L’après-présidentielle va modifier la scène politique

La fin du FLN de Benflis

El Watan, 11 avril 2004

Quel sort attend le courant du FLN demeuré fidèle à Benflis ? Il n'est pas besoin d'être un analyste très perspicace pour prévoir ce qui va se passer dans les jours à venir : les comportements des hommes qui composent ce parti sont depuis longtemps assez bien connus pour laisser entrevoir l'avenir immédiat de l'ex-parti unique.

Des milliers de cadres et de militants de base, parfois des permanences locales entières (les kasmas) passèrent sans regret ni remords avec armes et bagages au Rassemblement national démocratique (RND). Ce dernier venait d'être créé en 1997. La base et l'encadrement du FLN comprirent que le pouvoir avait décidé d'employer comme devanture le nouveau parti. Avec la venue de Bouteflika à la Présidence de la République, les militants du FLN retournent au bercail pour adouber le nouveau président. Pour ce faire, Benflis organise le départ de Boualem Benhamouda. Une fois débarqué de son poste de chef de gouvernement, Benflis, l'ancien directeur de campagne du candidat Bouteflika en 1999, affiche son ambition d'occuper El Mouradia. Bouteflika s'attaque alors à son ancien ami et allié pour l'éliminer de la direction du FLN parce que ce parti est un précieux appareil doté du plus grand réseau de représentations locales. Des dizaines de cadres et des centaines de militants de base répondent à l'appel d’Abdelaziz Belkhadem, n'hésitant pas à causer une situation inédite : la formation politique se scinde en deux. La fraction dirigée par l'ancien chef de gouvernement est harcelée avec une grande virulence par ce qu'on appelle les «redresseurs». L'autre courant, croyant que le FLN avait retrouvé une certaine vigueur, escomptant sans doute également un appui de l'armée, résista avec Benflis aux attaques menées par les partisans du chef de l'Etat. Avec l'écrasante victoire de Bouteflika, la plupart des cadres et des militants demeurés jusque-là fidèles à Benflis vont basculer dans le camp des «redresseurs» pour faire allégeance à celui qui est dorénavant le seul homme fort du régime. Il ne sera pas étonnant que certains d'entre eux aillent même jusqu'à prononcer un mea culpa pour conserver postes et privilèges et situations acquises. Il y a en effet longtemps que les hommes du FLN ainsi que ceux des «organisations de masse» nées dans son giron n'ont d'autres principes moraux que ceux qui garantissent leurs intérêts matériels. Aujourd'hui, les jeux sont faits et le sort de Benflis est scellé. Sa carrière politique est finie comme s'est arrêtée brusquement celle de Mehri lorsqu'il a entraîné le FLN dans une alliance avec les islamistes du FIS. En remontant plus loin dans le temps, on retrouvera le même comportement : en 1988, la totalité des caciques de ce parti passent derrière Mehri lorsque Chadli Bendjedid le propulse à la tête du bureau politique. Les partisans de Mohamed Cherif Messaâdia baissent la tête et se mettent docilement derrière le nouveau patron du FLN.

Par A. Ancer

 

   
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