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Amertume et inquiétude dans le camp d'Ali Benflis, candidat du FLN, qui était également persuadé de bénéficier du soutien des généraux. Par Florence
Aubenas, Alger envoyée spéciale, Libératio,
10 avril 2004 A l'état-major de Benflis, la télé est branchée sur l'annonce des résultats. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, fait durer le suspense. Dans l'assistance, un cadre du FLN veut encore y croire. Calme sa voisine : «On aura au moins un deuxième tour.» ça y est, ça tombe. Bouteflika : 83,7 %. Pas un mot. Puis on parle de fraude massive. De recours à déposer. «C'est l'humiliation.» Brouhaha de panique. A toute élection, n'importe quel gamin peut désigner les yeux fermés les candidats chargés de faire de la figuration et celui que les décideurs militaires ont adoubé. Or, pour la première fois, «le système avait aligné deux chevaux, Bouteflika et Benflis, explique un fin connaisseur du sérail. Chacun était persuadé d'être l'élu des militaires.» La campagne s'est, du coup, déchaînée, en pamphlets, en écrits, déchirant un milieu jusque-là soudé par ses privilèges et sa proximité du pouvoir. Vendredi, chez les perdants, on sentait monter les premiers regrets. Un brouhaha de panique chez ces habitués aux bonnes grâces. «La vengeance de Bouteflika va être terrible, dit un cadre. Je vais peut-être aller quelques mois me faire oublier à Paris.» Depuis six mois, il avait régulièrement en ligne «un colonel qui nous promettait tout». Son portable ne répond plus. Benflis arrive. Une femme en pleurs se précipite sur lui. Abda Hadda possède et dirige le quotidien El Fadj : «On s'était engagés à fond. Et on nous lâche de partout.» A commencer par «le peuple», cette société de «corrompus qui s'est laissé acheter par Bouteflika». Des incapables. Des analphabètes. «On ne peut jamais leur faire confiance : déjà, ils avaient voté FIS en 1991», martèle un apparatchik. «L'armée avait promis qu'elle interviendrait en cas de fraude généralisée, dit une magistrate. Sans bain de sang bien sûr.» En 1991 déjà, elle avait soutenu l'annulation des élections par les militaires, qui avait provoqué une guerre civile qui a fait de 150 000 à 200 000 morts. Abda Hadda aussi. «On a toujours été avec eux. Alors, qu'ils se démerdent comme ils veulent, mais qu'ils nous enlèvent Bouteflika.» «Le message est clair.» La veille, dans la nuit, un appel à une «marche
pacifique spontanée» avait été lancé depuis
le QG de Benflis. Vers 23 heures, une centaine de personnes, en tailleur
et cravate, se retrouvent place du 1er-Mai devant un impressionnant cordon
policier. Ça matraque tout de suite. «Le message est clair»,
dit un membre de cette nouvelle opposition. Il remonte dans sa Mercedes.
Un groupe de jeunes surgit. Ils allument des pétards, pulvérisent
du Flytox pour l'incendier. Hurlent «Vive Bouteflika !».
Les premières voitures du candidat victorieux passent en klaxonnant.
Le groupe se met à crier «Ulac smah l'vote» «pas
de vote» , slogan appelant au boycott en Kabylie. Puis «Vive
Mouloudia !», un club de foot. L'un sniffe de la colle. L'autre
tape dans un ballon. Ils entourent la petite dizaine de manifestants.
A nouveau «Vive Bouteflika !». Les autres finissent par s'en
aller. Ont voté. A savoir samedi 10 avril 2004 (Liberation - 06:00)
Le score d'Abdelaziz Bouteflika au premier tour de la présidentielle algérienne. Ali Benflis a recueilli 7,93 % des voix, Abdallah Djaballah 4,84 %, Saïd Sadi 1,93 %, Louisa Hanoune 1,16 % et Ali Fawzi Rebaïne 0,64 %. Ailleurs dans le monde, des suffrages qui laissent rêveur Corée du Nord Kim Jong-Il élu en 1997 à l'unanimité. Guinée Le 21 décembre 2003, le président Conté est réélu à 95,63 %. Ouzbékistan Islam Karimov réélu avec 91,9 % des voix le 9 janvier 2000. Tunisie En 1999, Ben Ali est réélu avec près de 100 % des voix... Turkménistan Saparmourad Niazov, président par référendum en 1990 (98,3 % des voix), en 1992 (99,5 %) et en 1994 (99,9 %). Depuis 1999, président à vie. France Chirac recueille 82,03 % des voix en 2002.
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www.algeria-watch.org
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