers, s'interrogent sur le score réalisé par Bouteflika. Quelle est votre lecture ?
En effet, ce score de 83,49 % est assez surprenant et même inattendu pour les Algériens comme pour les étrangers au regard de ce qui s'est passé pendant la campagne électorale, les attaques qu'a subies Bouteflika et le poids de son adversaire, Benflis. Mais jusqu'à maintenant, il n'y a aucun élément qui prouve que ses résultats ont été gonflés dans les bureaux d'autant plus que ses représentants n'ont rien signalé sur place. Nous n'avons à juger aucun des candidats mais nous demandons à l'ensemble de se réunir dans le calme et faire leurs bilans. Par ailleurs, nous avons remarqué que certains candidats n'ont pas hésité à faire des alliances avec des personnalités au passé entaché et qui ont été rejetées par la société. Et ça nous ne pouvons le tolérer.

Beaucoup ont exprimé aussi leurs craintes quant à l'avenir des libertés individuelles et collectives maintenant que Bouteflika est réélu avec une majorité absolue
Il est vrai que les droits de l'homme encourent toujours des risques en Algérie. Du côté des militants et de l'organisation de la LADH, nous attendons le verdict final qui sera prononcé par le Conseil constitutionnel. A ce moment, nous allons d'abord présenter nos félicitations au président de la République et ensuite nous comptons le solliciter pour une rencontre autour des dossiers urgents des droits de l'homme qui doivent être respectés.

Pouvez-vous nous révéler sur quoi porterons ces dossiers ?
Il s'agit du dossier des victimes du terrorisme dont l'Etat doit assurer une prise en charge matérielle et psychologique, ainsi que celui des disparus qui doit être réglé dans le cadre de la justice et de la vérité. Il y a aussi le dossier de la liberté d'expression qui englobe le problème des entraves et pressions exercées sur la presse indépendante ainsi que le monopole imposé par l'Etat sur la télévision et la radio. Il faut que la notion de service public soit précisée afin que tous les Algériens en bénéficient et pas uniquement un groupe limité. Nous avons ensuite le dossier de l'indépendance de la justice qui demeure sous la coupe de l'Exécutif et en reçoit ses ordres, à l'image de la dernière décision prise par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) contre le syndicaliste Mohamed Ras El Aïn. Nous allons demander au Président élu de prononcer la dissolution du CSM mal élu, illégal et dénoncé par l'ensemble des magistrats. Et par ailleurs, abolir l'Etat-système pour consacrer la séparation des pouvoirs et l'indépendance des institutions, notamment la justice. La notion de bonne gouvernance sera également à l'ordre du jour et nous demanderons aussi à ce que la société civile soit libérée pour qu'elle puisse participer à la vie publique. Nous demanderons enfin à ce que la femme soit prise en considération dans l'action du Président et qu'elle puisse recouvrer ses droits, mais dans l'immédiat résoudre le problème de la Kabylie qui découle, pour nous, de l'incapacité de l'Etat de gérer une société diversifiée.
Entretien réalisé par Nouri Nesrouche

 

   
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