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ZERHOUNI
SOUMET L’ACTIVITE POLITIQUE A DE FORTES
RESTRICTIONS
La
stratégie du tout-préventif
L'Expression,
28 décembre 2003 Le tout est que
la campagne électorale de l’actuel président
de la République se fasse sans encombres.
A moins de quatre
mois de l’élection présidentielle
d’avril 2004, le ministère de l’Intérieur semble
privilégier une stratégie basée sur le «tout-préventif»,
c’est-à-dire l’exclusion hors cadre légal de
toute action politique de nature à perturber la tenue du scrutin
dans les meilleures conditions possibles.
De fait, les anciens leaders de l’ex-FIS, notamment Ali Benhadj
et Ali Djeddi, considérés comme «activistes islamistes
hautement dangereux», les repentis du GIA, les trévistes
de l’AIS et de la Lidd, les anciens meneurs du parti dissous et
même les associations islamistes caritatives sont soumis à des
restrictions draconiennes.
L’approche de l’élection présidentielle n’est
pas le seul motif de ces interdictions, mais risque d’en réduire
encore plus les espaces de mouvement, déjà très
minces.
La stratégie du «tout-sécuritaire», qui n’a
pas complètement disparu des moeurs politiques des responsables
de la sécurité intérieure, est à chaque fois
reconduite sous le prétexte que la menace terroriste n’a
pas complètement disparu.
Cette stratégie, lors d’enjeux politiques et électoraux
trop importants, porte le qualificatif de «tout-préventif» et
tend à l’exclusion pure et simple de toute action jugée
suspecte.
En fait, nous sommes en face d’un vaste fourre-tout à la
Prévert qui permet aux autorités d’éliminer
quiconque peut ne pas représenter à leurs yeux une «alternative
intéressante». C’est par ce procédé,
par trop judicieux et fallacieux que le défunt cheikh Mahfoud
Nahnah avait été éliminé de la course à la
présidentielle d’avril 1999.
Or, attention, il n’y a pas que les partis islamistes et les activistes
qui seront touchés par ces restrictions, ceux-ci étant,
pour la plupart déjà «hors circuit».
D’autres mouvements, associations et partis peuvent en faire les
frais, pour peu que leur activisme militant ne s’inscrive pas dans
une «ligne tolérable».
A peine tolérés, des partis comme El-Islah, nouveau chef
de file de «l’islamisme radical soft», ou le FFS, dont
l’obstructionnisme politique met les autorités mal à l’aise,
risquent eux aussi d’être pénalisés à la
moindre dérive dans l’action. Le plus court chemin à ces
pénalités est toujours le même : pousser le parti
lui-même vers la porte de sortie, l’exclusion, l’abstention
et le retrait. Le tout est de savoir ce qui peut, de manière directe,
délibérée ou sous-tendue et suggérée,
constituer un motif assez fort pour mener le parti ciblé vers
la porte de sortie.
Les «libertés tolérables» sont le nouveau joujou
d’une «démocratie dirigée», car personne,
entendons-nous bien, ne peut prétendre aujourd’hui que les
espaces de liberté ont gagné de nouveaux empans sur l’autoritarisme
et les restrictions ambiantes, même si la façade est à ce
point fardée pour faire croire le contraire.
Les marches et les manifestations restent interdites dans la capitale
et les grandes villes, les réunions et conférences minutieusement étudiées
et rigoureusement contrôlées, et chaque action, pour peu
qu’on ne maîtrise pas ses débouchés, peut être
interdite. «Plus de sécurité intérieure et
moins de libertés», voilà, on a mené un tout-préventif
qui aura permis aux cercles de décision de faire croire aux 32
millions d’Algériens que cette équation est équitable.
Fayçal OUKACI
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