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CONJONCTURE Le premier acte politique El Watan, 10 avril 2004 En attendant la validation des résultats par le Conseil constitutionnel, une opération qui se révèle être de pure forme quels que soient les recours que les candidats auront à introduire, la question se pose d’ores et déjà de savoir ce que va faire Bouteflika dans les prochaines semaines et mois pour conforter son succès électoral et transformer la majorité partisane qui a soutenu sa candidature en majorité politique et parlementaire. L’un des premiers actes politiques que Bouteflika sera amené à faire c’est, selon toute logique, de dissoudre l’Assemblée populaire nationale. Le Parlement en place, majoritairement dominé par le FLN dont l’implosion a rendu le soutien à Bouteflika hypothétique et aléatoire, est devenu de fait politiquement caduc. Auréolé par sa victoire électorale, de surcroît à une majorité plus que confortable qui s’apparente à un plébiscite que ne reconnaissent pas les autres candidats à l’exception de Louiza Hanoune, Bouteflika pourrait en effet être tenté d’aller très vite pour bonifier le résultat enregistré en se donnant une majorité parlementaire. Le risque politique d’une telle démarche n’est cependant pas à écarter. Il est établi que l’enjeu d’une élection présidentielle est différent de celui des législatives. On ne vote pas pour un candidat à la magistrature suprême comme on vote pour des députés parrainés par des listes de partis ou d’indépendants. Et de ce point de vue, Bouteflika a des raisons de temporiser pour préparer les conditions politiques d’une telle opération autrement plus difficile à concrétiser et à mener à bon port que ne le fut pour lui l’élection présidentielle. Au-delà des contestations que son élection a soulevées auprès des autres candidats concurrents, et de la manière peu démocratique avec laquelle il a arraché un second mandat en orientant et en canalisant l’électorat en sa faveur plusieurs mois avant le scrutin, son élection il la doit d’abord plus à un mérite personnel qu’aux partis de l’alliance présidentielle lesquels , les élections législatives l’ont amplement démontré, ne comptent pas parmi les forces politiques les plus agissantes du pays. Si des élections législatives sont organisées immédiatement, dans la foulée de l’élection présidentielle, il n’est pas évident que les voix que pourraient engranger le RND, le MSP et les redresseurs du FLN qui n’est pas politiquement structuré et dont on ignore, par conséquent, quel est son véritable poids politique, soient suffisamment importantes pour construire une majorité parlementaire. Il est en effet politiquement suicidaire pour Bouteflika d’aller à des élections législatives anticipées en comptant sur ces seules forces politiques qui ne pèsent pas grand- chose. Il sera contraint de rechercher d’autres alliances pour compenser le déficit de représentativité dont pèche l’alliance présidentielle. Autant il a pu jouer sur du velours pour se faire réélire en faisant campagne avec les moyens de l’Etat, achetant les voix des électeurs à coups de mesures populistes et électoralistes qu’il est vain de rappeler tant la liste est longue, autant la partie s’annonce difficile pour lui pour les législatives. On se rappelle tous de l’expérience malheureuse de la droite française. Enivré par sa victoire aux présidentielles, Chirac avait creusé le tombeau de la droite en organisant dans le sillage immédiat de l’élection présidentielle des élections législatives anticipées qui avaient, contre toute attente, donné la victoire aux socialistes. Un tel scénario n’est pas impossible si encore une fois la fraude n’est pas au rendez-vous. Les partis qui ont présenté des candidats à l’élection présidentielle du 8 avril et d’autres vont sans doute, c’est leur vocation, repartir à l’assaut du pouvoir pour les futures batailles électorales. Pour l’opposition, l’expérience du scrutin de ce jeudi est hautement enrichissante au moins sur un plan : le système a ouvert les yeux aux forces politiques sur des facettes insoupçonnées jusqu’ici sur le mode d’emploi radical utilisé pour gagner cette élection. Par S. Bensalem
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