LES CANDIDATS CONTESTENT LE SCRUTIN

Après le choc, le rejet des résultats

El Watan, 10 avril 2004

Surpris» par les résultats du scrutin présidentiel, le candidat d’El Islah, Abdallah Djaballah, a dénoncé hier la «fraude» qualifiée d’ «intelligente et sans traces». Il a annoncé que dans le cadre de son alliance avec Ali Benflis et Saïd Sadi, un communiqué commun sera rendu public pour «rejeter» les résultats du scrutin et appeler à «des actions pacifiques» contre ce qu’ils ont appelé «le hold-up de la volonté populaire».

Il a exclu toute action de rue en disant : «Nous refusons de pousser à l’anarchie ou à des dérapages dont l’Algérie n’a pas besoin. Le peuple a suffisamment souffert. Le combat pour la démocratie se poursuivra politiquement tant que cette élite embusquée dans l’administration refuse toujours le changement et persiste à confisquer les voix du peuple.» Invité à donner plus d’informations sur les accusations de fraude avancées, Abdallah Djaballah a répondu : «La méthode utilisée pour frauder ne laisse pas de trace. Les dépassements constatés peuvent influer sur les résultats (...). Le vote a été fermé lorsque le ministre de l’Intérieur a annoncé le nombre d'électeurs, qui est passé subitement de 17 millions à 18,9 millions. Nous savons qu’il existe au moins 3 millions d’électeurs de plus qui ont voté dans plusieurs bureaux de vote avec une seule carte.
« Fraude sans trace»
Nous avons intercepté à Hydra 18 cartes vierges, alors qu’au moins 17 000 bureaux de vote n’avaient qu’un seul représentant des candidats. Finalement, ceux qui avaient affirmé que le jeu de l’élection était fermé ne se sont pas trompés. Nous y avions cru…». Le candidat d’El Islah s’est dit «étonné» que dans sa commune natale El Harrouch, à Skikda, ou à Tiaret, M’sila et Annaba, «où j’ai fait le plein dans les salles lors de la campagne électorale, je n’ai pas eu beaucoup de voix...». Il a «rejeté» le score qu’il a eu en s’interrogeant : «Comment pourrais-je l’accepter quand je sais qu’en 1999 je me suis présenté en tant que candidat libre et que durant la campagne je n’ai visité que quelques wilayas vu les maigres moyens en ma possession alors, j’ai eu le même résultat, et ce, après mon retrait avec les autres candidats ? Il est impossible que dans des communes où El Islah a plusieurs élus, il n’enregistre aucune voix...» Des interrogations qui reposent également, a-t-il précisé, sur des informations «obtenues des différentes permanences électorales, y compris de Bouteflika, et qui le classaient jusqu’à hier à 10 h en deuxième position, après Bouteflika, avec un taux de 15 à 20 % de suffrages». Abdallah Djaballah n’a pu donner le nombre de recours introduits auprès du Conseil constitutionnel, préférant parler de «déclaration politique» rejetant le résultat de l'élection. Selon lui, «nous ne pouvons pas apporter les preuves parce que ceux qui ont fraudé son des génies du hold-up des voix».
Actions à entreprendre
La veille, au moment où l’information sur la tenue d’un rassemblement à la place du 1er Mai, à Alger faisait le tour de la cité, Abdallah Djaballah avait reçu dans son bureau les candidats Ali Benflis et Saïd Sadi pendant plus d’une heure. La discussion a tourné autour de l’appel à des actions de rue, selon des proches de Djaballah, mais celui-ci aurait refusé. Ce qui explique la mine abattue affichée par ses deux alliés à leur sortie de l’immeuble aux environs de minuit, refusant toute déclaration à la presse.
Abdallah Djaballah a néanmoins affirmé avoir «fait mon possible pour faire prendre conscience à la population la nécessité du changement. Le scrutin a été entaché de fraude intelligente, le combat pour la démocratie reste encore très long et très dur...».

Par Salima Tlemçani

 

   
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