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Les Hommes Les Débats, 28 janvier-3 février 2004 La récente visite de trois jours du sous-secrétaire d’Etat américain Lorne Craner à Alger est inquiétante à plus d’un titre. Elle intervient en effet quasiment au lendemain du carnaval organisé par les redresseurs à El Aurassi, au cours duquel le nom de Abdelaziz Bouteflika a été scandé pendant plus d’une demi-heure et trois jours après la conférence de presse tenue par cinq patrons des titres à plus fort tirage du pays pour dénoncer un harcèlement qui est effectivement en train de prendre des allures tout simplement caricaturales. La coïncidence est troublante entre tous ces faits qui ont donné l’occasion au sous-fifre américain de se poser en espèce d’arbitre suprême du jeu politique algérien à travers la remise en cause de pratiques certes condamnables, mais qui ne sont ni le fait du président de la République ni celui de l’Etat algérien en tant que tel. De pareils dérapages existent dans tous les pays du monde, y compris les plus démocratiques d’entre eux. Des organisations de type fasciste, comme l’American Riffle Association, se réunissent chaque jour aux USA en militant pour les objectifs les plus condamnables et en affichant ouvertement leur attachement politique au clan Bush sans que personne songe un seul instant à affirmer que c’est le Président Bush qui est l’instigateur de pareilles activités. Quant au harcèlement dont ont été victimes les journalistes américains et anglais hostiles à l’invasion de l’Irak, s’il n’était pas directement judiciaire, il était plus sournois et en tout cas plus grave puisqu’il s’est soldé par leur licenciement pur et simple. Aussi la célérité avec laquelle Lorne Craner vient tirer des conclusions politiques d’une extrême gravité et s’immiscer aussi brutalement dans le débat politique algéro-algérien donnerait presque à penser que les Américains sont en train de mijoter pour notre pays un scénario qui ne s’éloigne pas beaucoup de celui qu’ils ont mis en œuvre dans la plupart des anciennes démocraties populaires. Cela est d’autant plus probable qu’à l’origine des deux graves dérapages institutionnels qui permettent aujourd’hui à l’envoyé de Colin Powell de donner de la voix contre l’Etat algérien, il y a étrangement le même homme qui de par ses précédentes fonctions a toujours eu d’excellentes relations avec l’Administration américaine. La question qui peut se poser alors est celle de savoir comment il se fait que l’administration US soit ainsi en train de changer de ton avec l’Etat algérien, alors que tous les observateurs s’accordaient à dire que les relations entre le Président Bush et le Président Bouteflika étaient au top. La réponse vient de ce que les Américains n’ont pas et ne veulent pas de partenaires. Ils ne traitent qu’avec des valets, et sitôt qu’ils ont eu la conviction que Abdelaziz Bouteflika n’était pas et ne serait jamais leur valet, ils sont restés attentifs à tout ce qui pourrait faire évoluer la situation en Algérie en leur faveur. Cette démarche est confortée par l’observation assidue de l’évolution des relations entre le Président algérien et le Président Jacques Chirac. Les deux dernières visites de Bouteflika à Paris ont ainsi été perçues par les services de renseignements et la diplomatie américaine comme le signe d’un important fléchissement de l’attitude française en faveur de ce dernier. Les autorités françaises ayant incontestablement opéré un recentrage stratégique qui, s’il n’est pas encore totalement acquis à Abdelaziz Bouteflika, ne lui est en tout cas plus aussi hostile. L’affaire du voile islamique en France et l’application projetée d’une nouvelle loi y renforçant la laïcité ayant fait comprendre à Jacques Chirac qu’il n’aurait qu’un seul allié sérieux dans son combat, le Président algérien. Ce rapprochement algéro-français, par ailleurs tout à fait inespéré pour Abdelaziz Bouteflika, ne pouvait que provoquer la réaction américaine que nous sommes en train d’observer depuis quelques mois déjà. Une réaction qui ne nous ferait pas peur outre mesure, tout comme de précédentes pressions contre l’Etat algérien en faveur du FIS dissous durant les années de feu ne nous ont pas fait peur, sauf que là le cheval de Troie des Américains n’est pas un mouvement insurrectionnel violent et rétrograde mais un groupe de onze nouveaux convertis à la démocratie et un cartel médiatique chauffé à blanc. C’est dire que la menace est sérieuse. Au point que le président de la République se doit à présent de réagir de la façon la plus énergique qui soit pour éloigner de lui tous ceux qui, à un degré ou à un autre, se drapent de sa légitimité pour porter les coups les plus durs à la légalité constitutionnelle et offrir ainsi des prétextes en or aux immixtions américaines. En d’autres termes, il doit se débarrasser des hommes de destruction massive (HDM) qu’il connaît parfaitement par ailleurs et qui sont en train de le détruire tout en détruisant l’Algérie tout entière. A. M.
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www.algeria-watch.org
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