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ELECTION PRESIDENTIELLE CONTESTEE DE ABDELAZIZ BOUTEFLIKA Forte abstention et multiples dépassements El Watan, 9 avril 2004 La journée de ce 8 avril fut longue, d’aucuns diront que c’étaient le jour et la nuit. Le jour pour l’ouverture des bureaux de vote et la nuit des longs gourdins lors de la manifestation réprimée à la place 1er Mai. Les matins de vote habituellement ronronnants à Alger furent cette fois bousculés par une affluence plus forte. Les Algériens votent, comme ils l’ont toujours fait, sereinement et avec bonhomie. A 9 h 30, le taux de participation est connu : 18,44 %. La hausse par rapport aux scrutins de 1995 et de 1999 est confirmée. L’annonce est largement relayée par les médias lourds, les opposants à l’abstention croisent les bras. «C’est bien parti !», affirment-ils. La Kabylie n’a pas voté ou très peu. A Tizi Rached et à Fréha, l’ambiance est électrique, des heurts éclatent et les centres de vote sont pratiquement inaccessibles. Tendance confirmée à la mi-journée où le scrutin arrive à peine au seuil des 10% dans ces deux villes. Le taux national est, lui, de 33,35% à 13h. 16 h, la tendance est au reflux, la barre fatidique des 50% n’est pas encore franchie, le déclic tant attendu n’a pas eu lieu. Les Algériens ne rééditeront pas l’élection de 1995. Comme prévu, le wali d’Alger prolonge le scrutin d’une heure. A 20 h, le dépouillement commence : 57,78% d’électeurs se sont prononcés, un taux très faible pour un enjeu aussi important. Quelques minutes plus tard, une rumeur circule : Bouteflika avait fait un raz de marée un peu partout dans le pays. Abasourdis, les partisans des autres candidats accusent le coup, un important dispositif de police est déployé aux abords des APC, de la wilaya et des grandes places d’Alger. Dès 21 h, la télévision laisse entendre que Bouteflika aurait franchi le cap des 50% dans l’ensemble du territoire, ce qui vient alimenter les suspicions des concurrents du président-candidat. Abdelkader Sallat, directeur de campagne de Ali Benflis, annonce qu’il y a eu fraude, notamment à Alger-Centre, où, selon lui «il y a eu un bourrage des urnes de l’ordre de 13 000 voix». 21 h 30, Ali Benflis n’est pas joignable, pourtant un mot d’ordre est lancé en son nom, celui de Abdallah Djaballah et de Saïd Sadi : «Marche pacifiste de la place du 1er Mai à la place des Martyrs». Une demi-heure plus tard, le dispositif de CNS s’épaissit, gourdins à la main, ils font face au groupe de journalistes et de curieux qui attendent l’arrivée des trois candidats. Soudain, à l’entrée du boulevard Belouizdad, un cordon de CNS encercle un groupe de personnes. Les torches des caméras de télévisions étrangères éclairent la zone où les coups pleuvent. Les reporters étrangers ont été, eux aussi, frappés et leur matériel détruit par des policiers en tenue et en civil. Des groupes de jeunes affluent vers les lieux, l’air décidé à en découdre, la peur s’installe. Dispersion puis regroupement de l’autre côté du ministère de la Jeunesse et des Sports. Là, c’est Abdelhak Brerhi qui est violemment pris à parti par la police. Une poignée de militants de l’UNJA se regroupe aux abords de la station de bus, des jeunes éméchés les attaquent à coups de pierres et de gros pétards, la manifestation se disperse. A Sidi Bel Abbès, des heurts éclatent au même moment près de la mouhafadha FLN entre partisans du président-candidat et ceux de Ali Benflis, des blessés sont enregistrés dans les deux camps. Pendant ce temps, l’ENTV consacre la victoire de Bouteflika dans la plupart des wilayas du pays avec des directs qui montrent une population en liesse. Par Akram Kharief
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