| |
|
MAINTENANT
QU’IL A ÉTÉ PLÉBISCITÉ
Ce
que changera Bouteflika dans la République
L'Expression, 11 avril 2004
Le président de la République s’attaquera à ce
qu’il n’avait pu réaliser lors de son premier quinquennat,
faute de majorité confortable.
Réélu à très forte majorité, le chef
de l’Etat dispose désormais de la légitimité qui
lui faisait quelque peu défaut lors de sa première mandature.
Aussi, d’importants chantiers qui ne pouvaient être lancés
pour des raisons évidentes d’absence de conformité avec
les règles politiques qu’exigent de telles réalisations,
sont-ils prévus par Bouteflika, maintenant qu’il s’est
vu investir d’une confiance populaire sans précédent
dans l’histoire de l’Algérie indépendante.
Ces chantiers sont, bien entendu, en rapport direct avec l’édifice
institutionnel du pays. Evoquée à la veille de son élection à la
magistrature suprême en avril 1999, la proposition d’un référendum
pour une nouvelle Constitution, revient sur les tablettes du président.
La dernière intervention de Bouteflika sur le sujet a été à l’occasion
de l’émission «Baramidj» où il a réitéré sa
conviction que l’actuelle loi suprême de la nation est dépassée
par les événements. Durant toute sa campagne électorale,
le chef de l’Etat n’a pas abordé frontalement la question,
mais il est clair que sa seconde mandature a toutes les chances de déboucher
sur «la nouvelle République». Et pour cause, le chèque
en blanc que lui ont signé plus de 8 millions d’électeurs,
l’autorise à agir profondément sur le système
politique algérien. C’est ainsi que de nombreux observateurs
s’attendent à ce que Bouteflika soumette, sous peu, une
nouvelle Constitution à l’appréciation du peuple.
Elle sera de type présidentiel, accordant de larges prérogatives
au chef de l’Etat et donnant au pouvoir législatif un rôle
mineur. Le changement prévu au sein de la loi suprême de
la nation sera l’occasion d’en finir avec la chambre haute
du parlement, dont le président de la République dit n’y
voir aucune utilité. Placé pour faire face à un éventuel
raz-de-marée intégriste, le sénat perd, en effet,
toute sa signification en ces temps de réconciliation nationale
et après le retrait définitif de l’armée de
la scène politique.
Plus important qu’il n’y paraît en réalité,
un profond amendement de la Constitution s’impose pour permettre à la
réforme des structures de l’Etat de prendre forme. Plus
encore, une nouvelle Constitution donnerait toute latitude à Bouteflika
d’y intégrer tamazight comme langue officielle. Ainsi, Bouteflika
fera d’une pierre trois coups, voire quatre coups puisqu’une
telle éventualité lui donnera l’occasion de se réconcilier
avec la région de Kabylie, qui «votera des deux mains» en
faveur d’un tel amendement, synonyme de la fin d’un calvaire
qui aura duré trois longues années, mais surtout de l’aboutissement
d’un combat de plus de quatre décennies.
Cela étant, on impute au président de la République,
en plus de son penchant pour une Constitution présidentielle,
une intention de créer un nouveau poste, celui de vice-président à l’image
de ce qui se pratique aux Etats-Unis. Une fonction-clé qui, dit-on,
sert à mettre en selle des présidentiables en puissance.
En fait on s’attend à un grand chamboulement de l’édifice
institutionnel algérien avec, en prime, la naissance d’une
nouvelle République qui consacrerait définitivement l’appartenance
civilisationnelle de la société algérienne. Un acte
qui se voudrait le premier pas vers une réconciliation nationale
véritable. A côté de cet immense chantier auquel
le chef de l’Etat va s’atteler, il est également attendu
des décisions politiques importantes, aux fins de confirmer le
pouvoir que lui ont accordé les Algériens. La dissolution
de l’APN est ainsi évoquée dans certains cercles
d’initiés, l’objectif étant d’homogénéiser
la composante humaine qui a fait campagne pour Bouteflika sur la base
d’une alliance stratégique. Il s’agit en fait de profiter
de cet élan approbateur en faveur du chef de l’Etat pour
s’adjuger le pouvoir législatif et local. Les mêmes
sources révèlent également que la nouvelle APN ne
naîtra qu’après l’adoption par l’assemblée
sortante des codes de commune et de wilaya, eux aussi, partie intégrante
de la démarche présidentielle pour la réforme des
structures de l’Etat. Ainsi, sitôt investi pour un deuxième
mandat, le président de la République s’attaquera à ce
qu’il n’avait pu réaliser lors de son premier quinquennat,
faute de majorité confortable.
Mourad SID-ALI
|
|
|