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Eradication ou réconciliation Quelle issue pour la paix ?
Les actes terroristes se sont intensifiés ces dernières semaines alors que l’Algérie n’a pas encore pansé ses blessures du terrible séisme du 21 mai. Les attentats se succèdent et se ressemblent et s’intensifient dés qu’on pense qu’ils se tassent. Des dizaines de milliers de morts, un million de victimes indirectes et des milliards de dégâts sont à déplorer depuis l’arrêt du processus électoral et le coup de force de janvier 1992 dont de nombreux généraux acteurs à l’époque avaient revendiqué la paternité. Lors du colloque international sur le terrorisme (octobre 2002), le conseiller militaire du chef de l’Etat, le général Mohamed Touati, soutenait que «l’armée a souscrit clairement à l’arrêt du processus électoral en concert avec le gouvernement, ainsi qu’avec d’autres forces politiques et sociales». Mais pendant que les Algériens sont assassinés chaque jour par les hordes meurtrières, le vieux débat acharné entre dévots du tout-sécuritaire et partisans d’une réconciliation nationale reprend de plus belle, mais juste le temps de suspendre, comme à chaque fois, la vie des bergers et des petits fellahs des contrées isolées aux couteaux de leurs égorgeurs. Il a été enregistré plus de 500 morts depuis le début de l’année dont une centaine durant le mois dernier. Devant cette litanie des massacres, une question taraude l’esprit des Algériens : combien faudra-il encore de sang pour que l’Algérie distingue enfin le bout du tunnel ? Une question des plus légitimes lorsqu’on sait que l’Algérien est plus que jamais convaincu que la répression engendre la violence et assure l’avenir de ses commanditaires. A son arrivée aux commandes de l’Etat en avril 1999, Bouteflika avait promis de ramener la paix même si cela devait lui en coûter la vie. La concorde civile qu’il a ardemment défendue a fait descendre des maquis 6 000 combattants de l’Armée islamique du salut (AIS) mais sans pour autant qu’elle tourne la page du terrorisme. Cette loi, soutenue aussi bien par la classe politique que par le haut commandement militaire, se trouve dépassée, selon un sentiment largement répandu, car n’ayant pu résister devant la réalité du crime au quotidien. D’autant plus que trois ans après leur repentir, les anciens de l’AIS n’auraient même pas recouvré leurs droits garantis par ce texte et plébiscités par une écrasante majorité des Algériens, engendrant davantage de suspicions quant à la volonté de l’Etat de vouloir instaurer la paix. Conscient des limites de la concorde civile, Bouteflika avait envisagé d’élargir la loi amnistiante au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), estimant que cette organisation n’était pas coupable de crimes contre les civils. Mais depuis quelques mois, une partie des actions terroristes est attribuée au GSPC, y compris l’enlèvement des 31 touristes européens dans le sud du pays. Le GSPC et le GIA tuent encore, alors que les gouvernements successifs n’ont pu circonscrire le brasier qui consume, chaque année, des centaines de vies humaines. En dépit des moyens déployés, les forces de sécurité n’ont pu venir à bout des quelque 500 terroristes encore en activité dont une soixantaine appartenant au GIA, groupe qui s’acharne contre les civils, notamment au centre-ouest du pays. Face à cette intenable logique d’affrontements, beaucoup s’interrogent de savoir si l’Etat ne s’est pas trompé de thérapie pour endiguer le terrorisme. L’éradication défendue depuis le gouvernement de Rédha Malek en 1993 s’est heurtée à l’intransigeance des groupes armés. Les seuls résultats obtenus, pour faire taire les armes, l’ont été lorsque le pouvoir a engagé des négociations avec l’AIS. Nombreux sont ceux qui soutiennent qu’il faudrait désormais essayer l’option pacifique qui repose sur une solution politique globale. Pour ce faire, Bouteflika avait lancé l’idée d’une réconciliation nationale entre Algériens, par voie référendaire, qui supposerait une amnistie générale, la levée de l’état d’urgence, l’ouverture du champ politique et la refondation à terme des institutions de la République. Une idée à laquelle adhéreraient le FFS, le MSP, le MRN, Ennahda, mais désapprouvée par le camp dit démocratique et les néonationalistes du RND d’Ahmed Ouyahia, actuel chef du gouvernement qui ne s’embarrasse pas lorsqu’il est affublé du terme éradicateur. Pour ces derniers, la concorde civile a largement suffi et il n’est pas question de faire plus. Face à cette interminable guerre de tranchées entre les deux tendances, les Algériens attendent, quant à eux, qu’il soit fait appel à leur arbitrage pour choisir la voie qu’ils considèrent la plus sûre à même de les conduire vers une paix réelle. A.-C.M.
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www.algeria-watch.org
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