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PRESIDENTIELLE
2004
Les
islamistes fourbissent leurs armes
L'Expression
25 décembre 2003 La donne du FIS
dissous, importante s’il en est, risque de fausser
pas mal de calculs en bout de parcours.
Il est devenu évident, aux yeux des observateurs avertis, que
la mouvance islamiste, qui avait de sérieuses chances de peser
lourdement sur le prochain scrutin présidentiel à la faveur
du conflit larvé en train de réduire de l’influence
du FLN, y exercera une moindre influence depuis que ses principaux leaders
ont décidé d’y aller en rangs dispersés.
Djaballah, principale figure de la «vitrine officielle» de
la mouvance islamiste en Algérie, a franchement annoncé la
couleur en faisant cavalier seul depuis le début. Il a ainsi refusé de
signer un manifeste pour la suppression des bureaux spéciaux vieux
de près d’une année, signé par Ahmed Taleb
Ibrahimi, Ali Kafi, Ali-Yahia Abdennour et Rachid Benyellès. Il
devait, quelques mois plus tard, initier sa propre loi abondant dans
le même sens.
C’est également la même raison qui a dû pousser
Abdallah Djaballah à bouder la pétition nationale appelant à la
levée de l’état d’urgence alors qu’il
reste un partisan acharné de cette revendication et qu’il
a reçu de nombreuses invitations de la part des initiateurs du
document en question. Il est vrai qu’il était encouragé dans
sa démarche depuis qu’il a commencé à multiplier
les succès. L’interdiction d’importation des boissons
alcoolisées est en effet de son «cru». Ses parlementaires
ont su tirer un profit maximum des désaccords profonds existant
d’une part entre le RND et le FLN, et d’autre part au sein
même du groupe parlementaire de ce dernier. Nul doute, soulignent
finement des observateurs avertis, que «le cheikh », revenu
de loin depuis ses mésaventures avec le mouvement Nahda, se sent «grisé» par
des succès tout aussi inattendus que nombreux. Il a beau évoquer
des «alliances» dans ses discours récents, le fait
est que celles-ci ne devraient se faire jour qu’en cas d’extrême
nécessité, ou lors d’un second tour de plus en plus
probable, qui mettrait peut-être aux prises Bouteflika avec quelque
autre candidat de la mouvance islamiste. Celle-ci, dans sa façade
officielle, est également représentée par le MSP.
Un parti en perte de vitesse et dont le décès de Nahnah
ne semble pas avoir arrangé les affaires.
Le Mouvement de la société pour la paix, qui sait les portes
de l’opposition définitivement fermées devant lui
face à Djaballah et les leaders de l’ex-FIS, ne peut faire
autrement que de poursuivre dans sa démarche basée sur
l’entrisme, d’autant qu’elle a souvent porté ses
fruits. Les gens au fait de ce qui se passe dans les rangs de ce parti
prédisent un soutien sans faille à une seconde candidature
de Bouteflika comme le feront l’ensemble des membres de la coalition
gouvernementale, c’est-à-dire le mouvement de redressement
en plus du RND qui, lui, a été le premier à annoncer
vouloir rouler pour le «président-candidat». Face à ces
deux tendances diamétralement opposées représentant
le même mouvement, il existe plusieurs autres forces non «agréées» par
la loi. Ahmed-Taleb Ibrahimi, dont le parti n’a pas été agréé par
Zerhouni, aime à se définir de la mouvance «nationaliste-islamiste».
Sans doute n’en fallait-il pas plus aux observateurs et détracteurs
pour emboîter le pas au ministère de l’Intérieur
pour ranger Wafa et son leader dans le camp des islamistes purs et durs.
Il est vrai que l’homme, fils du second président de l’association
des Ulémas musulmans, jouit d’un crédit certain au
sein de l’élite électorale de l’ex-FIS. Un
vivier non négligeable pour un Taleb qui n’oublie pas qu’il
a récolté en 1999 plus d’un million de voix en dépit
de son retrait de la course électorale. Resté fidèle à ses
convictions, se battant seul contre ses «oppresseurs», Taleb
a dû gagner plus de crédit encore, jusqu’à constituer
actuellement l’un des plus sérieux candidats à la
présidence de la République. La donne du FIS, dans ce méli-mélo,
reste toutefois encore importante depuis que six de ses dirigeants ont
indiqué avoir leur mot à dire sur la question de la présidentielle.
Abassi Madani, qui sillonne le monde, attend de divulguer une initiative
de sortie de crise pas bien différente de la réconciliation
nationale si chère au coeur de Bouteflika. Quant à Ali
Benhadj, qui garde son aura intacte au sein de ce qui reste de l’électorat
de l’ex-FIS, force est de dire que le jour où il quittera
son mutisme, beaucoup de choses bougeront, voire changeront, au sein
de toute la mouvance islamiste. En pleine campagne électorale,
prédisent les observateurs, Benhadj pourra entrer en scène
sans grand risque de se faire priver de parole de la part d’un
pouvoir ayant tout intérêt à montrer « patte
blanche » afin que Bouteflika garde lui aussi toutes ses chances
de son côté.
Donne importante et incontournable s’il en est, la mouvance islamiste
promet de peser lourd sur l’échiquier électoral ainsi
que sur les résultats du prochain scrutin présidentiel.
Le fait qu’ils y aillent en rangs dispersés n’en change
pas les données fondamentales.
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