À propos des contacts Aït Ahmed-Général Toufik

Le mystérieux démenti du ministère de la Défense

El Watan, 15 avril 2004

Une intéressante polémique vient d’éclater entre le FFS et le commandement de l’armée. Djoudi Mammeri, premier secrétaire du FFS, a, lors d’une conférence de presse mardi, parlé de «contacts» entre le général major Mohamed Mediène, dit Tewfik, chef du Département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-sécurité militaire) et Hocine Aït Ahmed, président du FFS.

Des contacts liés à une éventuelle participation à l’élection présidentielle du 8 avril. «C’est grâce à la vigilance et l’expérience d’Aït Ahmed que le FFS a pu éviter le piège, qui lui a été tendu par le général Tewfik et les experts en manipulations», a déclaré Djoudi Mammeri, repris par la presse. La réaction de l’armée ne s’est pas faite attendre. D’habitude lorsqu’il s’agit du chef du DRS, le silence est maître des lieux. Ce n’est pas le cas cette fois-ci. Quelque chose a-t-il changé ? Le ministère de la Défense nationale (MDN), par le biais d’un communiqué repris par l’APS (cette agence officielle du service public n’a pas assuré la couverture de la conférence de presse du FFS), qualifie les informations de Djoudi Mammeri d’allégations. «Ces affirmations rapportées par les médias nationaux (...)remettent en cause explicitement la neutralité de l’Armée nationale populaire», est-il souligné. La surprise vient du FFS lui-même. «Je tiens à démentir de la manière la plus formelle toute rencontre, tout projet de rencontre ou autre deal, attribué à notre président M. Hocine Aït Ahmed, avec quelque responsable ou décideur que ce soit», écrit le premier secrétaire du parti dans un communiqué rendu public hier. Les journaux ont-ils inventé les propos de Djoudi Mammeri ? Mystère ! Contacté, un responsable du parti a précisé qu’il est dans les traditions du FFS de tenir informée l’opinion publique sur les rencontres ou les contacts politiques. «L’opacité n’est pas une pratique au FFS», a-t-il déclaré. Selon lui, il s’agit d’une mauvaise formulation, «mais, je tiens à démentir que nous n’avons eu aucun contact avec des décideurs militaires ou civils», a-t-il indiqué. Difficile d’en savoir plus sur cette drôle de polémique. S’il n’y avait eu aucun contact avec le chef du DRS, qui, comme chacun le sait, n’apparaît jamais en public, même en 2004, pourquoi Djoudi Mammeri s’est-il permis ce commentaire : «Les candidats à la présidentielle ont accepté de jouer ce scénario de Tewfik, qui leur a fait croire que le scrutin sera neutre et transparent, alors que le FFS dit bravo à Tewfik, qui a pu berner autant de candidats et d’intellectuels». Le MDN a, dans son communiqué d’hier, rappelé les déclarations du général de corps d’armée Mohamed Lamari faites à la revue El Djeïch sur «la position» de l’ANP à propos de la présidentielle. Il s’agit de la première réaction «officielle» de l’armée depuis le scrutin du 8 avril marqué, selon les candidats Ali Benflis et Saïd Sadi, d’une fraude massive en faveur d’Abdelaziz Bouteflika. «On ne peut être indifférent ni passif devant un scrutin d’une telle importance. Aussi nous préférons parler d’impartialité de l’ANP dans cette compétition(...) Je répète encore une fois que l’ANP est en dehors des compétitions électorales, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de candidat et qu’elle n’est contre aucun candidat», a déclaré le général Lamari à la revue El Djeïch (qui n’a pas de diffusion grand public) en mars 2004. Le chef d’état-major de l’armée avait, dans le même entretien, invité l’administration et la justice à être neutres. «La neutralité de l’armée n’aurait, en effet, pas de sens si elle ne se généralisait pas à toutes les autres institutions de la République, afin de ne pas entacher la crédibilité du scrutin», avait précisé le général. Depuis l’élection, le général Lamari n’a fait aucune déclaration par rapport aux résultats. Et, il y a de fortes chances qu’il n’en fasse pas. Pour les observateurs, l’armée n’a rien à dire à propos du scrutin. Comme elle n’a aucune opposition quant à la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. En langage plus simple : «Le moins mauvais des candidats» en 1999 (un chef militaire l’avait dit un jour dans les colonnes d’un journal) s’avère être le plus bon des postulants à la magistrature suprême en 2004. Et si ce tapage fait autour de Bouteflika et de sa gestion, imputable, semble-t-il, à un désaccord avec les généraux, n’était qu’un scénario — bien mauvais celui-là—pour crédibiliser le scrutin présidentiel ? Les généraux algériens, Tewfik, Lamari ou les autres, sont-ils de fervents défenseurs du changement et des libertés ? Autant de questions que l’opinion nationale se pose aujourd’hui que le statu quo est devenu une culture. Le FFS avait, en appelant au boycott «actif et massif» de la présidentielle, de «processus de consolidation de la dictature par la relégitimation des institutions préfabriquées». Cette analyse est-elle fausse ?«Toute personnalité politique investie de prérogatives de président de la République qui compte toucher à l'ordre républicain, remettre en cause le pluralisme politique, tenter un réaménagement constitutionnel à la mesure de sa personne ou mépriser la société et le peuple trouvera devant elle l'armée», a averti le général Lamari dans les colonnes du quotidien Le Matin. Ces déclarations sont-elles vraies ?

Par Fayçal Métaoui

 

   
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