Election présidentielle en Algérie

Les vœux de Washington

par Aït-Chaâlal Mouloud , Le Jeune Indépendant, 28 octobre 2003

Les Etats-Unis ont les yeux rivés sur l’élection présidentielle prévue dans six mois.Le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé des Affaires de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, William Burns, le soutenait samedi dernier à Alger.

«La tenue d’une élection libre, juste et transparente au printemps prochain sera l’occasion importante vers la démocratie» estimait-il dans une conférence de presse.C’est la première fois que Washington s’exprime sur une élection présidentielle algérienne qui ne s’est pas encore déroulée avec autant d’intérêt, alors qu’auparavant elle se contentait, dans de rares occasions – et contrairement à l’Union européenne – de commenter, à travers des déclarations laconiques de son département d’Etat, les résultats des précédentes élections.

S’agit-il d’une ingérence dans les affaires internes du pays ou un simple souhait de voir enfin l’Algérie, un pays maghrébin, arabe et du sud de la Méditerranée, s’élever au rang des pays démocratiques ? En avril 1999, Washington avait regretté la tournure prise par l’élection, après le retrait des six candidats à la veille du scrutin présidentiel qui soupçonnaient une fraude massive au profit du candidat Bouteflika, soit sept ans après avoir dénoncé l’arrêt du processus électoral en 1992.

A l’évidence, les Etats-Unis souhaitent que le scénario ne se réédite pas dans un pays, devenu plus que jamais un partenaire important et une pièce maîtresse dans les schémas de la stratégie américaine en Afrique du Nord.L’ex-ambassadrice des Etats-Unis à Alger, Mme Janet Sanderson, affirmait que «L’Algérie est importante pour les Etats-Unis», ce qui renseignait sur la qualité des rapports entre les pays.

La coopération entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme international, depuis notamment les événements de septembre 2001, a scellé leur rapprochement tous azimuts qui s’étend désormais aux questions militaires.Autrefois, moins regardant sur la situation interne algérienne, les Etats-Unis considèrent l’Algérie – déclarations des responsables américains de haut niveau à l’appui – désormais comme le pays arabe le plus à même actuellement de faire avancer la démocratie et les droits de l’homme.

Richard Haas, chef de la Direction de l’élaboration de la politique étrangère au sein du département d’Etat, au Conseil des relations étrangères, perçoit l’Algérie comme un «noyau de la démocratie» des pays musulmans à condition qu’il parvienne à tenir des élections libres et fasse des progrès en matière de droits de l’homme.

Mais qu’est ce qui explique cet intérêt américain pour la présidentielle de 2004 ? Il est établi que les Etats-Unis se disent décidés à «promouvoir la démocratie» dans le monde musulman. Dès lors, pour pouvoir la vendre aux pays musulmans, il n’est pas exclu que les Etats-Unis s’attendent à un coup de pouce de l’Algérie , un pays musulman «ami».

La tenue d’une élection libre et régulière en 2004 en Algérie conforterait la thèse américaine selon laquelle la démocratie est viable dans les pays musulmans. Les Etats-Unis qui promettent de faire de l’Irak, le pays qu’ils occupent en dépit d’une dénonciation internationale, un exemple de démocratie dans le monde arabe, ne cessent d’appeler à des réformes politiques dans plusieurs pays, notamment l’Arabie saoudite.

Les élections algériennes constituent, par conséquent, un pari pour Washington mais il reste à savoir, si les vœux américains seront entendus à Alger.A.C.M.

 

 
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