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Hadjar:
«J’ai négocié avec le général
Toufik»
L'Expression,
14 juin 2003
Abdelkader Hadjar
remet ça. Mais il semble, cette fois-ci, qu’il ait franchi
le Rubicon, de même que toutes les limites de la décence
et du bon sens dus tous deux aux citoyens. A l’en croire, en effet,
il serait une véritable lumière ignorée par tous,
mais non point par les plus hautes autorités du pays, à
commencer par le Président Bouteflika et le général
Toufik, qui ne feraient pas un seul pas sans le consulter, sans avoir
recours à ses conseils éclairés. Toutes ces déclarations
ont été faites au Forum du journal El-Khabar dans son édition
de jeudi.
C’est, en effet, la première fois dans l’histoire de
notre pays que le patron du DRS est cité, de manière aussi
formelle et précise, dans des questions politiques où il
n’est censé n’avoir aucun rôle à jouer.
Des sources politiques proches du FLN, particulièrement indignées
par cette dernière et scandaleuse sortie, soulignent qu’«au
moment où l’Armée confirme son retrait de la scène
politique, il en est, nostalgiques des temps des rentes politiques et
des parrainages tribaux, qui ne se rendent pas compte que leur temps est
révolu et que le meilleur service qu’ils pourraient rendre
au pays serait de se taire à tout jamais».
Hadjar, qui ne mesure sans doute pas la gravité ni la portée,
de ses propos, se permet même de parler au nom de ces hauts responsables,
notamment le général Toufik. Sans doute aveuglé par
sa haine pour la ligne moderniste suivie présentement par le FLN,
Hadjar ne se rend même pas compte des graves contradictions par
lui commises lorsqu’il accuse Benflis d’avoir réduit
la démocratie au sein du parti, tout en reconnaissant lui avoir
fomenté des coups de force et placé des gens à la
tête du FLN sans consulter le moins du monde sa base, de même
que les négociations qu’il aurait eues secrètement
avec les décideurs pour la nomination des ministres de ce parti
n’ont jamais été entérinées par les
militants qui, du reste, n’en ont jamais pris connaissance, si tant
est qu’elles aient eu lieu un jour.
Cet arabo-baâtiste, en abandon de son poste d’ambassadeur
à Téhéran, serait derrière presque toutes
les grandes décisions prises depuis le milieu des années
90. Il revendique, ainsi, à cor et à cri, le «coup
d’Etat scientifique» qui a vu le renversement de Abdelhamid
Mehri et son remplacement par Boualem Benhamouda. Il proclame, ce disant,
avec un orgueil pour le moins démesuré et de mauvais aloi,
que «le DRS n’a rien à voir là-dedans»
étant lui-même «plus intelligent et plus compétent
que les éléments de ces services».
Le chef de ces derniers, lui, est «politiquement tutoyé»
et littéralement «mangé à toutes les sauces».
Dans son incommensurable et, surtout, inexplicable folie des grandeurs,
Abdelkader Ha-djar soutient avoir négocié, pied à
pied, en 97, la composante humaine du FLN au sein du gouvernement Ouyahia
de cette époque, cela avec les personnages les plus puissants et
les plus inaccessibles qui soient, du moins à une «petite
pointure» de ce simple et ancien député de Tiaret.
Curieusement aussi, cet homme, qui ne mérite rien moins que d’être
radié des rangs de l’administration pour avoir abandonné
son poste et «méprisé» la hiérarchie
existante, n’est censé jouir d’aucune immunité.
Il n’en continue pas moins, de la manière la plus ostensible
qui soit, de revendiquer la «paternité» des coups de
force opérés récemment contre de nombreuses mouhafadhate
du FLN. Reconnaissant lui-même ces agressions, atteintes à
l’ordre public, constitution de groupes de malfaiteurs, il est passible
de sérieuses poursuites judiciaires. Il risque une forte peine
d’emprisonnement. Mais à voir avec quel laxisme se comporte
le parquet, censé s’autosaisir, attendu que Hadjar lui-même
revendique ces graves méfaits, l’on serait presque tentés
de croire que ce Monsieur dit vrai en se faisant passer pour l’homme
le plus puissant du pays. Un homme tellement puissant, il faut le croire
et le craindre en même temps, qu’il se permet d’agir
allègrement en hors-la-loi, de s’en faire des glorioles et
de narguer publiquement les institutions de la République censées
veiller au respect et à la stricte application des lois en vigueur.
Il confirme, au passage, avoir saisi, lui et ses « complices »,
le ministre de l’Intérieur dans le cadre de la phase II portant
tentative de déstabilisation du secrétaire général
du FLN, Ali Benflis afin de tenter d’invalider les résultats
et résolutions du huitième congrès de ce parti.
Il ne précise pas, cela dit, si Zerhouni est partie prenante ou
pas de ce complot, comme le soutiennent les membres de la direction du
FLN prêts, comme rapporté dans notre édition d’hier,
à déposer une plainte contre le ministre de l’Intérieur
à cause de «son parti pris» jugé flagrant en
faveur des «mutins». L’ensemble des officiels cités
de cette manière, et impliqués dans des basses besognes
où ils n’ont sans doute rien à voir, est tenu de réagir
avant que Hadjar, enhardi par ses «élucubrations» de
plus en plus spectaculaires, ne dégoûte définitivement
tous les Algériens de la politique. En attendant que l’Etat
de droit se mette enfin en marche, cet homme, qui nous vient de Téhéran,
aux frais du contribuable, confirme magnifiquement bien l’adage
qui veut qu’«à beau mentir qui vient de loin...»
Mohamed ABDOUN
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