Selon Mokrane Aït Larbi
« L’échec des démocrates n’est pas une perte pour la démocratie»

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 14 avril 2004

M. Mokrane Aït Larbi s’est encore une fois prononcé sur l’élection présidentielle mais cette fois-ci pour affirmer que «l’échec des candidats démocrates n’est pas une perte pour la démocratie». Ce membre fondateur du RCD et l’un de ses ex-principaux dirigeants (avant de démissionner pour divergence avec le chef de file Saïd Sadi) considère que même si «la victoire du Président n’est pas un triomphe pour les libertés et les droits de l’Homme», il n’en demeure pas moins que «le temps du bricolage est révolu». Ce bricolage dont parle l’avocat à la cour est celui des partis politiques qui ont choisi «la méthode d’être avec le pouvoir pour des privilèges et dans l’opposition à l’occasion des élections». Une méthode, selon Aït Larbi, qui «a montré ses limites». Cet ex-sénateur, démissionnaire également de ce poste, est convaincu que «ce nouvel échec permettra d’enterrer définitivement l’illusion entretenue depuis 1992 d’arriver démocratiquement au pouvoir sur un char». Pour l’homme politique qui a rendu publique sa déclaration hier, il est clair que «le soutien du RND, du MSP, des ‘‘redresseurs’’ FLN et de l’UGTA au président-candidat ne pouvait se faire sans feu vert». Ce «feu vert» n’est plus attribué à l’Armée mais au système. «Le candidat du système passera au premier tour», avait souligné Aït Larbi dans une interview accordée à un confrère juste avant la tenue des élections présidentielles. Il avait alors soutenu que «l’impartialité de l’Armée n’implique pas la neutralité du système». Le large plébiscite dont a bénéficié le président Bouteflika à l’issue du scrutin du 8 avril dernier est loin d’étonner l’ex-militant du mouvement berbère puisque, selon lui, le score réalisé a été «facilité», entre autres, par les concurrents de Bouteflika. Aït Larbi, qui ne cite pas de noms, affirme néanmoins que c’est grâce aux candidats Benflis et Sadi qui ont menacé, lors de leurs discours électoraux, de recourir à la rue pour empêcher que les voix du peuple soient spoliées, que les électeurs se sont retournés vers Bouteflika. «Quant au score électoral du Président, il a été facilité, entre autres, par deux candidats qui ont repoussé une partie des électeurs par “des promesses” d’un troisième tour dans la rue en cas de victoire de Bouteflika», a-t-il déclaré. Aït Larbi parle également d’une deuxième raison expliquant ce score, celle du passé politique de ces deux candidats. Un passé loin de convaincre les électeurs de leur récente opposition après «un soutien inconditionnel au Président». En fait, Mokrane Aït Larbi rappelle aux deux hommes politiques, Benflis qui était le directeur de campagne de Bouteflika avant d’être son chef du gouvernement, et Sadi dont le parti a participé à la coalition gouvernementale entre 1999 et 2001, «leur passage rapide du soutien inconditionnel au Président au nihilisme sans courage politique d’assumer leurs responsabilités en tant que chef du gouvernement pour l’un et membre de la coalition gouvernementale pour l’autre». Un «retournement de veste» qui leur a été fatidique.

H. Y.

 

 

   
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