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Manifeste pour l’Algérie Par Dr Ahmed Benbitour El Watan, 25 décembre 2003 Prologue Le présent Manifeste émane d’un Algérien,
solidaire de ses concitoyens, spirituellement et culturellement enracinés
dans l’ensemble des legs de leur pays, politiquement révoltés
et socialement attristés par les pratiques réductrices
et irresponsables contre leur patrie, scandalisés par l’effusion
du sang de leurs compatriotes et l’effroyable exploitation de nos
morts, peinés par l’appauvrissement d’un peuple dans
un pays à grandes richesses, hélas ! gangrené par
la corruption, résolument attachés à l’avenir, à la
modernité et aux valeurs universelles hautement humaines et civilisatrices.
De cet Algérien s’est lancé un cri et un appel, il
y a juste quelques semaines. Un appel aux volontés créatrices.
Un appel au bon sens et à la rationalité, à la synergie
et à la bonne gouvernance, au dépassement des individualismes
et à la construction d’un Etat, d’une nation et d’un
avenir prospère. I – Pourquoi ce Manifeste ? Cette modeste entreprise
se veut une idée, une vision et un projet
pour une Algérie du XXIe siècle. Une Algérie plurielle,
démocratique, intelligente, réellement souveraine, car
non dépendante et géostratégiquement incontournable
devant la déferlante globalisation. Le Manifeste que je vous propose
de lire, de débattre, de critiquer et de repenser ne se veut point
un programme dissimulant une quelconque ambition politicienne démesurée,
mais plutôt une action d’aiguillage et/ou un tableau de bord
pour l’avion-Algérie longtemps cloué au sol, afin
de lui permettre, cette fois-ci, une véritable opération
de décollage. Pour que le bateau à nous tous ne s’échoue
plus et que l’avion décolle, il faut que la mécanique
se transforme en dynamique et que les équipages soient hautement
qualifiés et suffisamment outillés techniquement, intellectuellement
et avant tout moralement ! Le Manifeste pour l’Algérie s’adresse à toutes
les Algériennes et à tous les Algériens, à l’intérieur
comme à l’extérieur, conscients de la gravité de
la situation. II - Les partenaires du Manifeste Le Manifeste pour
l’Algérie s’adresse à tous
les Algériens et Algériennes, à la jeunesse et à toutes
les forces agissantes ainsi qu’aux différents acteurs de
la crise ou ceux qui la subissent. Il interpelle en eux la pulsion de
la vie et non celle de la mort collective, l’amour qu’ils
portent, tout un chacun à sa façon, au pays et non la haine
hérétique contre leurs semblables nés dans un même
ventre, celui de notre mère commune : l’Algérie. 1. Les partis politiques Tant bien que mal, nos partis politiques essaient, depuis la constitutionnalité et la légalisation de l’action politique en 1989, de forger l’idée démocratique et de repousser toutes les tentatives de remise en cause du processus payé du sang et de l’engagement de jeunes et de militants ayant définitivement rejeté le régime et ses symboles. Sans curseur, sans boussole et sans aucune volonté d’installer le pays dans une transition démocratique sereine, le pouvoir a, de tout temps, tenté d’impliquer toute la société avec ses partis politiques et ses organisations, aussi divergents soient-ils, dans sa culture de l’échec. Le compte à rebours a déjà commencé. La vie partisane et avec elle la démocratie, si elles ne sont pas secourues, défendues et protégées, verront le même sort que celui des institutions, des cadres et des entreprises. L’Algérie, effritée et paralysée, ne pourra plus supporter cinq longues années encore, après l’enterrement de la presse indépendante et les partis d’opposition, sous l’imposture, l’inaptitude, l’injustice et l’irresponsabilité d’un projet de « monarque absolu ». Cessons les faux débats ! Arrêtons d’attendre que le changement vienne d’ailleurs et unissons-nous autour d’une concertation partagée et agissons ensemble pour le statut de notre pays et des générations à venir ! Alors une communication et un dialogue politique interpartisans sont plus qu’urgents. Un front patriotique unifié pour une véritable transition démocratique est à bâtir, car l’avenir du pays est réellement en danger ! 2. L’institution militaire Née avant la naissance de l’Etat-nation, notre institution
militaire (ALN puis ANP) ne s’est jamais limitée, comme
partout ailleurs en période de guerres et de conflits, à ses
propres attributions de libération ou de défense du territoire
national. Elle a toujours été acteur politique, groupe
d’influence, centre de décisions, laboratoire des grands
choix. De par sa nature organisée, hiérarchisée
et disciplinée, cette institution a été « le
père» protecteur dans l’imaginaire collectif. Mais
son évolution face aux nouveaux enjeux politique et économique,
face aux métamorphoses intervenues dans la société et à l’échelle
internationale l’a placée, sans préparation adéquate,
devant une montagne de crises et de revendications, voire responsabilisée
directement dans ce qui s’est passé jusqu’à cet
instant. Son image révolutionnaire et postindépendance
a changé. Son contenu et son rôle également. 3. La société civile Critiquer le pouvoir en place est devenu monnaie courante. Mais responsabiliser les différentes composantes de notre société n’est pas encore un discours accepté. Car la culture victimaire a pris le dessus sur le sens du devoir et de l’engagement. Nous sommes tous, chacun à son niveau et à son degré de conscience, indépendamment de la faillite morale et politique du régime, responsables du labyrinthe dans lequel nous nous trouvons actuellement. Par conséquent, nous considérons que le temps est venu pour que cette société civile s’organise, se définisse une place et des tâches permanentes et devenir une source de visions et de programmes alternatifs. Dans une société tendant vers le changement, il n’est d’autres moyens que de permettre l’émergence de toutes les élites à condition qu’elles jouent réellement leur rôle d’éclairement et de contre-pouvoir. Seule la presse indépendante continue à jouer multiples rôles : d’information, d’opposition, de partis politiques, de société civile et de clans., et ce, en l’absence totale de règles, de codes et d’objectifs stratégiques pour le pays. Ce qui génère au quotidien une somme d’affrontements et de conflits contre ce grand acquis démocratique que la «caste» veut faire taire ou corrompre. Dans la vision que nous développons à travers ce Manifeste, nous considérons que la liberté d’expression, l’ouverture des médias lourds, en tant que service public, à toute la société dans ses contradictions et ses différences sont en soi une inscription sérieuse dans un processus de transition aussi bien politique qu’économique et culturelle. Que les professionnels de l’information et de la communication, les intellectuels, les syndicalistes et tous les autres acteurs, notamment les jeunes, se mobilisent contre absolutisme et perfidie et deviennent source de moralisation de la vie publique, d’alternance et de bonne gouvernance. 4. Les candidats à la magistrature suprême L’Algérie doit, certes, élire plus que jamais un
président de la République pour secourir le pays et le
mettre sur les rails. Mais à travers le choix d’un président,
elle fait appel à une large équipe composée de femmes
et d’hommes des plus compétents et des plus patriotes. Car
le patriotisme est également mesurable. En matière de gestion
de l’Etat, il n’est ni affaire liée au passé,
ni aux intentions, ni aux discours. Il est plutôt maîtrise,
clairvoyance et défense des intérêts de l’ensemble
du peuple. III - Les modalités du Manifeste A travers la philosophie
du présent Manifeste, se dégagent
quelques modalités pratiques pour lancer un véritable débat
national sur les démarches à suivre pour éviter
au pays les risques d’affrontements partisans, claniques ou régionalistes.
La crise est multidimensionnelle et sa résolution ne peut être
que multipolaire. Cette vision constitue, de notre point de vue, une
autre voie et une ouverture à d’autres choix et alternatives
permettant une possible sortie de l’impasse politique, économique
et sociétale dans laquelle se trouve acculé tout un peuple. Epilogue Depuis ce Manifeste, je m’engage pleinement à contribuer avec toutes les volontés créatrices de mon pays, sans exclusion et sans jugement de valeurs, dans l’élaboration et l’exécution de tout projet en mesure d’aider l’Algérie et son peuple à sortir de ses crises et leur éviter le chaos et l’éclatement. La société bouillonne, désespère et se démantèle. Sans perspectives et dans l’insécurité alimentaire, physique et politique, elle ne résistera pas plus que cela dans l’injustice, le terrorisme et le crime organisé, l’appauvrissement permanent et l’inculture de ses dirigeants. L’explosion est prévisible, prédictible, voire visible chaque jour que Dieu fait. Malgré cela, je considère que la sortie de crise est possible. Car notre pays recèle toutes les ressources humaines et naturelles lui permettant de devenir, dans une décennie, un Etat normal à économie florissante et un acteur géopolitique régional sans contestation. Pour conclure, j’insisterai sur notre responsabilité à tous devant notre peuple et le monde. Alors, brisons le silence, unissons nos forces et œuvrons tous ensemble en citoyens pour l’Algérie de nos martyrs d’hier et de nos enfants de demain. J’appelle les Algériennes et les Algériens, légitimement inquiets pour l’avenir de notre pays, à se mobiliser autour de cette initiative. Alors, en quelques mois, le souhaitable deviendra possible. L’histoire ne pardonnera pas à ceux qui ont vu venir le danger et ne l’ont pas endigué. Depuis ce Manifeste, je prie Dieu pour le bien de notre nation et je prends notre peuple à témoin ! Par Dr Ahmed Benbitour
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www.algeria-watch.org
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